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Union européenne/Palestine

Leïla Shahid: la retraite pour celle qui a incarné la Palestine en Europe

Leïla Shahid a annoncé qu'elle prenait sa retraite après avoir représenté la Palestine en Europe durant un quart de siècle. Ici, à Ajaccio, le 6 novembre 2010.
Leïla Shahid a annoncé qu'elle prenait sa retraite après avoir représenté la Palestine en Europe durant un quart de siècle. Ici, à Ajaccio, le 6 novembre 2010. AFP PHOTO Stephan Agostini

Ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid vient d’annoncer qu’elle quittait le poste qu’elle occupait à Bruxelles depuis près d’une décennie. Née à Beyrouth en 1949, Leïla Shahid a indiqué vouloir rejoindre la société civile dans sa ville natale.

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Sa façon de rouler les « r » était devenue familière aux Français autant qu’aux Européens. Leïla Shahid a ainsi été la représentante, puis l’ambassadrice d’un Etat « qui n’existe pas », la Palestine, durant un quart de siècle. Sa voix si reconnaissable a inlassablement fait connaître son peuple exilé ou « bouclé dans une immense prison », comme elle le décrit bien loin de l’habituel langage stéréotypé des chancelleries. 

Douleur de l’exil

Même si elle n’est pas forcément l’ennemie de la « langue de bois » qu’elle pratique volontiers quand les évènements l’y contraignent, Leïla Shahid sait aussi « fendre l’armure ». Par exemple quand elle revêt sa robe de conteuse pour parler de la Naqba (la catastrophe) selon le terme employé pour désigner l’exode palestinien en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël. A l’époque, 700 000 Palestiniens avaient été contraints de fuir leurs terres.

C’est au cours de l’émission télévisée de la RTBF ce dimanche Le Bar de l’Europe sur TV5 que celle qui incarne la Palestine en Europe a choisi de faire connaître son retrait de la vie diplomatique. Elle explique au cours d’un entretien sa décision de rentrer à Beyrouth, là où elle est née en exil en 1949, dans une famille très aisée. Leïla Shahid a eu la perception très jeune du drame qui faisait tant pleurer sa mère raconte-t-elle. Elle n’avait que 4 ou 5 ans quand sa mère l’a emmenée à Jérusalem-Est, pas encore occupée à l’époque (elle le sera en 1967) pour lui montrer, sur la ligne de démarcation, sa maison natale.
 

Yasser Arafat le 1er janvier 1974 à Rabat au Maroc.
Yasser Arafat le 1er janvier 1974 à Rabat au Maroc. Hulton Archive/Getty Images

« J’ai été forgée par ce sentiment de dépossession de la maison de ma mère, du pays de mes parents et par le fait que nous n’avions par le droit d’y aller » se souvient-elle lors d’un entretien en 2013 avec l’ONG Frère des Hommes. Cette cicatrice indélébile de la douleur de l’exil la pousse à s’engager auprès du Fatah (Mouvement de libération nationale) de Yasser Arafat dès 1968, un an après la guerre des Six Jours qui verra Israël infliger une défaite amère aux trois armées arabes, syrienne, égyptienne et jordanienne. Leïla Shahid ne fera la connaissance d’Arafat qu’en 1969, à Aman alors qu’il vient d’accéder à la présidence de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Anthropologue et diplomate

Ses études de sociologie et d’anthropologie à l’université américaine de Beyrouth la conduisent en 1974 à Paris où elle rédige sa thèse sur les camps palestiniens. Ezzedine Kalak, futur représentant de l’OLP en France qui sera assassiné en 1978, encourage Leïla Shahid à le remplacer à la tête de l’Union des étudiants palestiniens en France en 1976. Depuis lors, la jeune anthropologue a mis les deux pieds et la tête dans la politique pour ne plus en sortir.

Elle s’installe au Maroc, où elle vit une dizaine d’années, aux côtés de son mari l’écrivain marocain Mohammed Berrada, épousé en 1978. Intellectuels, artistes et écrivains constituent autour de Leïla un cercle stimulant en même temps que de possibles relais pour la cause palestinienne qu’elle défend plus que jamais.
 

Mémorial du massacre de Sabra et Chatila, à Sabra au Liban.
Mémorial du massacre de Sabra et Chatila, à Sabra au Liban. cc wikimédia/Bertramz

Les massacres de Sabra et Chatila, du nom des camps de réfugiés palestiniens installés à Beyrouth-Ouest se produisent en 1982, à un moment où Leïla se trouve justement sur place accompagnée par l’écrivain Jean Genet. Ils seront parmi les premiers à pénétrer dans les camps (placés sous la responsabilité de l’armée israélienne) après le carnage perpétré par les des phalangistes chrétiens et des soldats libanais. L’assassinat de centaines de civils, voire de milliers, inspirera à Genet le texte Quatre heures à Chatila et Le Captif amoureux dédié aux Palestiniens.

Leïla Shahid part ensuite pour l’Irlande où elle sera représentante de l’OLP puis pour la même mission, en 1990 aux Pays-Bas et au Danemark. De 1994 à 2005, elle sera la Déléguée générale de la Palestine en France. A l’époque se souvient-elle, Arafat pensait qu’il devait nommer des femmes à des postes importants pour ainsi reconnaître leur apparition dans la résistance, « mais je suis la seule qui ait accepté », ajoute-t-elle aussitôt.  

«Nous avons échoué»

La bouillonnante déléguée devra quand même attendre 1994 pour pouvoir visiter pour la première fois les Territoires palestiniens, une conséquence de la signature des accords d’Oslo en 1993. Neuf ans plus tard, la Palestine devient Etat observateur à l’ONU. Un pas en avant, mais Leïla Shahid ne se berce pas de mots pour autant. Faisant un point de la situation à l’époque, ne dit-elle pas : « Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990 (…) on a arrêté la lutte armée (…) et Israël nous a donné une claque. Nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux Etats. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué ».  

Au moment où elle décide de prendre sa retraite, Leïla Shahid qui vient d’avoir 65 ans ne peut guère se réjouir davantage. La France certes vient de reconnaître l’Etat de Palestine comme quelque 113 autres pays avant elle, mais cette démarche non contraignante est avant tout symbolique. Cela dit, elle traduit aussi des années d’efforts menés sans faillir par la déléguée générale.

Malgré l’échec des négociations Kerry, le regain de tension dans la région et l’opération Bordure protectrice contre Gaza à l’été 2014, il est encore des voix comme celle de Leïla Shahid pour croire que l’enlisement n’est pas irrémédiable. Le 17 décembre une conférence se tiendra à Genève, à l’initiative de la Suisse, sur le respect du droit international humanitaire dans les Territoires palestiniens occupés. Les Etats-Unis et Israël, qui ne décolère pas, boycottent la rencontre à laquelle devraient assister de nombreux Etats. Pour le président helvétique, Didier Burkhalter, « l’absence de quelques pays ne doit pas empêcher la communauté internationale d’agir ».

 

 

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