Turquie

Attentat d'Ankara: une absence de revendication qui pose question

Les proches des 97 victimes de l'attentat-suicide du 10 octobre à Ankara, ont commencé à enterrer leurs morts, entre tristesse et colère.
Les proches des 97 victimes de l'attentat-suicide du 10 octobre à Ankara, ont commencé à enterrer leurs morts, entre tristesse et colère. AFP PHOTO / ILYAS AKENGIN

En Turquie, trois jours après le double attentat-suicide qui a fait 97 morts et 500 blessés, il n'y a toujours pas de revendication. Les autorités continuent toutefois de pointer du doigt l'organisation Etat islamique. C'est ce qu'a encore déclaré lundi le Premier ministre, suivi quelques heures plus tard du porte-parole du gouvernement, à l'issue du Conseil des ministres.

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Avec notre correspondant à Istanbul,  Jérôme Bastion

Le porte-parole du gouvernement, Numan Kurtulmus a confirmé la piste de deux kamikazes, transportant chacun cinq kilos de TNT, de fabrication artisanale, et pourvus de billes d’acier. Ce mode opératoire rappelle l’attentat de Suruç en juillet dernier. Le porte-parole évoque également un large réseau ayant préparé l’attaque des deux hommes, avec des ramifications dans plusieurs pays étrangers. Il affirme par ailleurs que la police a procédé à de nombreuses arrestations dans le cadre de l’enquête.

Mais l'hypothèse d'une attaque du groupe EI n'est pas forcément très crédible pour le directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Didier Billion, interrogé par RFI. Ce dernier s'étonne qu'il n'y ait toujours aucune revendication : « Nous savons que [le groupe] Etat islamique revendique toujours les actes barbares qu’il commet parce que c’est pour lui une façon d’assumer, de faire de la propagande et on sait qu’il maîtrise parfaitement les instruments de communication modernes. » Selon l'expert, cette manière de faire ne ressemble pas aux techniques employées par les jihadistes, déjà mis en cause dans l'attentat-suicide de juillet dernier, près de la frontière syrienne, à Suruç : « Il serait quand même étonnant que [le groupe] Etat islamique soit responsable de ces attentats, celui du mois de juillet et celui d’il y a deux jours, car il n’y a aucune revendication à ce stade. »

Demirtas accuse

Le co-président du parti pro-kurde HDP, Selahattin Demirtas, n’est pas absolument opposé à la piste du groupe Etat Islamique, mais il accuse néanmoins le gouvernement de concentrer sa répression sur les Kurdes au lieu de démanteler les réseaux islamistes et jihadistes.

Il a ajouté lors d'une interview télévisée que jamais l’Etat islamique n’aurait pu commettre un tel attentat - au cœur de la capitale, à 2 kilomètres du ministère de l’Intérieur - sans un soutien au sein de l’appareil d’Etat turc, soupçonné de collusion voire de complicité avec les jihadistes. Selahattin Demirtas dit tenir le gouvernement pour responsable, pour ne pas avoir fait le nécessaire contre ces réseaux terroristes.

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