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Invité International

Jihad: «Impossible de déceler à l’avance les vocations»

Maxime Hauchard.
Maxime Hauchard. DR.
Texte par : RFI Suivre
5 min

Une enquête a été ouverte à Paris pour assassinat en bande organisée. Elle fait suite à la confirmation de la présence d’un Français sur la vidéo publiée par l’organisation Etat islamique revendiquant les décapitations de l’Américain Peter Kassig et de dix-huit soldats syriens. La France n’est pas la seule confrontée au départ de ces ressortissants partis faire le jihad. Comment les Etats organisent-ils la traque aux jihadistes ? Yves Bonnet, le président fondateur du Centre international de recherche et d’étude sur le terrorisme et l’aide aux victimes du terrorisme, ancien patron de la DST (Direction de Surveillance du Territoire), est l'invité de RFI.

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RFI : Tous les services de renseignement occidentaux ont les yeux braqués aujourd’hui sur cette vidéo, pour tenter d’identifier les exécuteurs et voir s’il s’agit d’un de leurs ressortissants. La France a formellement reconnu l’un d’eux : Maxime Hauchard. Un deuxième est soupçonné. Un Belge aurait également été identifié. Comment s’opère ce travail d’identification ?

Yves Bonnet : C’est de la technique policière. C’est une technique qui est parfaitement maîtrisée. Cela ne pose pas de problème. Ce qui importe aujourd’hui c’est de renforcer encore la coopération internationale, mais de la renforcer sans exclusive. C’est-à-dire qu’il ne faut pas seulement s’adresser à nos partenaires habituels. Il faut savoir travailler aussi avec d’autres pays qui ont le même objectif que nous, qui est de lutter contre cette forme de terrorisme.

Ce travail de collaboration, cela veut dire qu’en amont il faut que le parcours de ces jihadistes soit connu ?

Bien sûr ! C’est une des données du problème. Mais, il faut surtout essayer d’identifier les filières par lesquelles passe un certain nombre d’individus. Vous comprenez bien qu’il est pratiquement impossible de déceler à l’avance toutes les vocations réelles ou supposées. En revanche, c’est comme pour la drogue – si vous me permettez cette comparaison pour tous les trafics, même si c’est un trafic humain – en revanche les filières sont plus faciles à identifier et c’est déjà à ce niveau-là qu’il faut intervenir.

Ces filières sont les mêmes, qu’il s’agisse de candidats français, britanniques, tunisiens, belges ?

Ça je l’ignore, mais ce sont probablement sinon toujours les mêmes. Il y a probablement beaucoup de rapprochements qui se font. Dans un périmètre qui est quand même relativement circonscrit, il ne peut pas y avoir beaucoup d’organisations. Je pense qu’il doit y avoir une certaine centralisation de l’organisation. Mais je n’ai pas d’éléments qui me permettent de confirmer ce que je vous dis.

La collaboration doit se faire aussi en amont; Il y a une mobilisation en ce moment, avec beaucoup d’intérêt sur les réseaux sociaux ?

Bien sûr. C’est un phénomène qui est complètement nouveau, parce qu’il est bien évident que les réseaux sociaux sont la meilleure et la pire des choses. Ils permettent en tout cas des recrutements et des mobilisations beaucoup plus faciles. Mais du même coup, les réseaux sociaux rendent ces filières plus vulnérables. Donc il faut savoir les utiliser.

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire qu’on peut identifier beaucoup plus facilement les recruteurs. C’est évident ! A partir du moment où ils s’expriment sur des réseaux sociaux, ils prennent des risques. Sur ce plan, on dispose de moyens de connaissance que je n’ai pas à vous dire, mais que vous imaginez très bien.

Comment expliquez-vous que les réseaux sociaux, comme Twitter, Facebook, Google, ne collaborent pas plus au contrôle de contenu de leurs plateformes ?

Parce qu’ils ont des impératifs commerciaux et qu’ils font passer leurs impératifs commerciaux avant les nécessités d’une coopération ou d'opération de salubrité publique. C’est le conflit d’intérêts entre l’argent et la sécurité.

Internet c’est donc l’un des grands défis aujourd’hui, dans cette traque contre les jihadistes. Quels sont les autres moyens d’agir ?

Les autres moyens c’est la coopération entre les services et donc l’identification d’un certain nombre de gens, d’un certain nombre d’organisations. Cette identification doit être planétaire. Il ne faut à cet égard, négliger aucune espèce d’alliance. Tous les pays qui sont engagés, peu ou prou, dans cette lutte contre les jihadistes, doivent être appelés, invités à coopérer avec nous et nous avec eux. Il ne faut pas avoir d’exclusive. Ce n’est pas le moment par exemple, de réveiller des vieux souvenirs algériens comme celui de la malheureuse tragédie de Tibhirine. Ce n’est pas le moment de mécontenter nos amis algériens sur des problèmes qui malheureusement sont derrière nous et sur lesquels toute la clarté a déjà été faite. Ce n’est pas non plus la peine de s’exciter contre la Russie alors que les Russes sont dans cette affaire nos alliés objectifs !

Une fois l’identification opérée, qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’après on peut vraiment intervenir ?

On ne peut pas intervenir tant que quelqu’un n’a rien fait. C’est une vieille règle du droit et de la sauvegarde de liberté. Tant que vous n’avez pas commis un crime ou un acte délictuel, on ne peut rien faire pour vous. En réalité, il faut essayer d’identifier les réseaux. Il faut les pénétrer surtout ! Il faut y introduire un certain nombre de gens. Puis après évidemment, il est beaucoup plus facile d’agir. Après c’est une question de choix. Le choix, il est à la discrétion de l’autorité politique.

Ça veut dire, si on prend le cas de ce Français qui a été identifié, qu’il pourrait être traduit en justice ?

Clairement ! Mais est-ce que la compétence de la justice française est établie en la circonstance, pour un crime qui a été commis à l’étranger sur des étrangers ? C’est un autre problème. C’est un problème de droit. Mais indiscutablement, s’il est reconnu comme criminel, il peut – il doit – être poursuivi par la justice.

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