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Liban

Liban: attentat à la voiture piégée devant le siège du Premier ministre

Des personnels de la défense civile autour de la voiture piégée qui a été utilisée dans un attentat, ce vendredi 27 décembre à Beyrouth.
Des personnels de la défense civile autour de la voiture piégée qui a été utilisée dans un attentat, ce vendredi 27 décembre à Beyrouth. REUTERS/Steve Crisp
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Beyrouth a été la cible d’un attentat à la voiture piégée ce vendredi 27 décembre. L’explosion a eu lieu à proximité du Sérail, le siège du Premier ministre libanais. Les services de secours sont sur place pour porter assistance aux victimes. Mohammad Chatah, un proche conseiller de l’ancien Premier ministre, Saad Hariri, a été tué dans l'explosion. Il y a six morts au total.

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Article réactualisé régulièrement, avec notre correpondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

L'explosion a eu lieu dans le centre-ville de Beyrouth, peu après 8h00 (TU), ce vendredi matin, à proximité du Sérail, le siège du Premier ministre libanais. Elle était suffisamment puissante pour être ressentie dans toute la capitale libanaise. Au moins six personnes ont été tuées dans cet attentat à la voiture piégée, dont Mohammad Chatah, un proche conseiller de l'ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. De sa voiture, il ne reste quasiment rien.

Des dizaines d'autres véhicules, des restaurants et des cafés ont été endommagés. Selon un bilan diffusé par les médias libanais, il y aurait aussi une cinquantaine de blessés. Des images de la chaîne locale Future TV montrent plusieurs voitures et des corps en flammes dans les rues proches du Sérail. Des ambulances sont sur place pour porter assistance aux blessés. Plus d'une dizaine d'immeubles de ce quartier d'affaires et d'hôtels de Beyrouth ont été touchés par le souffle.

Saad Hariri pointe le Hezbollah

Mohammad Chatah était alors en route vers le domicile de Saad Hariri - absent du pays - où devait se tenir une réunion de la coalition du 14-Mars, une coalition hostile au régime de Bachar el-Assad en Syrie et soutenant activement les rebelles syriens. Il s'agissait d'apporter son soutien à Tripoli, ville du nord régulièrement déchirées par des combats entre partisans et adversaires du Hezbollah libanais et du régime syrien.

Dans son dernier tweet, une heure avant sa mort, M. Chatah s'en prenait Hezbollah, l'accusant de faire le jeu de Damas au Liban, pays sur lequel le voisin syrien a exercé une tutelle pendant trente ans. Saad Hariri a d'ores et déjà désigné le Hezbollah comme responsable en publiant un communiqué de presse accusateur.

« Ceux qui ont assassiné Mohammad Chatah sont ceux-là mêmes qui ont tué Rafic Hariri et ceux qui veulent assassiner le Liban, humilier et affaiblir l'Etat », a affirmé Saad Hariri dans un communiqué de presse. « Pour nous, les accusés sont (...) les mêmes qui se dérobent à la justice internationale, ceux qui refusent de comparaître devant le tribunal international », écrit-t-il, faisant référence au procès de cinq membres du Hezbollah libanais inculpés dans l’assassinat de Rafic Hariri par le Tribunal spécial pour le Liban.

Le régime syrien a démenti toute implication dans cet attentat, rejetant les accusations lancées par le camp de la victime. « Ces accusations arbitraires et sans discernement émanent de haines politiques », a affirmé le ministre de l’Information. L’ambassadeur de Syrie au Liban a pour sa part accusé l’Arabie saoudite et Israël d’être responsables de l’attentat de Beyrouth.

Un contexte déjà tendu

des policiers libanais encadrent un suspect, à proximité de l'attentat à la voiture piégée qui a fait au moins cinq morts, ce vendredi 27 décembre.
des policiers libanais encadrent un suspect, à proximité de l'attentat à la voiture piégée qui a fait au moins cinq morts, ce vendredi 27 décembre. REUTERS/Mohamed Azakir

Cet attentat intervient vingt jours avant le début du procès des responsables présumés de l'attentat contre l'ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri, tué le 14 février 2005. Le tout dans un contexte tendu qui voit le Liban placé au cœur d’une confrontation régionale entre l’Arabie saoudite d’un côté, l’Iran et la Syrie de l’autre.

La mort de Mohammad Chatah, l’une des figures de la coalition anti-syrienne et pro-saoudienne du 14-Mars, peut être considérée comme un épisode de ce bras de fer. Un bras de fer marqué, depuis le début de l’été, par une série d’attentats à la voiture piégée qui ont fait des centaines de morts et de blessés, aussi bien dans des fiefs des alliés de la Syrie, comme au sein du Hezbollah ; que d’ennemis du régime syrien, comme à Tripoli, dans le nord du pays.

Cette confrontation a culminé le 19 novembre, avec le double attentat suicide contre l’ambassade d’Iran à Beyrouth.

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Mohammad Chatah, ici en 2010, a été tué dans un attentat à la voiture piégée, ce vendredi 27 décembre à Beyrouth. REUTERS/Mohamed Azakir/Files

Mohammad Chatah, un partisan du dialogue

Les Libanais sont choqués par l’attentat de ce vendredi. Mais au fond, ils s’y attendaient. Le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel avait d’ailleurs mis en garde contre la reprise des assassinats de personnalités politiques.

C'est le choix de la cible qui inquiète le plus. Mohammad Chatah était considéré comme une personnalité modérée, un partisan du dialogue, entre les différents protagonistes du pays. Ceux qui l’ont tué ont aussi voulu détruire, avec lui, les rares ponts qui existaient encore entre les Libanais.

« Pratiquement plus de place pour les modérés »

« L’émotion est à son comble à Beyrouth. L’émotion personnelle, parce que c’était un modéré, le plus modéré des personnages politiques du 14-Mars, de la coalition anti-syrienne et anti-Hezbollah », a déclaré Marwan Hamadé, ancien ministre de Rafic Hariri, lui aussi membre du mouvement du 14-Mars, joint par RFI quelques instants après l'explosion.

« La majorité des Libanais critiquent le Hezbollah pour son intervention en Syrie, contre le peuple syrien, pour son implication dans les assassinats au Liban et pour son rôle dans la tentative de mettre la main, au nom de l’Iran, sur ce pays », affirme Marwan Hamadé, qui souligne qu’au sein de la coalition du 14-Mars, Mohammad Chatah était estimé comme celui « qui exprimait ces critiques de la manière la plus modérée, c’était l’homme du dialogue. »

Pour Marwan Hamadé, « cet attentat fait peut-être savoir à tous les Libanais, au président de la République en tête, qu’il n’y a pratiquement plus de place pour les modérés dans ce pays ».

Un membre des services de sécurité tire des coups de feu en l'air, à proximité du lieu de l'attentat ayant tué Mohammad Chatah, ce vendredi 27 décembre à Beyrouth.
Un membre des services de sécurité tire des coups de feu en l'air, à proximité du lieu de l'attentat ayant tué Mohammad Chatah, ce vendredi 27 décembre à Beyrouth. REUTERS/Jamal Saidi


■ ANALYSE : Syrie et Liban, deux situations inextricablement liées

Depuis l’éclatement de la guerre chez le voisin syrien, le pays du Cèdre vit au rythme des violences. Quelques dates marquantes :

• Juin 2011 : à peine trois mois après le début de la révolution syrienne, pro et anti Bachar el-Assad se tirent dessus à balles réelles au Liban.

• Juin 2012 : Michel Samah, ex-ministre libanais, est arrêté. Réputé proche de Damas, il est accusé d’avoir introduit des explosifs au Liban avec l’aide des services secrets syriens.

• Octobre 2012 : Wissam al-Hassan, chef des service de renseignement libanais, bête noire de Damas, est tué dans l’explosion d’une voiture piégée. Experts et politiciens libanais sont unanimes : Il a été éliminé par le régime syrien.

• Mars 2013 : une nouvelle étape est franchie. Des avions de combat syriens auraient traversé la frontière pour bombarder des cibles au Liban.

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