Yémen

Le Yémen, un pays stratégique pour l’Arabie saoudite

Les partisans des rebelles chiites houthis lors d'une manifestation à Sanaa contre l'opération militaire conduite par l'Arabie Saoudite au Yémen, le 26 mars 2015.
Les partisans des rebelles chiites houthis lors d'une manifestation à Sanaa contre l'opération militaire conduite par l'Arabie Saoudite au Yémen, le 26 mars 2015. REUTERS/Khaled Abdullah

L'Arabie saoudite et une dizaine de pays ont lancé une intervention militaire au Yémen pour défendre le chef de l'Etat, Abd Rabbo Mansour Hadi, menacé par la rébellion chiite houthie, soutenue par l'Iran. Une ligne rouge, intolérable pour Riyad, a été franchie dans ce pays que le royaume saoudien « contrôle » depuis plusieurs décennies.

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Depuis plusieurs jours, des diplomates avaient averti qu'il existait une ligne rouge : la chute d'Aden aux mains des Houthis. Car en fait, qui contrôle Aden contrôle le détroit de Bab el-Mandeb, par où transite l'essentiel de l'approvisionnement du pétrole pour l'Occident. L'opération, baptisée « Tempête de fermeté », a été déclenchée dans la nuit du 25 au 26 mars par des frappes saoudiennes sur différentes positions des Houthis, qui ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes, dont la capitale Sanaa, au cours des derniers mois. Ils avaient investi Aden quelques heures mercredi 25.

L'Arabie saoudite a donc mobilisé 150 000 militaires et 100 avions de combat, les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun et le Qatar, dix. En plus de ces pays du Golfe, voisins du Yémen, l'opération mobilise d'autres pays alliés de l'Arabie saoudite comme l'Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc, selon Riyad. Quatre navires de guerre égyptiens sont d'ailleurs entrés dans le canal de Suez afin de sécuriser le golfe d'Aden, au large du Yémen.

Une ligne rouge fixée

Une ligne rouge a été fixée il y a quelque jours, surtout parce que les Houthis, pour l'essentiel, viennent du nord du Yémen et qu'ils sont chiites. Avant qu'ils ne menacent Aden, tout le monde s'en accommodait en partie bien sûr parce qu'en même temps ce sont les seuls à faire le coup de feu contre les partisans de Ben Laden (originaire de la région yéménite de Shibam) aujourd'hui dénommé al-Qaïda dans la péninsule arabique. Les Etats-Unis surtout s'en accommodaient, dans la mesure où « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ». Mais contrôler Sanna la capitale et Aden la capitale du sud du Yémen c'est trop, surtout pour le voisin saoudien.

A ce propos, l'Arabie saoudite a toujours été sourcilleuse sur tout ce qui se passe au Yémen. Il faut se souvenir, sans remonter très loin dans l'histoire, qu'il y avait deux Yémen : un Yémen du Nord et un Yémen du Sud. L’actuel Yémen est né en 1990 de la réunion de la République démocratique et populaire du Yémen (au Sud) et de la République arabe du Yémen (au Nord). Le Yémen du Nord était un imamat, ou une royauté ; le Sud, lui, était communiste. En juillet 1994, le Yémen du Sud a vainement tenté de faire sécession sous le nom de République démocratique du Yémen, avant de retomber sous le contrôle du gouvernement de Sanaa. Mais une fois réunis en un seul pays, que faire? Impossible de s'entendre sur une monarchie ou un parti unique. Le Yémen deviendra une république - aujourd'hui encore il ya une vingtaine de partis politiques avec un vrai Parlement et une vrai pluralité de la presse. Autrement dit, il s'agit de la seule république, voisine de l'Arabie, et entourée de monarchies pétrolières.

Un Yémen de tout temps surveillée de très près

Riyad a donc toujours surveillé de très près les évènements au Yémen de peur que la république ne devienne « contagieuse » et ne devienne un exemple à suivre dans la région. En outre, lorsque ce sont des chiites qui tiennent le pavé comme aujourd'hui, plus aucun dirigeant du Golfe en fait ne dort tranquille. D'autant que ces monarchies pétrolières ont toutes sur leur territoire des minorités chiites privées de droits politiques.

C'est ce qui explique que d'autres pays ont rejoint l'Arabie saoudite pour intervenir militairement. C'est le cas des cinq monarchies pétrolières du Golfe, du Pakistan également. En revanche, il y a d'autres motifs pour la Jordanie ou encore le Maroc. Pour l'Egypte qui a mobilisé quatre navires dans la région, il faut rappeler que dans les années 1960, Le Caire a mené une guerre au Yémen (l'Egypte, avec la Syrie, voulait créer à l'époque une union arabe qu'elle voulait diriger). La guerre a duré entre 1963 et 1970. Finalement, l'armée égyptienne avait été battue avec retentissement. On parlait à l'époque d'un Vietnam égyptien. Mais surtout, l’Arabie saoudite a accordé des milliards de dollars, y compris pour que l'Egypte puisse acheter des rafales à la France tout dernièrement.

La rivalité hégémonique entre l'Arabie et l'Iran

L’Iran n'a jamais nié qu'il soutient les Houthis, chiites comme l'immense majorité des Iraniens. On accuse même Téhéran de fournir de l'armement lourd aux Houthis. En tout cas les deux pays sont des ennemis irréductibles. Ils s'affrontent par groupes ou combattants interposés dans la crise syrienne. Téhéran, par l'entremise également du Hezbollah libanais, soutient le régime de Bachar el-Assad, alors que l'Arabie saoudite prête main forte aux islamistes en guerre contre l'armée syrienne. Même chose en Irak, là ou l'Arabise saoudite soutient la communauté sunnite, les Iraniens soutiennent, et même participent, aux combats que mènent les autorités irakiennes contre l'Etat islamique.

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