Arabie saoudite

Arabie saoudite: une entreprise ne paie plus ses 56 000 employés

Saudi Oger est dirigé par Saad Hariri, ici à Beyrouth, en février 2015.
Saudi Oger est dirigé par Saad Hariri, ici à Beyrouth, en février 2015. REUTERS/Mohamed Azakir

En Arabie saoudite, la deuxième plus grande entreprise de BTP du royaume, Saudi Oger, ne paie plus ses 56 000 employés depuis cinq mois. Saudi Oger est dirigée par Saad, fils de feu Rafik Hariri, un ancien homme d'affaires et Premier ministre libanais, assassiné le 14 février 2005. Selon des employés du groupe, la mauvaise gestion serait la cause de cette faillite annoncée. Les problèmes ont commencé en 2013. Rafik Hariri, très proche de la famille royale, avait pourtant bâti un empire. Mais ce dernier est prêt à s'écrouler. Des centaines de familles françaises sont en souffrance.

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Avec notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez

Jusqu’à présent personne n’osait parler de l’affaire Saudi Oger. De peur, sans doute, de perdre son emploi ou de se faire expulser.

Valérie est mère de quatre enfants et son mari travaille chez Saudi Oger depuis 12 ans. Elle avoue que leur « carte bancaire a été boquée » et qu’ils ne peuvent plus retirer d’argent. Sans compter qu’ils ne peuvent « plus remplir le frigo. Et les dettes s’accumulent ».

Le 16 février dernier, la direction a envoyé une lettre au personnel pour les remercier de leur « patience ». « Ils se moquent de nous » peste Patrick, un cadre en colère. Ce parisien, père de famille, travaille dans cette entreprise depuis vingt ans. La situation est devenue insupportable. Patrick mais aussi de nombreux Français ont donc décidé de quitter l'Arabie saoudite. La société ne paie plus le logement, les frais de scolarité, ni les billets d'avion pour rentrer en France.

De nombreux salariés ne disposent plus d’ « Iqama », le permis de séjour et de travail. Ils sont actuellement bloqués dans le pays, tout comme leur compte bancaire.

Les frais de scolarité demeurent impayés dans les écoles françaises de Riyad et Jeddah et l’inquiétude règne pour la prochaine rentrée. L’ambassadeur de France, Bertrand Besancenot, a dû intervenir en adressant une lettre à Saad Hariri, président du Conseil d’administration. Deux jours après, le salaire de septembre était régularisé et selon une promesse non écrite, les employés seront payés régulièrement en mars prochain.

Outre les salariés, des entreprises et des sous-traitants français accusent des milliards de Saudi riyals de retard. Jean-Paul est l’un de ces entrepreneurs qui se sentent floués. Il tente vainement de récupérer l’argent des contrats de chantiers livrés depuis trois ans. Il attend, mais sans véritable espoir.

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