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Afghanistan

Présidentielle afghane: le scrutin se termine

Kaboul, le 5 avril 2014. Des femmes afghanes font la queue pour aller choisir leur futur président.
Kaboul, le 5 avril 2014. Des femmes afghanes font la queue pour aller choisir leur futur président. REUTERS/Mohammad Ismail
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Quinze millions d'Afghans étaient appelés aux urnes, ce samedi 5 avril, pour élire le successeur du chef de l'Etat, Hamid Karzaï. La participation au premier tour pourrait dépasser les 50%, a annoncé la Commission électorale indépendante (IEC) après la fermeture des bureaux de vote. La période pré-électorale a été marquée par des actions meurtrières des talibans qui boycottent le scrutin.

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Avec notre correspondant régional, Nicolas Ropert

La commission électorale afghane a repoussé d'une heure la fermeture théorique des bureaux de vote. Mais les Afghans qui seront encore dans les files d'attentes pourront voter quoi qu'il arrive. Cette mesure est une réponse à la suprenante affluence depuis ce matin dans les grandes villes du pays.

De longues files d'attentes se sont formées devant les écoles et les mosquées où sont installés les bureaux de vote et ce dès leur ouverture, à Kaboul mais aussi dans les grandes villes comme Mazar, Herat ou Kandahar. « Je n'ai jamais vu ça », confiait à RFI un Afghan joint à Kaboul ce samedi matin.

Waheed Wafa, un chercheur afghan qui a fait le tour des bureaux de vote ce matin, confiait qu'il était impressionné par le nombre d'électeurs qui attendaient pour voter, plus nombreux qu'en 2009 au même moment.

Symboliquement, c'est le président de la commission électorale qui a voté le premier. Quelques minutes plus tard, le président sortant Hamid Karzaï s'est rendu dans l'école allemande de Kaboul, située à côté du palais présidentiel, pour déposer son bulletin dans l'urne. Il a mis fin à des rumeurs rapportant qu'il refuserait de voter pour son futur successeur. « Ce vote apportera la prospérité à nos enfants et aux générations futures », a lancé Hamid Karzaï.

Les Afghans ont bravé la pluie mais surtout les menaces des talibans. Preuve que cette mobilisation n'était pas prévue, certains bureaux de vote sont en cette fin de journée de vote en pénurie de bulletin. La commission électorale afghane promet qu'elle fait son possible pour en acheminer des nouveaux.

La crainte des attentats

Pour assurer la sécurité du scrutin, les forces de l'ordre avaient été déployées tard, vendredi soir, afin de quadriller Kaboul. L'objectif : éviter tout attentat dans la capitale afghane. A travers le pays, 190 000 policiers et militaires étaient déployés pour tenter d'éviter le bain de sang promis par les talibans.

Des attaques sont cependant rapportées dans plusieurs provinces dont une à Kunduz dans le Nord du pays qui a fait plusieurs victimes. Des menaces ont obligé la commission électorale à fermer 211 bureaux supplémentaires. Sur les 7 000 prévus initialement, il n'y en a finalement que 6 212 d'ouverts.

Vendredi, une équipe de journalistes de l'agence américaine Associated Press avait été attaquée dans l'Est de l'Afghanistan par un homme portant un uniforme de la police afghane. Une journaliste allemande a été tuée et sa consoeur canadienne qui l'accompagnait est gravement blessée.

→ A (RE)LIRE : L'Afghanistan à un tournant de son histoire

Retrait de missions d'observateurs

Outre la sécurité, l'autre écueil c'est la fraude qui avait été massive en 2009, lors de la précédente élection présidentielle. Près de 4,8 millions de bulletins avaient été déposés dans les urnes. Mais après de longues semaines de négociations, l'ONU, qui supervisait le scrutin, avait estimé qu'un tiers des votes n'étaient pas valables.

Or cette année, après la mort d'un observateur dans l'attaque d'un hôtel à Kaboul, deux missions internationales d'observation des élections se sont retirées. Restent sur place néanmoins les observateurs de l'Union européenne, mais surtout les observateurs afghans.

S'il n'est pas sûr que les observateurs puissent se rendre dans tous les bureaux de vote, les craintes de fraude concernent surtout le lendemain de l'élection et le rapatriement des urnes à Kaboul où elles seront centralisées.

Mais cela ne doit pas gâcher cette bonne surprise de voir les électeurs en nombre dans les bureaux de vote, confie Gregory Minjack. Ce responsable de la mission d'observation de Democracy International en Afghanistan prévient qu'il faudra maintenant analyser à la loupe les résultats pour détecter d'éventuelles tricheries.

→ A (RE)LIRE : Afghanistan: en marge de l'élection, la guerre de l'information

Deux capitales ont les yeux rivés sur l'élection

Vu de Washington : Les trois principaux candidats conviennent à la Maison Blanche

Abdullah Abdullah, Ashraf Ghani et Zalmay Rassoul semblent tous les trois plus enclins à avoir de meilleures relations avec les Etats-Unis et l’Ouest qu’Hamid Karzaï, estime notre correspondant à dans la capitale américaine, Jean-Louis Pourtet.

Les trois se sont engagés à signer un accord de sécurité qui permettrait au Pentagone de laisser , après le retrait du gros des troupes à la fin de l’année, un contigent pouvant aller de 3000 à 10 000 hommes pour entrainer les forces de sécurité afghanes et empêcher le retour des talibans.

Ce qui inquiète l’administration américaine toutefois, ce sont les hommes avec lesquels les favoris ont choisi de s’associer pour des raisons d’alliance ethnique: Abdullah Abdullah, un Tajik, a choisi pour partenaire un Hazara, Mohamad Mohaqiq, réputé pour sa brutalité. Idem pour Ashraf Ghani, un pachtoune diplômé de l’unversité Columbia et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale qui a choisi un Ouzbèque, le général Abdourashid Dostum qui a beaucoup de sang sur les mains. Quant à Zalmay Rassoul qui a fait ses études de médecine en France, c’est un proche de Karzaï dont il a le soutien.

Washington redoute également la fraude électorale qui pourrait créer, comme en 2009, de violentes manifestations chez les perdants.

Un excellent expert de la région, Anthony Cordesman, du Centre des études internationales et stratégiques, reproche pour sa part à l’administration Obama de n’avoir rien préparé pour l’avenir, en dépit du fait que quel que soit le prochain président, il faudra encore des années à l’Afghanistan pour voler de ses propres ailes. En attendant un Godot afghan, « les Etats-Unis, écrit-il, n’ont ni budget, ni plan véritables ».

Vu d'Islamabad : la crainte d'un afllux de réfugiés

Le pays voisin n’affiche officiellement aucune préférence quant au choix du prochain président afghan, rapporte Gaëlle Lussiaà-Berdou, correspondante de RFI à Islamabad.

Mais l’intérêt du Pakistan pour le devenir de son voisin est évident : l’Afghanistan est un lieu stratégique pour Islamabad, qui rivalise d’influence avec son ennemi historique indien.

Dans les années 90, les autorités pakistanaises ont participé à l’émergence des talibans, et encore aujourd’hui, elles sont régulièrement accusées de soutenir les rebelles islamistes dans leurs attaques, dont celle qui a fait neuf morts à l’hôtel Serena de Kaboul, il y a deux semaines.

Mais le Pakistan, lui-même désormais aux prises avec une rébellion talibane sur son territoire, se dit aujourd’hui en faveur de négociations entre Kaboul et les talibans afghans, car une recrudescence des hostilités risquerait de pousser certains Afghans à fuir leur pays, et ainsi venir grossier les rangs du million et demi de réfugiés déjà établis au Pakistan.

Kaboul, le 5 avril 2014. Sécurité maximale le jour du scrutin présidentiel en Afghanistan.
Kaboul, le 5 avril 2014. Sécurité maximale le jour du scrutin présidentiel en Afghanistan. REUTERS/Tim Wimborne

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