Yémen / Arabie saoudite

Le Yémen vers une fragile trêve humanitaire

Un enfant est secouru par la Croix-Rouge après des bombardements à Sanaa, le 2 mai 2015.
Un enfant est secouru par la Croix-Rouge après des bombardements à Sanaa, le 2 mai 2015. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

Au Yémen, les miliciens chiites houthis et leurs alliés au sein de l’armée ont fini par accepter le principe d’un cessez-le-feu, une trêve humanitaire proposée par les Saoudiens sous pression internationale. Cette trêve d’une durée de cinq jours devrait débuter mardi. Mais selon le porte-parole des Houthis, interrogé par RFI, cet arrêt des combats sera de toute manière bien précaire.

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Le Yémen se rapproche d’une trêve humanitaire qui doit prendre corps, sur le terrain, ce mardi 12 mai. Les Houthis et leurs alliés au sein de l’armée semblent enclins à accepter l’offre de l’Arabie saoudite de stopper les frappes pour plusieurs jours.

Les Houthis se disent ainsi prêts « à réagir positivement à tout effort, appel ou mesure qui aiderait à mettre fin aux souffrances ». Leurs partenaires au sein des forces armées, toujours fidèles à l’ancien président Saleh, sont eux moins ambigus. « Nous annonçons que nous acceptons la trêve humanitaire », a déclaré le colonel Sharaf Luqman, porte-parole des militaires déserteurs qui ont aidé les rebelles à s'emparer d'une bonne partie du pays, et notamment de la capitale Sanaa en janvier, poussant à l'exil le président Abd Rabbo Mansour Hadi, deux mois plus tard.

Cette trêve permettrait aux Nations unies et aux agences humanitaires d'organiser la distribution de l'aide aux civils. Mais selon Ali Al Bakhiti, le porte-parole d’Ansarullah, les miliciens Houthis, interrogé par RFI, il est difficile, voire impossible, de respecter un cessez-le-feu total au Yémen, à cause des différents groupes armés présents dans ce pays. « Les Houthis d'Ansarullah se sont toujours dits favorables à une trêve, explique-t-il. Il faut aussi que les aides humanitaires puissent arriver aux populations. Mais il y a un gros problème auquel nous sommes confrontés, les Saoudiens le savent. L’Arabie saoudite est pour le cessez-le-feu mais elle affirme que les Houthis doivent cesser également les combats. Sauf que les Houthis sont engagés dans différentes batailles, sur différents fronts et contre plusieurs ennemis au Yémen comme al-Qaïda et Ansar al-Charia. Tous ces groupes ne se sont pas engagés à stopper les combats et vont continuer la guerre. »

Trêve précaire

C’est donc un fragile cessez-le-feu qui se profile mardi 12 mai et il suffira d’une étincelle pour relancer la machine de guerre. D'ailleurs, Riyad prévient : les avions de combat saoudiens et ceux des pays arabes alliés regagneront l’espace aérien yéménite pour frapper au sol les positions des miliciens. Les rebelles chiites profèrent quant à eux le même genre de menaces. Eux aussi répondront à la moindre violation du cessez-le-feu.

Cette trêve humanitaire est pourtant censée soulager les populations, leur offrir un court répit durant lequel les Nations unies et les organisations humanitaires pourront si tout se passe bien leur apporter des aides, principalement de la nourriture, des médicaments et du carburant.

Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la planète, importe plus de 90 % de ses besoins alimentaires. Le problème, c'est qu'en plus de leur opération militaire, les Saoudiens soumettent le Yémen à un blocus. Toutes les voies, terrestres, aériennes et maritimes sont coupées et rien ne garantit qu’elles soient rouvertes le temps d’une trêve.

Situation alarmante

Le porte-parole des Houthis prédit déjà que Riyad va tirer parti de la situation : « L’Arabie saoudite va profiter de cette situation et jeter sur nous toute la responsabilité d’une violation du cessez-le-feu. Les Saoudiens devraient plutôt avoir comme priorité la levée du blocus. Ils devraient laisser passer les aides alimentaires, laisser les navires accoster dans les ports yéménites. Il y a de nombreux ports et de nombreuses régions où il n’y a pas d’affrontements. Leur blocus n’a aucun sens. »

Les combats, ainsi que le blocus aérien et maritime de la coalition, ont rendu la situation humanitaire alarmante au Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la planète et qui importe plus de 90% de ses besoins alimentaires. Les frappes de la coalition emmenées par Riyad se sont multipliées ces derniers jours, notamment à Saada (nord) considérée désormais comme une cible militaire. Et ce dimanche matin, un raid de la coalition arabe a frappé la résidence de l'ex-président Ali Abdallah Saleh.

Par ailleurs, un navire chargé de 300 000 litres de carburant et d'équipements a pu accoster, samedi 9 mai, dans le port de Hodeida, dans l'ouest du Yémen. Il devrait être suivi d'un deuxième dont l'arrivée est prévue ce dimanche en fin de journée, a précisé le PAM dans un communiqué.

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