Yémen

Yémen: l'Arabie saoudite première bénéficiaire de l'embargo de l'ONU

Des militaires saoudiens sur un blindé à la frontière entre le Yémen et l'Arabie Saoudite, à Jizan, le 13 avril 2015.
Des militaires saoudiens sur un blindé à la frontière entre le Yémen et l'Arabie Saoudite, à Jizan, le 13 avril 2015. RFI / Clarence Rodriguez

Alors que la crise humanitaire et politique au Yémen se prolonge, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté mardi 14 avril une résolution qui prévoit un embargo sur les armes contre les Houthis accusés de déstabiliser le pays. Le chef des rebelles et le fils de l'ex-président Saleh, proche de la milice chiite, sont aussi visés par un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager. Une résolution dont l'efficacité sur le terrain reste encore à démontrer et qui sert plutôt les intérêts saoudiens.

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Avec notre correspondante à New York, Marie Bourreau

Après une semaine d'intenses tractations diplomatiques, c'est finalement la Jordanie qui a présenté cette résolution qui de l'aveu même d'un diplomate aura un impact très limité sur le terrain. Que dire en effet d'un embargo sur les armes dans un pays qui en compte déjà près de 40 millions en circulation selon un expert onusien ? Et que penser de cet appel à cesser les hostilités et à se retirer des territoires conquis alors que les rebelles contrôlent maintenant une large portion du territoire yéménite ?

Ce sont finalement les Saoudiens qui sont les plus satisfaits de cette résolution qu'ils interprètent comme un soutien sans équivoque aux raids aériens qu'ils mènent depuis le 26 mars au Yémen, et cela sans l'aval du Conseil de sécurité.

La Russie, proche des Iraniens, eux-mêmes alliés aux rebelles houthistes et qui conteste la légalité de l'opération militaire, s'est abstenue de voter. L'incapacité de l'ONU et de son envoyé spécial Jamal Benomar à assoir toutes les parties à la table des négociations aura finalement fait le jeu de l'Iran.Téhéran a en effet annoncé vouloir présenter rapidement à l'ONU un plan en quatre points pour relancer les bases d'un dialogue politique.

C’est une réaffirmation de la légitimité de Hadi, c’est aussi une condamnation de l’expansion militaire des houtistes, de leur allier l’ex-président Saleh et c’est aussi d’une certaine façon un blanc-saint donné à la coalition pour qu’elle continue ses bombardements puisqu’il n’y a rien dans la résolution qui concerne ces bombardements. Donc cela signifie qu’aucun cessez-le-feu n’a été finalement demandé de la part de cette résolution. Ce qui signifie aussi que les bombardements vont continuer jusqu’à ce qu’une porte de sortie puisse s’ouvrir avec une éventuelle conférence réunissant l’ensemble des parties. Alors pour l’instant c’est Riyad qui est choisie on verra si ensuite, l’Arabie saoudite ne fera pas aussi un compromis pour éventuellement choisir un autre lieu pour la tenue de cette conférence. Mais il faut rappeler que le président Hadi habite la capitale saoudienne depuis plusieurs semaines, depuis que les forces houties avec l’ex-président Saleh ont attaqué sa capitale temporaire, provisoire qu’est Aden.

Frank Mermier, spécialiste du Yémen et Directeur de recherches au CNRS

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