Israël / Territoires palestiniens

Gaza: une trêve fragile dans des quartiers dévastés

Des sauveteurs transportent le corps d'un Palestinien tué dans les bombardements et retrouvés dans les décombres à la faveur de la trêve de ce samedi 26 juillet.
Des sauveteurs transportent le corps d'un Palestinien tué dans les bombardements et retrouvés dans les décombres à la faveur de la trêve de ce samedi 26 juillet. REUTERS/Ahmed Zakot
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Israël a accepté de prolonger de quatre heures, jusqu'à minuit, le cessez-le-feu humanitaire dans la bande de Gaza. Cette trêve de douze heures avait débuté samedi matin et expirait à 17h00 TU (20h00 locales). Le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait annoncé, vendredi 25 juillet au soir au Caire, qu’Israël avait accepté le principe d’une trêve humanitaire de douze heures. A Gaza, les habitants ont profité pour fouiller les décombres et acheter eau et nourriture.

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La trêve humanitaire de douze heures dans la bande de Gaza acceptée par Israël a démarré samedi matin à 8 h, heure locale (5 h TU) et s'est poursuivie jusqu'à 20 h, heure locale (17 h TU). A l'issue de ces douze heures de trêve, Israël a accepté de prolonger le cessez-le-feu de quatre heures, jusqu'à minuit. Cette trêve a permis à la population de Gaza de se ravitailler en eau et en nourriture et permettre, aussi, le réapprovisionnement des hôpitaux.

Une minute après l'heure officielle de la pause dans les combats, les Gazaouis sont sortis prudemment mais en masse dans les rues, a pu constater le correspondant de RFI à Gaza, Nicolas Ropert. Les tirs israéliens se sont interrompus. On peut voir beaucoup plus de charrettes et de voitures que ces derniers jours. Les habitants qui avaient fui tentent de regagner leur maison. Ils veulent voir l'état de leurs habitations ou récupérer quelques affaires.

Scène étonnante : dès que la trêve a débuté, la plage a aussi retrouvé des allures normales. Une dizaine de pêcheurs à pied a ressorti ses filets, ce qu'ils n'avaient pas pu faire depuis le début de l'opération israélienne.

Des tanks israéliens dans certains quartiers

A Khouza'a, dans le sud-est de la bande de Gaza, l’une des lignes de front, les maisons sont détruites. Il y a des impacts de tirs de chars sur les façades des maisons. Des traces d’artillerie sont visibles un peu partout. A la mi-journée, les familles souhaitent aller chercher quelques affaires, mais la zone est sous contrôle de l’armée israélienne. Impossible de s’en approcher. Certains essaient quand même : ils sont accueillis par des tirs de sommation de l’armée israélienne. Des tanks ont été installés par l’armée israélienne, que l’on aperçoit au loin, de même que les nuages de poussières qui se déplacent au passage de ces tanks. Il y aurait des morts civils, il y aurait aussi des personnes coincées dans cette zone.

Le centre-ville de Gaza est complètement bloqué. Dans le reste de la bande de Gaza les habitants sont sortis faire quelques courses. Ils vont acheter de l’eau et de la nourriture. On croise aussi des convois avec tout et n’importe quoi sur la route : machines à laver, matelas, bouteilles de gaz… Certains commerces sont ouverts, comme un barbier, par exemple, dans le centre-ville de Gaza.

« On n'en peut plus »

Un Palestinien, dans les décombres du quartier de Chajaya, à Gaza, pendant la trêve de ce samedi 26 juillet.
Un Palestinien, dans les décombres du quartier de Chajaya, à Gaza, pendant la trêve de ce samedi 26 juillet. REUTERS/Mohammed Salem

Les Gazaouis répètent tous la même chose : « On n’en peut plus ». Les habitants croisés dans le sud ont vraiment été victimes de ces combats. Ils disent qu’« il faut arrêter ces combats définitivement ». C’est la première fois que l’on peut entendre ça. Jusqu’ici, la population faisait bloc avec les groupes de combattants palestiniens. Ils sont également encore nombreux à espérer une avancée, comme la levée du blocus qui dure depuis sept ans maintenant. « Si nous n’obtenons pas d’avancées, alors autant mourir tout de suite », a déclaré une mère de famille qui a perdu deux proches, tués la nuit dernière.

Ces douze heures de trêve, si elles sont respectées par les deux parties, vont permettre à la population de respirer. Cette trêve va permettre aux Gazaouis bloqués dans des zones de combats de sortir. Une population littéralement assiégée depuis le début de l'offensive. L'interrogation subsiste cependant dans les zones à l'intérieur de la bande de Gaza où l'armée israélienne est positionnée. Les habitants ne sont pas sûrs de pouvoir y accéder.

Une trêve sous conditions

La trêve a démarré alors que huit Palestiniens, dont quatre enfants, ont été tués dans la nuit de vendredi à samedi par une frappe aérienne israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Dans la matinée de ce samedi, à la faveur du cessez-le-feu, les corps d'au moins 76 personnes ont été découverts dans les décombres de quartiers de Gaza bombardés, selon les services de secours locaux. Cela porte à plus de 900 le nombre de Palestiniens tués depuis le début de l'opération israéleinne, le 8 juillet dernier. Trois civils israéliens ont été tués dans le même temps par des roquettes tirées depuis Gaza. L'armée israélienne a également annoncé ce samedi matin la mort de deux de ses soldats dans des combats, portant à 37 le nombre de militaires israéliens tués depuis le début de l'offensive terrestre. 

Le porte-parole militaire qui a annoncé le cessez-le-feu a souligné deux points, rapporte le correspondant de RFI à Jérusalem, Michel Paul : les civils de Gaza à qui il a été demandé par l'armée israélienne de quitter leur logement doivent s’abstenir d’y retourner. L’armée israélienne a également prévenu qu'elle « ripostera » si les Palestiniens tentent « d’exploiter cette période pour attaquer des soldats ou tirer sur des civils ».

Deux précédentes trêves ont été des échecs

Les militaires israéliens entendent bien poursuivre leurs activités opérationnelles pour localiser et détruire les tunnels qui partent de Gaza. C'est sur cette question qu’avaient capoté les efforts de l’initiative Kerry. Vendredi soir, le cabinet de sécurité israélien a rejeté l’unanimité la proposition américaine de cessez-le-feu pour une durée d’une semaine. Dans les 48 heures suivant la fin des hostilités, le Hamas et Israël étaient supposés se retrouver au Caire pour négocier un accord de sortie de crise. La proposition du secrétaire d’Etat américain ne « répondait pas aux besoins d’Israël », a-t-on expliqué dans l’entourage du Premier ministre Benyamin Netanyahu.

Lors des deux précédentes trêves, les cessez-le-feu n’ont tenu que quelques heures, à peine. D’abord parce qu’à Gaza il n’y a pas que le Hamas et le Jihad islamique qui tirent des roquettes, mais aussi d’autres groupes moins contrôlés. Et puis, parce qu’Israël est déterminé à poursuivre son opération le plus loin possible. Le ministre de la Défense, Moshe Yaalon a affirmé que l’armée se préparait à amplifier à nouveau son opération dans la bande de Gaza.

Réunion à Paris

De gauche à droite, le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil al-Arabi, le secrétaire d'Etat américain John Kerry,  le chef de la diplomatie égyptienne Sameh Choukri et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. Le Caire, le 25 juillet 2014.
De gauche à droite, le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil al-Arabi, le secrétaire d'Etat américain John Kerry, le chef de la diplomatie égyptienne Sameh Choukri et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. Le Caire, le 25 juillet 2014. REUTERS/Pool

Selon le secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui a annoncé l'accord des deux parties au cours de la nuit, la trêve est reconductible pour douze heures, vingt-quatre heures, ou même plus, rapporte notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. De quoi lui laisser le temps de continuer à discuter avec diverses parties pour tenter de parvenir à une trêve d’une semaine commençant lundi, à l’occasion de la fête musulmane du Fitr marquant la fin du ramadan. John Kerry a minimisé le rejet initial de cette trêve par Israël en indiquant qu’il s’agissait de réserves sur certaines formulations. Le secrétaire d’Etat américain a même fait preuve d’optimisme en indiquant que « de grands progrès avaient été accomplis » et que « le fossé avait pu être réduit ».

John Kerry a toutefois implicitement reconnu que les efforts déployés n’étaient pas encore parvenus à faire changer la position « de certaines factions palestiniennes ». Une allusion au Hamas et au Jihad islamique. Une réunion qui a démarré ce samedi midi (10 h TU), à Paris, en présence de représentants européens, américains, turques et qatariens, avec pour objectif l’ouverture de négociations entre Israël et le Hamas. John Kerry espère faire évoluer la position du Hamas grâce à cette réunion, préparée à Paris par son homologue français Laurent Fabius.

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