Gaza / Journée mondiale de l'environnement

L'idée d'un jeune ingénieur au secours de Gaza à sec

Des Palestiniens remplissent des bidons à une fontaine publique, le samedi 19 juillet 2014. La grande majorité de la population est privée d'un accès suffisant à l'eau dans la bande de Gaza.
Des Palestiniens remplissent des bidons à une fontaine publique, le samedi 19 juillet 2014. La grande majorité de la population est privée d'un accès suffisant à l'eau dans la bande de Gaza. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Cent pays dans le monde célèbrent le 5 juin la Journée mondiale de l’environnement. A Gaza, ce jour a un goût un peu amer. Celui de l’eau polluée de l’unique source qui alimente les 1,8 million de Gazaouis. Les habitants de Gaza voient ainsi leur santé menacée. Une solution existe pourtant qui vient d’être mise au point par un ingénieur palestinien.

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Un jeune ingénieur palestinien a peut-être trouvé la solution pour sauver les Gazaouis de la pénurie d’eau. Une menace qui n’a rien d’illusoire puisque selon l’ONU, « dans cinq ans, il n’y aura plus d’eau potable à Gaza ». Devant cette question aussi vitale qu’urgente, Dia Abou Aassi a mis au point une machine à filtrer l’eau de mer qui, il l’espère, pourra sauver l’enclave palestinienne d’un désastre certain.   

Les 1,8 million d’habitats de Gaza consomment bon an mal an, 180 millions de mètres cubes d’eau, la moitié pour l’agriculture et l’industrie. Mais l’unique source du précieux liquide provient d’une nappe phréatique du territoire qui est aujourd’hui polluée et surexploitée. Bactéries d’origine fécale, produits chimiques divers et variés en rendent la consommation impropre. De plus, cette eau est tellement salée qu’elle ne permet même pas de prendre une douche.

De l’eau dangereuse à la consommation

Loin de se stabiliser, la situation ne fait qu’empirer et la guerre opposant Gaza à Israël durant l’été 2014 n’a fait qu’aggraver les choses. D'autant plus qu'Israël n'est pas près d'infléchir sa gestion inéquitable du partage des eaux de la région. D’ici un an, estime l’Autorité de l’eau, la nappe phréatique sera « à 97 % polluée et dangereuse à la consommation ». La tension est déjà énorme pour les 1,8 million de Gazouis, mais avec 500 000 habitants de plus prévus d’ici cinq ans, l’enclave « ne sera plus vivable » affirme Robert Turner, directeur du programme onusien à Gaza.

L’invention de Dia Abou Aassi a donc tout d’une dernière chance pour empêcher Gaza de mourir de soif. Financé par l’Université islamique proche du Hamas au pouvoir et avec la participation d’un centre de recherches d’Oman, l’ingénieur palestinien utilise les nanotechnologies pour son projet. Mais rien n’est simple quand on est un citoyen gazaoui même si on très novateur. Ainsi, quand le jeune ingénieur a voulu présenter son invention à Ramallah lors d’un forum international, il n’a pas pu obtenir de permis de sortie, Gaza étant sous blocus depuis neuf ans.

Son objectif : « Sauver Gaza du désastre annoncé pour 2020 ». Pour tenter d’y parvenir, Dia Abou Aassi s’est acharné durant un peu plus d’un an en menant 174 expériences avant d’obtenir un taux de salinité de l’eau de mer assez bas pour pouvoir la boire. Grâce aux nanotechnologies et à l’ultrafiltration qu’elles permettent, l’eau est débarrassée des bactéries et du sel. Au bout du compte, il parvient actuellement à traiter 1 000 litres par jour. Un résultat bien modeste en regard des besoins de la population, mais qui ne demande qu’à être amplifié.

Le risque d’être bombardé

Selon la petite équipe qui œuvre autour de ce projet, un investissement de 300 millions de dollars est nécessaire pour construire une usine digne de ce nom où plusieurs installations traiteraient l’eau à grande échelle. C’est le prix à payer pour transformer l’eau de la Méditerranée en eau potable de façon à assurer le besoin en eau douce de la population. Mais pour le moment, la demande adressée au gouvernement d’union palestinien pour financer la construction d’une usine de désalinisation, est restée sans réponse.

Et puis, le risque de voir leur précieuse usine bombardée par Israël, un jour ou l’autre, est bien réel. Un facteur qui entrave un peu plus un hypothétique élan en faveur d’un investissement de cette ampleur. Il n’est qu’à se rappeler ce qu’il est advenu de l’unique centrale électrique de Gaza frappée par un obus de char israélien lors de la dernière guerre…

Mais Dia Abou Aassi s’est promis, malgré tous les obstacles, de réussir à réaliser son projet. Les problèmes de santé dus à la mauvaise qualité de l’eau ne cessent de se multiplier comme le constate l’OMS. « Les diarrhées causées par de l’eau impropre à la consommation sont en hausse, particulièrement chez les enfants », alerte le représentant de l’organisation à Gaza.

Il existe quelques petites unités de dessalement des eaux saumâtres à Gaza, mais elles desservent à peine 150 000 personnes. Les autres n’ont souvent d’autre choix que d’acheter de l’eau en bouteille à des fournisseurs privés, une charge qui peut absorber le tiers du budget des familles les plus démunies.  

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