Yémen

Yémen: Sanaa sous les bombardements, une habitante témoigne

Une famille yéménite prépare ses affaires pour quitter Sanaa, le 29 mars 2015.
Une famille yéménite prépare ses affaires pour quitter Sanaa, le 29 mars 2015. AFP PHOTO / MOHAMMED HUWAIS

Le Yémen s'enfonce dans la guerre. De violents combats ont opposé les forces du président Hadi aux milices houthis dans le grand port d'Aden, au sud. Des affrontements entre combattants de tribus sunnites et rebelles houthis ont fait une quarantaine de morts. La coalition de dix pays arabes menée par l'Arabie Saoudite a poursuivi ses bombardements aériens cette nuit. Les habitants de Sanaa ou d'autres grandes villes touchées par les frappes, vivent désormais dans un pays en guerre.

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Les affrontements continuent au Yémen. Près d'une zone pétrolière dans le sud du pays, des combats ont opposé ce dimanche 29 mars, des membres de tribus sunnites aux rebelles houthis et leurs alliés, faisant une quarantaine de mort, selon des informations d'agence. De son côté, la coalition menée par l'Arabie saoudite a poursuivi ses frappes aériennes dans la nuit. Les avions ont notamment bombardé la piste de l'aéroport de Sanaa.

Au troisième jour des raids aériens, les habitants commencent à fuir la capitale, alors qu'hier des centaines d'employés de l'ONU, d'ambassades et de sociétés étrangères ont été évacués et que la marine saoudienne a pris en charge des dizaines de diplomates à Aden, dans le Sud.

Emtinan Almedhwahi, militante de l'organisation Sisters' Arab Forum, habite Sanaa. Sa soeur travaille pour l'ONU et a pu la prévenir des frappes dans son quartier, ce qui n'est pas le cas pour l'immense majorité de la population. Elle témoigne.

«  Hier nous avons dû quitter notre maison et nous rendre dans le quartier Al Dahiri, car de ce côté il n’y a pas d’installation militaire qui pourrait être attaquée. Nous avions reçu des messages selon lesquels notre quartier serait bombardé. C’est très tendu », confie-t-elle, avant de raconter l'horreur des derniers jours. 

« La première nuit ça a touché l’aéroport, beaucoup de maisons ont été touchées. Les deuxième et troisième nuits, les bombardements étaient plus sur les montagnes. On voyait les lumières des explosions et la fumée. Ce n’est pas uniquement à Sanaa, les bombardements touchent d’autres gouvernorats. Cela touche l’infrastructure du pays. »

Son quotidien, comme celui de beaucoup de yéménites, est complètement bouleversé par la situation. « On travaille depuis chez nous. Personne ne sort travailler. Les enfants ne vont pas à l’école. On a encore accès à la nourriture, à des magasins, mais personne ne sort de chez soi, si on sort c’est au maximum jusqu’à 18h, et on rentre. »

Elle songe, comme beaucoup d'autres, à quitter la ville : « ce soir on fera le point, avec les informations qui circulent, on ira peut-être chez mon oncle qui a une cave dans sa maison. Hier, l’aéroport a encore été attaqué. Mais aussi l'aéroport d’Aden, celui de Hadaida, à Saada et à Taëz. Maintenant les gens fuient Sanaa et retournent dans leurs villages, parce qu’ils pensent que les grandes villes sont les principales cibles. Si ça empire, moi aussi je devrais fuir. C’est la guerre. »

Emtinan Almedhwahi explique qu'il est également difficile pour les habitants de Sanaa de s'organiser car ils n'ont accès à aucune source d'information fiable.

Nous n’avons pas accès à l’information. Les médias ne sont pas neutres, que ce soient les médias internationaux ou locaux.

Emtinan Almedhwahi, militante de l'organisation Sisters' Arab Forum


■ Des problèmes d'approvisionnement dans les hôpitaux

Valérie Pierre, coordinatrice de projet pour Médecins sans frontières à Aden, raconte le quotidien et les règles de sécurité au sein de l'hôpital géré par l'organisation : « Notre hôpital est une enceinte fermée et sécurisée. Depuis le temps qu’on est à Aden, depuis 2011, les gens nous respectent et respectent nos principes : on n’autorise pas d’armes dans l’hôpital, quelque soit le groupe armé qui viendrait se faire soigner, les hommes déposent leurs armes à l’entrée. »

Si la sécurité dans l’hôpital est assurée, l’approvisionnement pour récupérer des médicaments est l’essentiel du problème : « On ne peut rien faire venir de Sanaa, il n’y a plus d’avions et on ne peut pas circuler en voiture parce que c’est sacrément risqué ». Et si à l'hôpital ils ne connaissent pas le nombre de morts « parce qu'il n'y a pas de recueil d'information », Valérie Pierre déplore : « On peut imaginer, avec ce qu’on entend comme explosions au loin, qu’il y a beaucoup de blessés et de morts. »

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