Liban

Sunnites et chiites, l'exception libanaise

Un musulman chiite passe devant l'ambassade d'Iran à Beyrouth, le 20 novembre 2013, où un double attentat suicide a eu lieu la veille.
Un musulman chiite passe devant l'ambassade d'Iran à Beyrouth, le 20 novembre 2013, où un double attentat suicide a eu lieu la veille. REUTERS/Sharif Karim
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Au Liban, l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite possèdent une grande influence auprès des deux communautés qui représentent chacune le tiers des quatre millions et demi de Libanais. Les crises qui secouent l'Irak, le Yémen, Bahreïn et bien entendu la Syrie provoquent des ondes de choc au Liban.

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De notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

Au Liban, les sunnites, dont le principal parti est le Courant du futur, sont des alliés historiques de l'Arabie saoudite. Et les chiites, conduits par le Hezbollah, sont alignés sur l'Iran. Le fait que ces deux puissances régionales se livrent aujourd'hui une guerre par procuration n'arrange pas les choses au Liban. La tension est permanente, elle passe par des hauts et des bas. Le Liban est plongé dans une crise institutionnelle, caractérisée par la vacance à la présidence de la République depuis mai 2014, la paralysie du Parlement, dont le mandat a été prorogé, et plus récemment une crise gouvernementale. Et la participation du Hezbollah à la guerre en Syrie aux côtés du régime syrien a accentué les divisions au Liban. Mais malgré cela, la situation reste sous contrôle.

Les mots « sunnite » et « chiite » bannis du discours politique

En effet, en dépit de l'importance des enjeux et de l'intensité des tensions, il semble que la crise libanaise évolue sous un plafond convenu par les protagonistes, celui de la stabilité du pays. Certes, chiites et sunnites appartiennent à deux camps régionaux opposés, impliqués dans une rude confrontation. Mais tous sont soucieux d'empêcher que le débat politique ne sombre dans la dimension sectaire et confessionnelle. Les termes « sunnite »et « chiite » sont bannis du discours des principaux partis. Ainsi, le Courant du futur ne dira jamais « l'Iran chiite », mais dénoncera « l'impérialisme perse » de la République islamique. De même, le Hezbollah se déchaîne contre l'Arabie saoudite non pas en tant que pays sunnite, mais en tant qu'ami des Etats-Unis et qu'allié objectif d'Israël.

D'ailleurs, le leader du Courant du futur, Saad Hariri, a exclu de son bloc parlementaire un député sunnite, Khaled Daher, qui ne se confinait pas à ces garde-fous. Cette désescalade verbale est importante, pour empêcher que le pays atteigne le point de non-retour, mais insuffisante. Les sunnites et les chiites en sont conscients et c'est pour cela qu'ils maintiennent un contact permanent. Des représentants des deux parties se rencontrent régulièrement dans le cadre d'un « dialogue politique » et ils siègent au sein d'un même gouvernement d'union nationale.

L'exception libanaise

Alors pourquoi cette exception libanaise alors que partout ailleurs, les chiites et les sunnites sont en confrontation directe. Il y a premièrement la volonté de la communauté internationale de préserver la stabilité du Liban, en apportant notamment un soutien marqué à l'armée libanaise. Deuxièmement, l'expérience des Libanais, qui ont vécu une guerre civile de 15 ans, entre 1975 et 1990. Une guerre faite par ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir et qui ne sont pas prêts à recommencer. Troisièmement, les sunnites et les chiites entretiennent, malgré tout, de fortes relations. Nabih Berry, le président du Parlement, la plus haute fonction occupée par un chiite, a souligné l'existence de 300 000 mariages mixtes. De plus, les deux communautés partagent de nombreux quartiers, villages ou régions mixtes. Ces facteurs démographiques et sociaux sont autant d'arguments qui plaident pour la coexistence pacifique. Mais il faut voir à quel point ils résisteront aux sirènes de la guerre qui chantent dans toute la région.

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