Syrie / Turquie

L'opposition syrienne participera bien à la conférence Genève 2 mercredi

Ahmad al-Jarba, président de la Coalition nationale syrienne.
Ahmad al-Jarba, président de la Coalition nationale syrienne. DR.
Texte par : RFI Suivre
9 mn

C'est le « oui » qui l'a finalement emporté à l'issue d'un vote près d'Istanbul. Après plusieurs jours de tergiversation, l'opposition syrienne a pris sa décision. Elle a décidé à 58 voix contre 14 de participer à la conférence de paix de Genève 2. Une conférence qui vise à trouver une solution politique au conflit en Syrie. On est à quatre jours seulement de cette conférence sous l'égide des Etats-Unis et de la Russie. Une décision à l’arraché donc.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Sur les 120 membres que compte l’Assemblée générale de la coalition, il n’y avait encore ce samedi matin que 75 d’entre eux pour participer à la plénière. En fait, la coalition était réunie depuis vendredi matin dans la grande banlieue d’Istanbul, mais elle n’arrivait même pas à se mettre d’accord pour simplement participer à ce vote.

Exemple de ces difficultés: une trentaine de délégués avaient claqué la porte il y a dix jours, et des médiateurs tentaient au moins  de les convaincre de revenir participer  à l'Assemblée générale pour qu' ils participent au vote et que le quorum soit réuni. Cela n’a pas été le cas.

Depuis plusieurs jours, les représentants des comités locaux de coordination avaient dit qu’ils n’y participeraient pas parce qu’ils sont opposés à la tenue de cette Conférence. Les groupes armés dissidents de l’Armée syrienne libre (ASL) ou ce que l’on appelle désormais le Commandement militaire unifié était également contre le principe de cette négociation.

Trois sur les quatre principaux groupes armés ont finalement donné leur aval ce samedi à l’arraché, à Ankara. Mais il a fallu que l’Assemblée s’entende aussi sur un vote à la majorité simple des délégués présents pour faire passer ce vote d’acceptation. A 58 voix contre 14, c’est donc un accord a minima, mais l’opposition syrienne sauve la face, car sa non-participation aurait été un grave fiasco. Reste à savoir combien de temps et comment, et même si elle pourra survivre à ses divisions et sa faiblesse. 

Un accord à l'arraché

C’est la deuxième fois qu’Ahmad al-Jarba, président de cette Coalition syrienne de plus en plus atomisée, réussit à obtenir qu’elle se prononce pour une participation à Genève 2, bien qu’il y soit lui-même intimement opposé, comme d’ailleurs une majorité des délégués de l’Assemblée générale de la Coalition.

Cela n’a pas été facile, et il a fallu l’acceptation du principe du vote à la majorité qualifiée, en raison d’une forte abstention, et au bulletin secret, pour emporter cette décision. De longues et discrètes tractations à Ankara entre des diplomates turcs et qataris et les groupes armés en rupture avec l’opposition ont en outre permis d’obtenir le soutien a minima de trois factions mais pas du principal groupe, le Front islamique. Le résultat est que l'on a abouti à une légitimité minimale avec la participation des combattants de l’intérieur.

Pour Ahmad al-Jarba, le but de ces négociations est bien avant tout « de répondre aux attentes de l’opposition syrienne », à savoir le départ de Bachar el-Assad. Mais cette garantie n’a jamais été donnée aux opposants syriens par leurs organisateurs et participants, d’où leur difficulté à s’engager. De même sur la participation de l’Iran, unanimement refusée.

Nous ne sommes ni une minorité ni en position de faiblesse. Nous sommes avec les hommes libres . Nous serons plus forts que les mercenaires de la haine aveugle et sectaire. Ce régime de traîtres ne nous trahira pas à nouveau !(...) Notre unique objectif à Genève sera de faire appliquer tous les objectifs de nos révolutionnaires. Et d'abord, ôter tous les pouvoirs des mains de l'assassin Bachar el-Assad.

Ahmed Jarba

Bref, ce passage en force, sous la pression des Occidentaux risque de coûter cher au président al-Jarba si elle ne profite pas à la coalition, comme c’est à prévoir…

Le feu vert des brigades

La situation a donc évolué, et selon l'universitaire et spécialiste du Moyen-Orient Khattar Abou Diab, c'est la conférence des pays Amis de la Syrie, dimanche dernier à Paris, qui a permis de débloquer la situation. Le feu vert des brigades combattantes vient directement des garanties apportées par les alliés occidentaux.

Les garanties qui ont été données à l'opposition syrienne auraient été convaincantes pour une bonne partie des brigades militaires de l'Armée libre syrienne sur le terrain.

Khattar Abou Diab


Les Etats-Unis soulagés

Avec notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet

Washington se félicite de la participation de l’opposition syrienne à la conférence de paix dite de Genève II sur laquelle repose la politique syrienne du président Obama.

Le secrétaire d’Etat américain a salué « le vote courageux » de la coalition que « les Etats-Unis continueront de soutenir, vote qui est dans l’intérêt de tous les Syriens victimes de la brutalité du régime Assad et d’une guerre civile sans fin ».

Menaces et promesses

John Kerry n’avait pas ménagé ses efforts pour amener les différentes factions à accepter de se rendre à la conférence de paix : il avait mélangé menaces et promesses. En cas de refus, l’opposition perdrait l’aide qu’elle reçoit des Etats-Unis, mais en revanche celle-ci serait augmentée si elle participait aux pourparlers de paix.

Pour Barack Obama, qui a renoncé à l’option militaire pour chasser Bachar el-Assad en échange du démantèlement de son arsenal chimique, une solution diplomatique est essentielle pour éviter d’être accusé de n’avoir rien fait pour mettre fin à la tragédie syrienne. John Kerry a déclaré que le processus sera difficile mais que les Etats-Unis se tiendraient aux côtés des Syriens dans la recherche de la liberté et de la dignité qu’ils méritent.

Pour rassurer l’opposition, l’administration américaine s’est engagée à ce que les pourparlers se concentrent sur la transition du pouvoir, et non sur l’infiltration d’al-Qaïda dans les rangs des rebelles que Damas utilise comme justification pour ses attaques au nom de la lutte contre le terrorisme.

Autres réactions

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a également salué un choix « courageux ». Et à Londres, le chef de la diplomatie ,William Hague, a souligné que « la Coalition nationale a pris cette décision difficile malgré un contexte marqué par les attaques brutales et continuelles du régime contre les civils syriens et le blocage délibéré de l'aide humanitaire ». Il a rappelé que tout accord exigerait que le président Bachar el-Assad quitte le pouvoir.

Sur le terrain, hier encore, trente-quatre personnes au moins, dont cinq enfants, ont été tuées dans des raids aériens sur la région d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

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