Irak

Irak: Bagdad demande aux Etats-Unis de frapper par les airs

Sur cette image extraite d'une vidéo amateur, ce 18 juin 2014, un panache de fumée s'élève de la raffinerie de Baiji.
Sur cette image extraite d'une vidéo amateur, ce 18 juin 2014, un panache de fumée s'élève de la raffinerie de Baiji. REUTERS/Social Media Website/Reuters TV

Mercredi 18 juin, le chef de la diplomatie irakienne a indiqué que Bagdad avait demandé à Washington de mener des frappes aériennes contre les combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le Premier ministre Nouri al-Maliki a promis de faire échec à l'offensive des jihadistes. Et cela, alors que les combats font rage entre l'armée et les insurgés sunnites dans la principale raffinerie de pétrole du pays.

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Après neuf jours d'offensive, les combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont lancé l'assaut tôt mercredi contre la raffinerie de Baiji dans la province de Salaheddine, à 200 kilomètres au nord de Bagdad. Les jihadistes l'occuperaient partiellement. De quoi inquiéter les autorités irakiennes.

Le site est la principale source pour l'approvisionnement intérieur en carburant. De violents affrontements ont opposé les rebelles sunnites à l'armée, ils auraient fait une quarantaine de morts dans le camp jihadiste selon les autorités. L'armée croit pouvoir libérer dans les prochaines heures Tal Afar, ville également stratégique au nord-ouest, sur la route menant à la Syrie. Les combattants de l'EIIL en contrôlent une partie.

Frappes aériennes américaines : Bagdad franchit le pas

Si l'Irak estime pouvoir mettre en échec l'action des jihadistes, Bagdad a demandé officiellement aux Etats-Unis des frappes aériennes contre l'EIIL, en vertu de l'accord sécuritaire liant les deux pays. Barack Obama étudie différentes options pour répondre à cette requête, mais il ne semble pas vouloir se laisser influencer par l’urgence de la situation brandie par les faucons américains et le gouvernement irakien. Mercredi, le président Obama a reçu à la Maison Blanche les leaders du Congrès, pour une réunion d’information, relate notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio.

Les responsables républicains et démocrates ont ainsi eu l’occasion d’exprimer leur point de vue sur la situation en Irak, et sur la réponse éventuelle des Etats-Unis. Le président a lui aussi exposé ses options. Les parlementaires ont publiquement donné leur avis, les républicains pressant le président d’agir et de répondre à la demande de frappes aériennes des Irakiens tandis que les démocrates se montrent plus prudents.

Les Etat-Unis se donneront le temps de cibler d'éventuelles frappes

On ne sait pas où en est la réflexion de Barack Obama. On connait en revanche la recommandation du chef d’état-major des armées, le général Martin Dempsey, qui pointe les limites d'une intervention par les airs. Selon lui, les Etats-Unis doivent se donner le temps de collecter toute l'information nécessaire : « Ce n’est pas aussi facile que de regarder la vidéo d’un convoi sur un iPhone, et frapper immédiatement, fait-il valoir. Jusqu’à ce que nous soyons en mesure de clarifier les photos du renseignement, nous allons continuer à élaborer et affiner nos options. Les renseignements seront ainsi plus précis. Et ensuite, le président pourra prendre une décision. »

Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche

Attendre une carte précise des cibles, et surtout ne pas agir trop vite, c’est aussi le point de vue de David Petraeus. Le général qui, sous George W. Bush, a dirigé l’armée américaine en Irak, estime comme la Maison Blanche que la précipitation est mauvaise conseillère. Selon lui, Nouri al-Maliki doit surtout montrer des preuves tangibles d’ouverture de son gouvernement aux sunnites modérés avant toute action.

Quant au voisin iranien, il temporise désormais lui aussi. Après avoir dit que Téhéran pourrait collaborer avec les Etats-Unis pour aider l'Irak, les autorités iraniennes semblent à présent lier leur engagement au succès des pourparlers sur le dossier nucléaire iranien à Genève. Mais le président Hassan Rohani l'a redit ce mercredi : l'Iran, puissance chiite, se garde quand même le droit d'intervenir en cas d'attaque des lieux saints d'Irak, véritable ligne rouge.


Au Kurdistan, les Peshmergas forment le principal rempart contre d'éventuels assauts jihadistes

Les événements qui se déroulent dans le nord du pays ont accéléré la formation d'un gouvernement au Kurdistan irakien autonome. Cela faisait des mois que le Premier ministre Nechirvan Barzani tentait de former une équipe dont la composition n'a pas été entièrement annoncée. Cette nouvelle donne est aujourd'hui permise par une force combattante : les Peshmergas. Reportage de notre envoyé spécial à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, Nicolas Falez.

Située tout au nord du pays, la région du Kurdistan autonome irakien conserve un calme relatif quand la poudrière irakienne explose et que l’Etat islamique en Irak et au Levant a pris possession de plusieurs régions voisines. Plus que jamais, les Kurdes comptent sur leurs Peshermgas pour les protéger.

Ils arrêtent et contrôlent les voitures qui franchissent les très nombreux checkpoints sur les routes du Kurdistan irakien. Dans cette région autonome, pas de soldats de l’armée régulière irakienne mais 200 000 Peshmergas.

Aucune coordination avec l'armée nationale

Dans son bureau du ministère des Peshmergas, le lieutenant général Jabar Yawar Manda détaille sur une carte accrochée au mur les endroits où les forces kurdes affrontent les jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

« Il y a des combats près de Mossoul, explique-t-il, des combats à Rabia près de la frontière syrienne, et des combats au sud de Kirkouk… »

Ces accrochages ont fait des victimes, selon l'officier, qui sait aussi que l’EIIL pourrait à l’avenir lancer des attaques contre le Kurdistan autonome. « Si le problème n’est pas résolu, il y aura du danger, des risques d’attaques et d’attentats suicide », reconnait le lieutenant général Jabar Yawar Manda.

L’homme ne se prive pas de critiquer l’armée régulière irakienne, qui a reculé face à l’offensive jihadiste la semaine dernière. Il assure qu’il n’y a aujourd’hui aucune coordination entre les Peshmergas et les militaires de Bagdad pour combattre l’EIIL.


■ Frappé à Tikrit, MSF dénonce une violation du droit humanitaire

Le 13 juin, le bombardement de la ville de Tikrit a endommagé une clinique de Médecins Sans Frontières (MSF). Olivier Maizoué, directeur adjoint de programme au Moyen-Orient au sein de l'ONG, fait part de son indignation face à cette violation du droit humanitaire, survenue au mépris des soins médicaux apportés aux populations déplacées. Son témoignage sur l'antenne de RFI :

« Depuis le mois de janvier, on a assisté à des mouvements de populations en Irak, et notamment vers Tikrit. Nos activités médicales pour les déplacés devaient commencer cette semaine, mais dans la suite des évènements de Mossoul, il y a eu, je pense qu'on peut le dire, un bombardement à proximité de la structure de MSF, qui se retrouve en partie détruite. Le dommage matériel, ce n'est pas énorme. Pour MSF, c'est avant tout une question de défense des principes humanitaires.

Les structures médicales ne doivent pas être aux prises avec les différents belligérants. Nous, on appelle au respect du droit humanitaire le plus simple. Au moment où le bombardement est arrivé, nos équipes n'étaient pas sur place. Nos employés locaux irakiens ont pu nous tenir informés de la situation. Le bombardement a été une réplique à l'avancée des groupes jihadistes par l'armée irakienne. Aujourd'hui, la priorité pour MSF, c'est de voir comment répondre aux besoins des déplacés dans le pays. »

→ A (RE)LIRE : EIIL: les rapports d’activité d'une entreprise militaire

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