Irak / Etats-Unis

Irak: une coalition mondiale contre l’EI est-elle vraiment possible?

Le projet de coalition internationale pour lutter contre les jihadistes de l'EI a commencé à s'esquisser vendredi 5 septembre, en marge du sommet de l'Otan au Royaume-Uni.
Le projet de coalition internationale pour lutter contre les jihadistes de l'EI a commencé à s'esquisser vendredi 5 septembre, en marge du sommet de l'Otan au Royaume-Uni. REUTERS/Larry Downing
Texte par : RFI Suivre
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Le président américain Barack Obama a assuré vendredi que l'État islamique (EI), responsable d'atrocités en Irak et en Syrie, finirait par être vaincu, notamment grâce à la constitution d'une vaste alliance internationale. Un projet salué samedi par les autorités irakiennes. Mais qui risque vite de se heurter à des difficultés de taille.

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Avec notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet

L’administration Obama, qui ne veut pas aider le président Bachar el-Assad même si Syrie et États-Unis ont le même ennemi, attend la formation d’une coalition internationale. Elle comprend pour le moment dix membres et devrait s’étoffer des partenaires arabes des États-Unis : Jordanie, Arabie Saoudite et États du Golfe entre autres. Et ce, après les missions que vont effectuer au Moyen-Orient le secrétaire d’État, John Kerry, et le secrétaire à la Défense américain, Chuck Hagel, pour sonner le ralliement contre les jihadistes.

Pour être efficace, cette coalition devrait, selon les Américains, fournir un soutien militaire à l’Irak, stopper le flux des combattants étrangers, bloquer le financement de l’EI et délégitimer son idéologie, ainsi que poursuivre son aide humanitaire aux réfugiés.

Plus facile à dire qu'à faire

Mais cette coalition risque d'être bien difficile à constituer. En effet, pour certains pays, plus facile à dire qu’à faire. Exemple : la Turquie. Membre de l'Otan depuis 1952, elle est le seul pays musulman dans la coalition des dix pays de l'organisation qui ont décidé de se battre contre les ultra-radicaux sunnites de l'État islamique lors sommet de l'Otan au Pays-de-Galles.

Mais Ankara est dans une position plus que délicate. D'une part, les membres de l'EI détiennent 46 otages turcs en Irak, dont des diplomates. Par conséquent, ils risquent de connaître le même sort que les journalistes américains égorgés devant une caméra. D’autre part, la Turquie a longtemps été le pays par lequel transitait tous les adversaires du président Bachar el-Assad, islamistes radicaux compris. Sur ce point, elle devra changer ses habitudes et là aussi l'EI ne l'entendra pas de cette oreille.

Pour constituer une coalition régionale contre l'État islamique, on voit mal aussi comment ne pas inclure l'Arabie Saoudite et le Qatar. Les deux pays ont longtemps soutenu les partisans de cet islam radical. L'Arabie Saoudite a fait depuis machine arrière, mais rien de tel de la part du Qatar, et leurs relations sont désormais teintées de suspicion.

Enfin, rien probablement ne pourra se faire sans l'Iran, adversaire déclaré des islamistes sunnites radicaux. Mais là, ce sont les Occidentaux, et notamment les États-Unis qui répugnent, officiellement en tout cas, à accorder un rôle majeur dans la région à Téhéran.

Pas de troupes au sol

Une autre question n'est toujours pas réglée par Washington : celle des frappes en Syrie. Il y a, selon John Kerry, un consensus parmi les membres de la coalition : pas d’envoi de troupes au sol. Mais le problème, c'est que, selon tous les experts militaires, pour vaincre les jihadistes, les frappes aériennes sont insuffisantes. Il faut des forces terrestres pour occuper le terrain. Si des raids sont menés en Syrie, Washington voudrait que l’opposition syrienne modérée se charge des combats au sol. Barack Obama a autorisé en juin l’octroi de 500 millions de dollars pour aider les rebelles, mais le Congrès ne l’a pas encore approuvé.

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