Israël/Territoires palestiniens

Répression en Cisjordanie: le «déni de réalité» de Netanyahu

Selon la police, les deux Palestiniens, armés de haches et de couteaux, ont fait irruption dans la synagogue du quartier de Har Nof à Jérusalem-Ouest mardi 18 novembre 2014.
Selon la police, les deux Palestiniens, armés de haches et de couteaux, ont fait irruption dans la synagogue du quartier de Har Nof à Jérusalem-Ouest mardi 18 novembre 2014. REUTERS/Ronen Zvulun

Les menaces de Benyamin Netanyahu ont été mises à exécution. La nuit dernière à Jérusalem-Est, les forces de sécurité israéliennes ont détruit la maison d’un Palestinien auteur d’un attentat le mois dernier. C’est toujours dans cette partie orientale de Jérusalem, que deux assaillants palestiniens ont tué mardi 18  novembre cinq Israéliens en visant une synagogue. Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques à l’université de Cergy-Pontoise, directeur de directeur de l'Iremmo (Institut de recherche et d'étude sur la Méditerranée et le Moyen-Orient) est l'invité de RFI.

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Pensez-vous que ces mesures fortes, comme la destruction des habitations des terroristes présumés, sont des mesures qui vont dans le sens de l’apaisement ?

Jean-Paul Chagnollaud : Bien sûr que non ! Il est clair que cette répression qui touche à la punition collective, puisqu’on va toucher aussi sa famille, va forcément avoir des effets négatifs. C'est-à-dire qu’il y aura des gens qui ont envie de se venger. Nous sommes donc dans une spirale malheureusement très classique des violences et des représailles – et des représailles et des violences – donc ça va évidemment accentuer encore le malaise profond que les Palestiniens ressentent.

Ce qui s’est passé dans cette synagogue est évidemment absolument condamnable. Il n’y a pas de question là-dessus ! Mais par ailleurs, il faut comprendre quel est le cœur du problème. C’est bien entendu la situation que le gouvernement Netanyahu impose à Jérusalem-Est. C'est-à-dire auprès de 300 000 Palestiniens qui sont sous occupation et, en aucune manière, maîtres de leurs destins. Ils n'ont même pas la possibilité de pouvoir se loger décemment, puisque la plupart du temps les permis de construire – on va prendre quelque chose de très concret – leur sont refusés. Donc il est évident, contre la judaïsation de la ville et ces interdictions multiples, il y a des tensions majeures qui vont évidemment continuer.

Est-ce que justement, réprimer en quelque sorte ceux qui ne sont pas responsables de cette violence, ce n’est pas de la part de l’Etat hébreu un aveu d’impuissance ?

Je crois qu’on est dans une impasse totale ! Parce que la question fondamentale c’est qu’on ne peut pas contrôler une ville par l’occupation comme si de rien n’était. C'est-à-dire qu’on ne peut pas s’attendre de la part des 300 000 Palestiniens à ce qu’ils acceptent – et la judaïsation de Jérusalem-Est – et la colonisation à outrance – et l’occupation. Donc bien entendu il y a une question politique.

Or le gouvernement nationaliste, très nationaliste de Netanyahu, veut rester dans ce déni de réalité. Il impose l’idée que Jérusalem est la capitale initiée d’Israël, ce qui n’est reconnu par aucun Etat au monde ! Pas même les Etats-Unis ! Donc il y a une question politique. Et tant que ce gouvernement israélien refuser de débattre du statut de Jérusalem pour laisser une place à un Etat palestinien à côté d’Etat d’Israël, on aura très régulièrement ce type de tension, de frustration, et par conséquent de violence.

Et j’ajouterai un mot:  ce sont des violences qui sont des violences erratiques. C'est-à-dire qu’elles ne sont pas structurées autour d’une organisation politique. Ce sont des réactions de tel ou tel petit groupe voire de tels ou tels individus qui n’en peuvent plus, qui n’ont plus d’avenir et qui font n’importe quoi, jusqu’à aller attaquer – et ça c’est évident et je vous répète extrêmement condamnable, plus que condamnable même – des croyants dans leurs synagogues.

Précisément avec un profil des assaillants, un solitaire quasi insaisissable ?

Je crois que c’est ça. C’est que si on connaît un tant soit peu la ville – je la connais assez bien – on voit bien que ces jeunes sont perdus ! Beaucoup ! Ils n’ont pas de boulot. Et puis en plus il faut bien comprendre pour vos auditeurs que les Palestiniens de Jérusalem-Est sont soumis un statut d’une très grande précarité. Ils ont des cartes de résidence qui sont délivrées par les autorités d’occupation : Israël. Ces cartes de résident leur permettent de rester chez eux en quelque sorte, dans la ville. Mais s’il leur arrive tel ou tel incident, on leur retire cette carte de résident. Par conséquent ils sont obligés de quitter l’endroit où ils ont toujours vécu, où leur famille est présente depuis des générations ! Donc c’est vraiment un statut extrêmement précaire qui rend encore plus difficile leur vie quotidienne !

Cette situation est tendue également du côté des villes arabes israéliennes ?

C’est un autre sujet qui est très complémentaire, effectivement. C’est que ce qui s’est passé il y a quelques jours ou quelques semaines. La police a tué un jeune Arabe israélien, ça montre aussi un malaise énorme, qui est la fracture dans la société israélienne elle-même, entre les Juifs israéliens, les Arabes israéliens.

Les Arabes israéliens ont le sentiment – et ce n’est pas seulement un sentiment, c’est que ça renvoie à une réalité – d’être vraiment des citoyens de seconde zone. Jamais la police n’aurait tiré sur un manifestant juif ! Alors qu’ils ont tiré sur un manifestant arabe israélien ! Et là, c’est une fracture profonde. Et bien entendu, le fait de réclamer et d’exiger sans arrêt l’idée d’un Etat juif ça veut dire que dans un Etat juif il y a une partie des citoyens – je parle d’Israël cette fois-ci, bien entendu – qui ne se reconnaissent pas dans cet Etat juif ! Ils sont Arabes. Une démocratie doit prendre en compte l’ensemble des citoyens, qu’ils soient Arabes ou qu’ils soient Juifs.

Mardi, il y a eu la reconnaissance justement, de l’Etat palestinien par le Parlement espagnol. A Paris, le vote est programmé pour le 28 octobre. Comment ces processus en Europe peuvent influencer ces tensions récurrentes ?

Je crois que c’est très important que ça se passe en Europe, parce que c’est quand même là que ça se joue beaucoup, avec les Etats-Unis, bien entendu. C’est l’idée qu’il existe quelque chose qui s’appelle « le droit international ». Et le droit international, le fait de reconnaître l’Etat de Palestine est un rappel au droit international qui dit très clairement qu’on ne peut pas acquérir de territoire par la force.

Par conséquent ni Gaza, ni la Cisjordanie, ni Jérusalem-Est, ne peuvent être placés sous la souveraineté israélienne. Ce sont des territoires occupés. Donc ce processus est important. Ça peut faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il accepte enfin de vraies négociations. C’est-à-dire faire des compromis fondamentaux.

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