Egypte

Egypte: le président al-Sissi a prêté serment

L'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, élu président de l'Egypte avec 96,9% des voix, a prêté serment ce dimanche 8 juin au Caire.
L'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, élu président de l'Egypte avec 96,9% des voix, a prêté serment ce dimanche 8 juin au Caire. REUTERS/Egyptian State Television via Reuters TV

Le président élu Abdel Fattah al-Sissi a prêté serment ce dimanche matin devant la Haute cour constitutionnelle. Il est dorénavant le septième président de la république égyptienne. Il reçoit à midi ses hôtes d’honneur issus de 46 pays ou organisations internationales et régionales. Parmi eux, plusieurs chefs d’Etats et princes héritiers arabes.

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Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

Si l’on exclut les discours introductifs du porte-parole de la Haute cour constitutionnelle et de son vice président, la prestation de serment aura duré moins de deux minutes. Abdel Fattah al-Sissi a juré devant Allah de respecter la Constitution, de défendre l’intégrité territoriale de l’Egypte et de réaliser les aspirations du peuple. Un serment suivi d’une poignée de main entre le président sortant, Adly Mansour et le nouveau raïs de l’Egypte. Une première même si Adly Mansour n’était que président intérimaire.

Une cérémonie solennelle qui tranche avec la prestation de serment mouvementée du président destitué Mohamad Morsi. Ce dernier avait commencé par refuser de prêter serment devant la Haute cour constitutionnelle puis avait fait sortir les médias de la salle et exigé que la cérémonie ne soit pas télévisée. Devant le refus catégorique de la Haute cour c’est un Morsi tendu qui a fini par prêter serment devant les caméras. Il s’était alors ensuite rendu à l’université du Caire où il avait prêté à nouveau serment devant les dirigeants de la confrérie des Frères musulmans et leurs alliés.

Une première dans l'histoire de l'Egypte

Cette transmission du pouvoir entre le président sortant Adly Mansour et le nouveau président Abdel Fattah al Sissi est une première dans l’histoire de l’Egypte. Les précédents présidents sont morts au pouvoir ou ont été destitués.

Après la cérémonie proprement dite, il y a un déjeuner organisé avec les hôtes étrangers. C’est sans doute le moment le plus important de ce dimanche. Le président Sissi y expliquera son programme. Et surtout aux responsables du Golfe ; en effet, l’Arabie Saoudite et les Emirats ont appelé à une conférence des amis donateurs de l’Egypte. Un plan Marshall arabe qui pourrait atteindre les 20 milliards de dollars.

La présence des chefs d’Etats africains est importante car elle symbolise le retour de l’Egypte à l’Union africaine où sa participation avait été gelée après la destitution du président Frère musulman Mohamed Morsi. Dans la soirée il y a des festivités prévues au palais présidentiel où sont invitées 800 personnes représentants les différentes composantes de la société égyptienne. Les Frères musulmans en sont évidemment exclus.

Le défi : la crise économique

La crise économique est le défi le plus pressant auquel devra faire face le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi. La croissance économique stagne autour des 2%, soit presque autant que la croissance démographique. Les investissements étrangers sont au point mort tandis que le tourisme, qui était la locomotive de l’économie, a perdu les quatre cinquièmes de son énergie. Ses revenus ont été divisés par deux depuis le début de la crise alors qu'il emploie quatre millions de personnes. Sans compter les pannes de courant qui frappent quotidiennement toute l’Egypte.

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Le gouvernement égyptien aura aussi fort à faire pour lutter contre la pauvreté. Les attentes de la population en matière de limitation de la hausse des prix – l'inflation est de 12% – et de lutte contre le chômage sont fortes. Le chômage touche quatre jeunes sur dix entre 20 à 25 ans. Et serait passé de 9% à plus de 14% depuis le soulèvement contre l’ex-président Hosni Moubarak. Un chiffre qu’il faudrait multiplier par deux selon des experts indépendants. En Egypte, 34 millions de personnes vivent avec, au plus, 2 dollars par jour.

Le président al-Sissi prévoit donc d'instaurer un contrôle des prix et un marché de produits à bas coûts dans lequel l'armée pourrait avoir un rôle. L'Etat subventionne déjà le pain et l'énergie, mais cela lui coûte 30% de son budget. Rien que les subventions sur les hydrocarbures coûtent de trois à quatre fois plus que le budget de l'éducation. La dette publique extérieure et intérieure explose et les réserves de change fondent. Pour rester à flot, l'Egypte peut compter provisoirement sur l'aide de cinq milliards de dollars de l'Arabie Saoudite et les sept milliards de dollars des Emirats Arabes Unis et du Koweït. Par ailleurs, le FMI est prêt à reprendre les discussions interrompues sur l'octroi d'une aide de près de cinq milliards de dollars.

Une insécurité qui explose

L’Egypte a connu une vague d’attentats meurtriers depuis la destitution en juillet du président Frère musulman Mohamed Morsi. Par ailleurs, ses partisans continuent à manifester violemment, notamment dans les universités. Mais il y a aussi la criminalité qui a explosé : les assassinats ont doublé et les vols à main armée ont décuplé en trois ans. Ceux qui en souffrent le plus sont les milieux défavorisés déjà ravagés par le chômage.

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