Iran

Nucléaire iranien: à Vienne, l'ultime phase des négociations

Les délégations iranienne et américaine lors de leur rencontre viennoise du 27 juin 2015.
Les délégations iranienne et américaine lors de leur rencontre viennoise du 27 juin 2015. REUTERS/Carlos Barria
Texte par : RFI Suivre
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Cette fois, c'est la dernière ligne droite. Les représentants de Téhéran et des six puissances qui négocient avec l'Iran pour tenter de résoudre la crise du nucléaire de ce pays sont à Vienne, en Autriche. L'objectif affiché de parvenir à un accord avant la date-butoir du 30 juin pourrait être repoussé, selon un diplomate américain. Après leur entente de principe conclue à Genève en avril dernier, il s'agit cette fois de garantir le caractère civil du programme nucléaire de l'Iran et d'ouvrir la voie à la levée des sanctions qui pèsent sur ce pays.

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Article réactualisé à 13h25 ce dimanche 28 juin avec le report probable de la date-butoir du 30 juin.

En avril dernier à Genève, l'Iran et ses interlocuteurs (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont tracé les contours d'un accord sur le dossier du nucléaire iranien. L'idée étant de limiter le programme nucléaire de ce pays et de s'assurer de son contrôle par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). En contrepartie, la République islamique serait débarrassée des sanctions qui pèsent lourdement sur son économie.

Il s'agit de poser ces principes dans le marbre et de s'entendre sur le détail avant la date butoir du mardi 30 juin. Un date qui pourrait cependant être repoussée de quelques jours, selon un diplomate américain cité par l'agence Reuters ce dimanche à la mi-journée, affirmant que les négociateurs se préparaient à continuer les discussions après le 30 juin. Premiers arrivés dans la capitale autrichienne, où les experts négocient depuis déjà plusieurs semaines, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue iranien, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, se sont retrouvés ce samedi 27 juin pour plusieurs heures de discussions.

La France sur une ligne intransigeante

Les deux responsables ont concédé que « beaucoup de travail restait à faire ». « Je pense que tout le monde voudrait voir un accord, mais nous devons résoudre des questions difficiles », a déclaré John Kerry. « Nous devons travailler très dur pour faire des progrès », a renchéri Javad Zarif, ajoutant que les négociateurs étaient « déterminés » à faire « tous les efforts possibles ».

A son arrivée devant le palais viennois, sur la place Theodor Herzl, leur homologue français Laurent Fabius a néanmoins tout de suite rappelé samedi après-midi que la France était une puissance indépendante, relate notre correspondant à Vienne Blaise Gauquelin. Une manière de dire que Paris assumait sa ligne absolument intransigeante vis-à-vis du régime iranien, et n’avait pas peur de porter la responsabilité d’un échec si ses exigences n’étaient pas satisfaites.

Une question de volonté politique

Pour avoir la garantie que l’Iran renonce à l’arme nucléaire, il faut trois choses, selon Laurent Fabius. Il faut une limitation durable des capacités iraniennes de recherche et de production d’abord. Il faut une vérification des sites militaires ensuite. Et enfin, il faut un retour automatique des sanctions en cas de violation des engagements de la République islamique. Or, pour l’instant, Téhéran ne veut pas céder sur ces trois conditions.

La question du calendrier risque notamment de remplir les nuits blanches des négociateurs. Téhéran répète que les sanctions doivent être levées dès la conclusion de l'accord. En face, le groupe des six puissances - surtout les Occidentaux - exige des mesures de vérification pour une fin progressive des sanctions. Tout est à présent question de volonté politique.

La double ambition des discussions

La sérénité de Laurent Fabius, tout sourire, tranchait avec la mine grave de John Kerry, qui se déplace toujours avec des béquilles suite à sa chute en vélo dans les Alpes françaises en marge d'une précédente rencontre avec M. Zarif. Quant à ce dernier, il semble lui aussi éprouvé physiquement par ce marathon diplomatique harassant et tendu, qui se déroule jour et nuit depuis plus de vingt mois. Son dos le fait maintenant tellement souffrir qu’il se déplace parfois en fauteuil roulant.

Mais le jeu en vaut probablement la chandelle. Endiguer la crise de prolifération nucléaire, tout en permettant à l'Iran de sortir de son isolement politique et économique, tel est en effet la double ambition de ces négociations, qui seront peut-être les dernières. Si un accord est trouvé, il permettrait de mettre fin à un bras de fer qui dure depuis plus de dix ans. Avec, à l'horizon, un possible bouleversement du paysage politique du Moyen-Orient.

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