Syrie

La «mascarade» de l'élection présidentielle a débuté en Syrie

Le personnel de l'hôtel Dama Rose à Damas vote. Il n'y a pas de liste électorale, les électeurs peuvent se rendre dans n'importe quel bureau de vote.
Le personnel de l'hôtel Dama Rose à Damas vote. Il n'y a pas de liste électorale, les électeurs peuvent se rendre dans n'importe quel bureau de vote. REUTERS/Omar Sanadiki

Le scrutin présidentiel en Syrie a démarré ce lundi matin. Face à Bachar el-Assad, Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar sont qualifiés de «candidats fantoches» par l’opposition, qui appelle au boycott. L’un des enjeux sera la participation.

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Bacahr el-Assad, candidat à sa propre succession, a rempli son devoir électoral dans le centre de Damas ce mardi matin.
Bacahr el-Assad, candidat à sa propre succession, a rempli son devoir électoral dans le centre de Damas ce mardi matin. Reuters

Une « farce », une « mascarade », une élection « illégitime », « sans crédibilité ». C’est ainsi que le scrutin présidentiel qui s’est ouvert ce mardi matin en Syrie est d'ores et déjà commenté par la grande majorité de la communauté internationale et par les opposants syriens en exil. Les portes se sont ouvertes à 7 h, heure locale (4 h T.U.). Dans un bureau de vote situé dans l’un des plus vieux lycées Damas, dans l’hypercentre de la capitale syrienne, une zone très sécurisée contrôlée par le régime, les électeurs reçoivent un seul bulletin avec les photos en couleurs des trois candidats et leur nom. Ils doivent ensuite mettre une croix sous la photo du candidat de leur choix. Le président Bachar el-Assad a voté dans un bureau de vote du centre de Damas entouré de caméras de télévision.

Pas de liste électorale

Zoya Boustan : «un jeu pour montrer aux gens que tout va bien que l'élection est normale et qu'il n'y a pas de guerre»

Il n’y a pas de liste électorale. Les électeurs peuvent se rendre dans n’importe quel bureau de vote. Ils doivent en revanche montrer leur pièce d’identité et tremper leur doigt dans un pot d’encre indélébile. A l’entrée du bureau de vote, deux portraits de Bachar el-Assad encadrent un drapeau syrien. A l’intérieur, en revanche, ce sont bien les portraits des trois candidats qui sont affichés : le président syrien et ses deux adversaires, Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, deux candidats qualifiés de candidats fantoches et de faire-valoir par opposition syrienne.

Dans le bureau, en ce début de matinée, l’affluence est pour le moment très faible. Une centaine d’électeurs, tout au plus, se sont présentés au cours des deux premières heures de ce scrutin. La responsable du bureau de affirme toutefois qu’il s’agit d’une affluence normale et que les électeurs syriens se déplacent, en général plutôt en fin de matinée et dans le courant de l’après-midi.

Dans un bureau de vote à Damas, le 3 juin.
Dans un bureau de vote à Damas, le 3 juin. REUTERS/Omar Sanadiki

Il y a un risque réel pour le régime que la participation reste faible. D’abord parce que l’élection est jouée d'avance. Ensuite parce que les habitants de Damas qui ne souhaitent pas apporter leur soutien à Bachar el-Assad préfèreront rester chez eux plutôt que de voter. Surtout, les habitants de Damas craignent pour leur sécurité. Ils craignent les roquettes tirées par rebelles depuis les faubourgs de la ville et les attentats, malgré les mesures de sécurité drastiques mises en place par les autorités syriennes.

Appel au boycott de l'opposition

L'opposition boycotte le scrutin. Un appel relayé par les rares personnalités de l’opposition restées à Damas et qui osent encore critiquer le régime. C’est le cas de Hassan Abdel Azeem, un opposant historique au régime de Bachar el-Assad et à celui de son père Hafez. « Nous avons décidé de ne pas participer à cette élection, ni en tant que candidats, ni en tant qu’électeurs, parce que ces élections vont rendre les choses plus difficiles pour la Syrie », explique Hassan Abdel Azeem. Pour lui, « il y a une crise de confiance très profonde entre les Syriens et les pouvoirs, à cause de la corruption, de la négation des droits fondamentaux et de toute forme de démocratie réelle. » 

Rappelant qu’il y a « des millions de Syriens qui sont déplacés, des millions d’autres qui sont réfugiés », rappelant aussi « les bombardements, la violence et l’extrémisme », il juge que « ces élections ont lieu au mauvais moment, au mauvais endroit, et dans de mauvaises conditions ». Enfin, pour cet opposant de longue date au clan Assad, « les deux candidats qui sont opposés au président ne sont ni des opposants, ni même des adversaires. Ces élections ont lieu au sein même du régime, entre des gens qui sont loyaux au régime. Ces deux candidats n’ont pas demandé se présenter, on le leur a imposé, juste pour donner une apparence de démocratie, une apparence d’élections. »

Ces élections ont lieu au sein même du régime, entre des gens qui sont loyaux au régime.

Hassan Abdel Azeem


■ A New York, Londres et Alep, un « mémorial oral » pour les victimes du conflit

Un habitant d'Alep transporte un enfant, après un bombardement par l'armée de Bachar el-Assad, lundi 2 juin.
Un habitant d'Alep transporte un enfant, après un bombardement par l'armée de Bachar el-Assad, lundi 2 juin. REUTERS/Sultan Kitaz

Lundi, à la veille de l’élection présidentielle en Syrie, des manifestants ont commencé à lire les noms de quelque 100 000 des 160 000 victimes de ce conflit, devant le siège des Nations unies à New York. Une initiative destinée à rappeler l’ampleur du bilan de ce conflit qui dure depuis trois ans.

Avec notre correspondant à New York, Karim Lebhour

La litanie des noms des victimes en Syrie semble interminable. On estime que 160 000 personnes ont été tuées depuis 3 ans. « La violence ne choque plus. Les bombardements se ressemblent tous. Les images des morts sont toutes les mêmes. Nous devons rappeler que les gens qui meurent en Syrie ne sont pas seulement un chiffre. Ils ont un nom », martèle Lina Sergie, une Syrienne de Chicago, qui a voulu rappeler le nom d’au moins 100 000 d’entre elles.

Pendant 24 heures, des volontaires se relaient devant le siège de l’ONU. L’ambassadeur britannique Mark Lyall Grant a lui aussi prêté sa voix : « C’est une leçon d’humilité, car la diplomatie n’a pas fonctionné comme on aurait voulu. 160 000 personnes ont été tuées, mais quand le premier veto a été posé on ne comptait encore que 5 000 victimes. »

Ce mémorial oral pour les victimes du conflit syrien se déroule aussi dans plusieurs autres villes : Londres, Berlin, ou à Alep en Syrie. En 24 heures, chaque ville pourra lire environ 20 000 noms. Il faudrait plus de 72 heures pour lire les noms de chacun des 160 000 morts en Syrie.

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