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Syrie: les journalistes citoyens de Raqqa face au groupe EI

Militants du groupe Etat islamique dans la région de Raqqa, en Syrie, juin 2014.
Militants du groupe Etat islamique dans la région de Raqqa, en Syrie, juin 2014. REUTERS/Stringer
Texte par : RFI Suivre
3 min

Ils sont une poignée à avoir bravé le régime de peur imposé sur la ville de Raqqa, en Syrie, par l'organisation État islamique. Un collectif clandestin, formé dans les mois qui ont suivi la prise de la ville par les jihadistes, en janvier 2014, et qui tente de témoigner par le biais d'Internet sur les exactions perpétrées par le groupe. Pour RFI, Matthieu de Raymond-Cahuzac a pu joindre l'un de ces blogueurs de Raqqa.

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RFI : Quand a commencé votre campagne ?

Abo Ward Alraqqawi : Nous avons commencé cette campagne le 16 avril 2014 pour informer sur les crimes de l’organisation Daesh, sur ce qui se passait dans la ville de Raqqa, sur les violations des droits de l’homme. Après deux semaines, Daesh a émis un communiqué dans les mosquées nous condamnant à mort. Avant la fin du mois d’avril, l’organisation Daesh a mis la main sur l’un des membres de la campagne « Raqqa est égorgée en silence » et l’a exécuté sur l’une des places publiques. Et cette exécution de notre ami nous a persuadé que nous devions continuer et informer le public sur les crimes commis par Daesh.

Quels sont les risques et les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

Bien sûr le fait d’être condamné à mort en cas d’arrestation. La pression psychologique qui en découle est énorme pour le jeune ou le civil qui prend sur lui de documenter ce qui se passe dans la ville. Ajoutons aussi la pression de l’organisation sur l’utilisation d’internet, qui a effectué plusieurs descentes dans des cafés internet, tout en fouillant les appareils utilisés par les clients. Il y a aussi de longues coupures d’électricité, ce qui ne rend pas l’utilisation d’internet chose aisée.

Quels moyens utilisez-vous pour faire circuler l'information?

Pour ce qui est de collecter des informations, l’équipe qui se situe sur le terrain s’occupe d’envoyer les vidéos et les infos grâce à des systèmes de messagerie comme WhatsApp, ou d’autres plus sécurisés comme Telegramme Messenger, ou autres... Puis nous avons une équipe en Turquie qui s’occupe de la mise en forme et de la publication sur nos pages dans les réseaux sociaux et sur notre site officiel. Il y a aussi une équipe de traducteurs qui s’occupe de la publication en anglais. Voici pour notre mode opératoire, auquel on peut ajouter un certain nombre de mesures de sécurité comme l’utilisation de proxy pour éviter que les membres de notre campagne présents sur le terrain ne soient repérés.

Car nous avons été plusieurs fois la cible de hackers. La dernière fois, par exemple, cela a été fait par un lien qu’on nous a envoyé. Après avoir analysé ce lien en l'ayant envoyé dans plusieurs centres spécialisés, il s'est avéré que ce lien avait été envoyé depuis l'université de Toronto au Canada ! Nous subissons plusieurs attaques par jour, mais toutes ont échoué jusqu’à présent. Il est donc très dur de travailler en tant que journaliste, sans compter que l’organisation a mis des caméras de surveillance dans les rues de Raqqa pour nous retrouver.

Vous avez donc un centre en Turquie, mais il y a toujours des gens dans la ville de Raqqa même et qui continuent d’y travailler ?

Nous avons entre 12 et 14 membres à Raqqa et 4 en Turquie. Ceux qui sont sur le terrain sont répartis entre la ville et ses environs. Ils s’occupent d’envoyer les informations à ceux qui sont en Turquie, qui se chargent, eux, de l’édition et de la publication sur internet.

Quelle est votre position par rapport à d’autres groupes de l’opposition, qu’ils soient laïques ou islamistes, comme le Front al-Nosra ou d’autres ?

Notre position n'a pas évolué en général. La plupart de ceux qui font partie de la campagne « Raqqa est égorgée en silence » participaient à la révolution syrienne avant que n’apparaisse l’organisation Daesh. Notre premier adversaire a été le régime syrien, celui de Bashar el-Assad, avant que Daesh ne le devienne. Maintenant, ceux qui commettent des crimes à Raqqa sont aussi bien l’organisation de Daesh que le régime d’Assad.

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