SYRIE

«On ne peut pas frapper en Irak sans frapper en Syrie»

Un missile Tomahawk, tiré du croiseur USS Philippine Sea, près du porte-avions «USS George H.W. Bush» dans le golfe Persique, le 23 septembre 2014.
Un missile Tomahawk, tiré du croiseur USS Philippine Sea, près du porte-avions «USS George H.W. Bush» dans le golfe Persique, le 23 septembre 2014. REUTERS/Mass Communication Specialist 1st Class Eric Garst/U.S.

Les premières frappes américaines en Syrie ont eu lieu cette nuit contre les jihadistes de l'organisation de l'Etat islamique. Des raids aériens menés par l’aviation américaine en collaboration avec cinq pays arabes de la Coalition. Cible principale, la ville de Raqqa en Syrie, considéré comme le fief des jihadistes. Les frappes ont aussi eu lieu le long de la frontière entre la Syrie et l'Irak. Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po, répond aux questions de RFI.

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RFI : Les frappes américaines avaient commencé en Irak depuis plusieurs semaines. Pourquoi selon vous avoir attendu si longtemps pour frapper en Syrie ? C’est un manque de renseignements ou le fait que le terrain soit plus complexe ?

Non je ne crois pas. Je crois que c’est le problème politique posé par une frappe en Syrie, qui naturellement ne peut que renforcer le président Assad, qui a posé problème. A un moment donné, c’est bien pour ça qu’il y a quelques jours, le président Obama disait qu’il n’avait pas encore véritablement trouvé de stratégie. Je crois que maintenant la décision a été prise, et c’est une bonne décision. Je crois que quand on a plusieurs adversaires, plusieurs dangers, il faut les prioriser.

L’Amérique a tranché, elle a dit le premier danger c’est Daech, l'organisation de l’Etat islamique, et donc, il faut le frapper, même si à court terme, effectivement, ça peut renforcer Assad. Je crois que c’est une très bonne nouvelle parce que les frappes en Irak étaient insuffisantes et on l’a vu hier, Daech a mené une offensive violente en Kurdistan, en pays kurde syrien. On ne peut pas frapper en Irak sans frapper en Syrie, et ça c’est une bonne nouvelle. La deuxième bonne nouvelle, et on le sait, un certain nombre d’aéronefs de pays du Golfe, de monarchies du Golfe, ont participé à cette action. C’est une bonne nouvelle parce que ça agrandit la coalition, et cette coalition, définitivement, n’est plus une croisade occidentale contre une faction musulmane.

On a à faire à un vrai soutien militaire de la part de ces pays arabes ou bien d’une simple caution politique pour les Américains ?

Pour l’instant, on ne sait pas exactement ce qui a été fait, on le saura probablement dans la journée mais c’est les deux à la fois. Il est bien évident que l’armée américaine n’a pas besoin du soutien technique, matériel des pays arabes, mais le fait que des avions aient décollé et agi avec les avions américains, qu’ils aient frappé ou non, de toute façon c’est une bonne nouvelle. Ensuite, on verra, on sait bien que des diplomaties avancent tous les jours, déjà c’est un premier pas important, on ira plus loin demain.

Militairement, comment s’opère cette collaboration avec les pays arabes ?

Militairement c’est toujours la même chose, on est dans un espace aérien, dangereux évidemment, et tout cela doit être coordonné. Donc on a un état-major de coordination, un centre de coordination des opérations, qui est évidemment multinational, qui est très probablement dirigé par un officier américain et qui va répartir en quelque sorte les missions et les faisceaux d’action. On sait en revanche que la France revendique à juste titre son autonomie dans cette affaire, et c’est pour ça qu’on le sait, elle a conduit des opérations de renseignement avec ses avions en début de semaine dernière, lundi, elle en a conduit d’autre, dimanche, de manière à ce que la France sache, exactement, ce qu’elle frappe et comment elle va le faire.

Ce matin, sur notre antenne, l’un de nos invités disait que les frappes c’était bien mais que ce n’était pas suffisant, qu’inévitablement, à un moment donné, les troupes au sol seraient inévitables. C’est aussi votre pensée ?

Votre intervenant a parfaitement raison, on est dans une première phase de la manœuvre. Pour l’instant le point c’est d’arrêter, c’est d’endiguer, c’est d’affaiblir mais ça ne suffit pas. Ca correspond si vous voulez, à l’endiguement, au « containment » américain pendant la guerre froide et après il va falloir refouler, c’est la phase « roll back », ça ne peut que se faire qu’avec des troupes au sol. Evidemment, ces troupes ne peuvent qu’être, pour l’instant, irakiennes et kurdes. Ce qui suppose, avant cette deuxième phase, un renforcement de l’armée irakienne, dont on sait qu’elle est faible, elle s’est débandée, il y a quelques jours devant une attaque justement de Daech, l'organisation de l'Etat islamique.

Quant à l’armée kurde, elle n’est pas encore véritablement organisée, il faut continuer à la former, à l’équiper et tout ça, ça va prendre du temps. Une deuxième phase terrestre indispensable. Mais je dirai que le plus important, c’est la manœuvre politique, il faut absolument arriver à dissocier Daech, des tribus sunnites dans lequel elle est incrustée pour l’instant dans le nord de l’Irak. Donc cette démarche politique est absolument essentielle, si ça ne marche pas et bien les opérations militaires finalement auront été inutiles.

Nous sommes à un tournant majeur des opérations menées par la Coalition contre l'organisation de l’État islamique qui a sa base arrière en Syrie...

Khattar Abou Diab

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