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Syrie/Entretien

Syrie: la répression à l’égard des opposants est absolument impitoyable

Bachar el-Assad cherche à s'imposer comme un interlocuteur inévitable. Ici, il participe à une conférence à l'université de sciences politiques de Damas, devant des professeurs et des étudiants, le 13 avril.
Bachar el-Assad cherche à s'imposer comme un interlocuteur inévitable. Ici, il participe à une conférence à l'université de sciences politiques de Damas, devant des professeurs et des étudiants, le 13 avril. REUTERS/SANA
Texte par : Anne Verdaguer
5 mn

C’est un rapport qui dérange et qui fait scandale. La France réclame la saisine de la Cour pénale internationale (CPI), après la publication de 55 000 photos qui montrent l'horreur des geôles syriennes. Fabrice Balanche, chercheur au Gremmo, le Groupe de recherche et d'études sur la Méditererranée et le Moyen Orient, en décrypte les enjeux.

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RFI : Ce rapport César, surnom donné au photographe qui a effectué ces clichés, a été présenté aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Onze de ces quinze membres ont adhéré à la CPI et se sont déjà prononcés en faveur d’une saisine de cette cour en Syrie. Cela a-t-il des chances d'aboutir ?

Fabrice Balanche : Non, ça n’a aucune chance d’aboutir puisqu’il est clair que la Russie et la Chine vont mettre leur veto. Ils ne tiennent pas à ce que le régime de Damas soit condamné par cette cour.

Les Russes ne peuvent-ils pas changer d'avis ?

Les Russes ne peuvent pas changer d’avis. Pour eux il faut soutenir Assad, c’est très clair. D’autant plus que le régime de Damas est quand même depuis plusieurs mois dans une dynamique de victoire et qu’ils considèrent que ce rapport est une arme qu’on utilise contre Bachar el-Assad.

Qu’il y ait un régime victorieux, un régime vers lequel finalement on va chercher à reprendre contact et on voit bien les signes qui émanent de beaucoup d’Occidentaux : ils veulent sortir de l’impasse avec la Syrie et renouer des liens pour combattre un phénomène jihadiste. C'est notamment ce qui provient des services de renseignements occidentaux.

Donc il faut absolument empêcher Assad de redevenir fréquentable. Et c’est pour ça que la France, est aussi montée au créneau avec ce rapport qui a d’ailleurs déjà été présenté à la conférence de Genève en février dernier.

Il y a 55 000 photos en tout, prises entre la fin 2011 et l’été 2013. Des photos examinées par des experts qui affirment que les prisonniers ont été affamés pendant plusieurs semaines. Que sait-on aujourd’hui des traitements infligés aux prisonniers dans les prisons syriennes ?

Les prisons syriennes ont toujours eu une très, très mauvaise réputation. Il suffit de lire quelques ouvrages comme La Coquille de Moustafa Khalife, qui, dans les années 1980, a passé treize ans en prison en Syrie, pour être à peu près sûr qu’évidemment ce rapport est fondé. En Syrie on a une répression absolument impitoyable à l’égard des opposants. Il est clair que dans la situation actuelle, les geôliers syriens n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Des experts judiciaires auraient-ils les moyens de travailler en Syrie pour savoir justement, quelles sont les conditions de ces prisonniers syriens ?

Non, les autorités syriennes ne vont pas laisser les experts venir enquêter. On a déjà vu tout le mal que l’ONU a eu pour envoyer des experts pour les armes chimiques. Il a fallu plusieurs mois de négociations avec un mandat extrêmement restreint. Et là, avec le veto russe, il n’est pas question que des experts soient autorisés à venir en Syrie pour étudier cette question.

Quels sont les moyens de pression des puissances occidentales si elles veulent toujours faire pression sur la Syrie ?

Il est très clair, après la visite de Barack Obama en Arabie Saoudite, que la Syrie n’est plus la priorité ou n’a jamais tellement été la priorité des Etats-Unis. Barack Obama a déclaré qu’elle était loin derrière l’Ukraine et, au Proche Orient, la question palestinienne.

Les soutiens de l’opposition syrienne, comme les Saoudiens notamment, sont furieux. Furieux de la volte-face américaine en septembre dernier, où il n’y a finalement pas eu d’intervention militaire étrangère. Or, on sait très bien que sans intervention militaire étrangère, le régime va rester en place. Donc par conséquent, il faut maintenir la pression sur ce régime. La seule arme qui reste, c’est l’arme humanitaire, l’arme de l’émotion, pour empêcher ce régime de redevenir fréquentable, pour continuer à l’isoler diplomatiquement.

Finalement, Damas comme Moscou n’ont pas grand-chose à faire avec cette arme de l’émotion parce qu’ils savent très bien que c’est sur le terrain militaire que ça va se jouer et que finalement, ces morts passeront en pertes et profits.

Et sur ce terrain militaire justement, où en est-on ? On a annoncé la prise de Homs et du dernier carré détenu par les rebelles, par l’armée syrienne.

Le régime est en train de sécuriser la zone dite gouvernementale qui va de Lattaquié jusqu’à la frontière jordanienne en passant par Damas, Homs et Hamaa. Homs, c’est tout un symbole : c’était la capitale de la révolution. Aujourd’hui, elle est quasiment entièrement sous le contrôle du régime, puisque le centre-ville est attaqué par les forces loyales.

Le 17 avril c'est la fête nationale syrienne. C’est quelque chose de très symbolique pour le régime, de reprendre Homs. Et ça s’inscrit finalement dans la campagne électorale de Bachar el-Assad, qui sans surprise, sera réélu président en juillet prochain.

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