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Irak / Syrie / Entretien

Gérard Chaliand: «L’idée de l’EIIL est de retourner à l’Umma»

Combats entre les forces de sécurité irakiennes et les combattants de l'EIIL à Jurf al-Sakhar, le 14 juin 2014.
Combats entre les forces de sécurité irakiennes et les combattants de l'EIIL à Jurf al-Sakhar, le 14 juin 2014. REUTERS/Alaa Al-Marjani
Texte par : Toufik Benaichouche
4 mn

Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le 16 mai 1916 entre la France et la Grande-Bretagne, avec l'accord des Russes et des Italiens, prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre. Sur les décombres de l'empire ottoman, il s'agissait de dessiner les frontières pour tout l'espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne. C'est de cette époque que datent les frontières actuelles de la région. Est-ce ce tracé qui explique les tensions actuelles ? Ces frontières sont-elles susceptibles de disparaître comme le veut l'Etat islamique en Irak et au Levant ? Gérard Chaliand, géopoliticien et spécialiste des conflits armés, livre son analyse à RFI.

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Gérard Chaliand : Au sortir de la Première Guerre mondiale, la France hérite de la Syrie et du Liban, bien qu’au démarrage elle devait avoir une partie de l’Irak du Nord, sans compter une partie également de la Turquie actuelle. Les Britanniques eux, qui étaient évidemment de loin la puissance dominante à l’époque, savaient qu’il y avait du pétrole en Irak. Donc ils se sont adjoints une province supplémentaire. En principe, l’Irak devait être composé uniquement de Bagdad et de Bassorah. Ils se sont ajoutés la province dite de Mossoul, peuplée de Kurdes. Ils se sont réservés la Palestine, la Transjordanie et ils dominaient déjà l’Egypte. Ceci évidemment morcelait un Moyen-Orient qui, de toute façon, avait été également divisé en provinces par l’empire ottoman et qui était caractérisé par des différences confessionnelles très importantes, particulièrement dans les zones montagneuses qui servaient de zone refuge.

Aujourd’hui, l’idée des jihadistes, en quelque sorte, est d’essayer de retourner à l’ensemble de ce qu’on appelle la « communauté des musulmans », l’Umma, une reconstitution en quelque sorte mythique parce que finalement, ça reste une utopie. Et ils dénoncent tout ce qui a été fait. C’est comme si les Vietnamiens dénonçaient le fait que l’arrivée des Français a stoppé leur hégémonie qui tendait à s’emparer du Cambodge.

RFI : En fait, ils veulent effacer les frontières qui ont été fixées au profit d’un Etat islamique qui engloberait toute la Umma, c’est-à-dire toute la communauté musulmane au monde ?

Pour commencer, en Orient, ça serait Syrie-Liban-Jordanie-Irak, et si possible la Palestine, donc Israël. Ainsi, c’est un rêve creux. Ils n’arriveront pas à le réaliser. Les résistances sont considérables. La plupart des Etats, qui existent depuis maintenant pratiquement un siècle, ont un socle. Un Syrien, ce n’est pas un Irakien. C’est vrai qu’il y a des différences entre sunnites et chiites bien sûr, mais des entités et des histoires se sont formées, qui sont ce qu’elles sont.

Il y a quand même une forte appartenance patriotique, une forte idée de nation pour chacun de ces pays, particulièrement en Irak.

Dans une certaine mesure. Quand l’Irakien sort de chez lui, il se dit Irakien ; lorsqu’il est chez lui, il se dit sunnite, chiite ou kurde. Donc il y a une double identité : une identité religieuse qui fut d’ailleurs la nôtre en Europe jusqu’à il n’y a pas longtemps. On était protestant ou catholique sous Louis XIV avant d’être Français. Et pendant la guerre de Trente Ans qu’on a connue au XVIIe siècle, on s’est déchirés entre protestants et catholiques de façon énergique.

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