Syrie

Syrie: le camp de Bachar el-Assad célèbre déjà sa victoire

Des supporters du président Bachar el-Assad, à Damas, le 3 juin 2014.
Des supporters du président Bachar el-Assad, à Damas, le 3 juin 2014. REUTERS/Khaled al-Hariri

Bachar al-Assad est assuré de sa réélection après la journée d'élection présidentielle qualifiée de « mascarade » tant par l'opposition politique en exil que par une grande partie de la communauté internationale. A Damas, le scrutin a été prolongé de plusieurs heures.

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Les autorités syriennes ont estimé que la participation était plus importante que prévue et nécessitait donc de retarder la fermeture des bureaux de vote. En fin d’après-midi, des files d’attente se formaient devant certains bureaux de vote de la capitale. En revanche, dans la matinée et jusqu’en début d’après-midi, les bureaux dans lesquels les envoyées spéciaux de RFI se sont rendus étaient quasiment déserts.

Mobilisation des pro-Bachar

Toute la journée, de petits groupes de partisans de Bachar el-Assad ont défilé dans les rue de Damas pour encourager les gens à aller voter, certains se massant devant les bureaux de vote où étaient diffusés des chants à la gloire du président syrien. Dans certains quartiers, c’est en revanche un calme absolu qui régnait mardi, les habitants préférant rester chez eux par crainte des tirs de roquette venant des faubourgs tenus par la rébellion syrienne.

Le résultat de cette élection présidentiel doit en principe être rendu public demain, jeudi, mais il n’y a aucune surprise à attendre. C’est Bachar el-Assad qui sera réélu avec un score sans doute supérieur à 90 %. Un résultat couru d’avance. D’ailleurs, les partisans du président syrien ont, dès hier soir, commencé à célébrer ce qu’ils considèrent comme une victoire. A la nuit tombée, alors que les bureaux de vote n'avaient pas encore fermé, les partisans du président syrien célèbraient déjà la victoire, juchés sur les toits de leurs véhicules, brandissant des drapeaux syriens ou des portraits de leur président. « C'est sûr qu'il va gagner, s'exclame une jeune femme, je suis tellement heureuse car je veux qu'il continue à être notre leader. C'est une grande victoire, pour nous et pour toute la nation arabe. Nous allons fêter ça ce soir et toute l'année qui vient. »

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Mais à Damas, tout le monde n'a pas célébré la victoire annoncée du rais syrien. Certains ont préféré rester chez eux par crainte des tirs de roquettes, d'autres parce qu'ils ont refusé de voter et de soutenir le président syrien. « Ces célébrations, elles ont lieu dans un pays en deuil. Chaque jour, nous avons des centaines de victimes. La Syrie est devenue un imense cimetierre. Comment peut-on être heureux au milieu de tant d'horreurs, avec tout ce sang qui a été versé ? »

Cet homme a accepté de parler sous conditions d'anonymat. Et de discuter dans l'arrière salle de sa boutique. A Damas, il est devenu dangereux, explique-t-il, de ne pas afficher son soutien à Bachar el-Assad et encore plus d'oser le critiquer.

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■ A l'étranger, une partie de la diaspora syrienne manifeste

Des manifestations ont lieu un peu partout dans le monde en marge de l'élection présidentielle en Syrie, pour dénoncer ce scrutin. C’était le cas à Paris, où un rassemblement était organisé en soutien à l’opposition syrienne.

Sous les drapeaux verts blancs et noirs de la Révolution syrienne, ils glissent symboliquement dans une urne de faux bulletins de vote dégoulinant de peinture rouge. « Non à l’élection du sang », crient les manifestants. Parmi eux, beaucoup de Syriens de France, comme cette étudiante, originaire de Damas : « Le régime syrien continue toujours de bombarder les villes syriennes, il continue de tuer le peuple, donc ces élections ne servent à rien. C'est Bachar qui va gagner ces élections, qui sont illégales pour nous, et nous voulons le montrer. » 

Sur la chaussée, il y a des portraits de Bachar el-Assad, également tâchés de rouge : « Bachar dégage ! », « le peuple veut la chute du régime », scande le petit groupe de manifestants : « Il a décidé de remettre en cause sa légitimité, et on voit comment ça se passe, croit savoir Michel Morzière, porte-parole du collectif « urgence solidarité Syrie » . C'est une farce absolue. Donc ce soir, il n'y a plus de président de la république syrienne. Et ça, les grandes puissances doivent le prendre en compte. Il n'y a plus de légitimité pour Bachar el-Assad, il a démontré qu'il était incapable d'avoir une légitimité. »

Le rassemblement était organisé au pied du centre culturel syrien, qui dépend de l’ambassade de Syrie en France.

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