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Arabie saoudite / Etats-Unis

Etats-Unis-Arabie saoudite: la fin d’une relation spéciale?

Le président américain Barack Obama à Riyad, en compagnie du roi Salman (à droite au centre) et des autres participants au sommet, jeudi 21 avril 2016.
Le président américain Barack Obama à Riyad, en compagnie du roi Salman (à droite au centre) et des autres participants au sommet, jeudi 21 avril 2016. REUTERS/Kevin Lamarque
Texte par : Toufik Benaichouche
5 mn

Barack Obama est en Arabie saoudite. Le président américain, qui doit quitter la Maison Blanche en janvier 2017, participe ce jeudi 21 avril 2016 au sommet des six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman). Le président américain est venu avec l'intention de rassurer les monarchies sunnites sur le soutien de son pays face à leur rival régional, l'Iran majoritairement chiite. Mais est-ce seulement possible ?

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Depuis 1945 et le pacte conclu entre le président Roosevelt et le roi Ibn Saoud à bord du navire américain USS Quincy, les relations entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite sont quasiment indéfectibles. L'accord en question peut se résumer en une phrase : accès aux ressources pétrolières pour les Américains, assurance d'une sécurité pour le royaume des al-Saoud.

Seulement, Riyad est de plus en plus irrité par les choix de Barack Obama au Proche et au Moyen-Orient. Alors, que peut donc dire le président américain au roi Salman ? Pour le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, auteur notamment de 50 idées reçues sur l'état du monde, paru aux éditions Armand Colin, « Barack Obama tentera de rassurer les dirigeants saoudiens, qui sont inquiets de l’évolution de la politique américaine dans la région ».

« Ils pensent que l’alliance conclue avec les Américains est en train de se dissoudre ou de s’étioler, notamment du fait du rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran après l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu le 14 juillet dernier. Il y a une crainte d’être abandonné au profit des Iraniens, à un moment où les Américains ont moins besoin du pétrole saoudien et où les Saoudiens ont des doutes sur la nature de l’engagement des Américains après, selon eux, le lâchage par les Etats-Unis du président égyptien en 2011 », décrypte Pascal Boniface.

Les Saoudiens ont également des craintes, ajoute le directeur de l'Iris, concernant « la crédibilité des Etats-Unis », après que Barack Obama, sur le dossier syrien, « avait fait de l’utilisation d’armes chimiques une " ligne rouge " à ne pas franchir par le régime de Damas », alors qu'il n'a finalement « pas eu recours à des bombardements contre l’armée syrienne lorsque ce fut le cas ».

Le président américain, un « tigre en papier »

L'arrivée de Barack Obama à Riyad, mercredi 20 janvier, a été des plus glaciales. Il y a des signes qui ne trompent pas : le roi Salman n'était pas présent sur le tarmac de l'aéroport pour l'accueillir, et l'arrivée du président américain n'a pas été retransmise en direct à la télévision nationale, comme c'est pourtant généralement l’usage lors de la visite d'un dirigeant étranger.

Interrogé par nos soins, Jacques-Jocelyn Paul, auteur d'un ouvrage très complet intitulé Arabie saoudite. L'incontournable, paru aux éditions Riveneuve, relève que dans l’entourage du roi, on affuble désormais Barack Obama du sobriquet de « président tigre en papier ». Pourquoi une telle froideur ? Elle tient surtout à des divergences de stratégie.

Pour le président américain, la priorité des priorités doit être la lutte contre les groupes jihadistes et la stabilisation des conflits régionaux, que ce soit en Syrie, en Irak, ou encore au Yémen. Pour le royaume des al-Saoud, au contraire, la priorité des priorités, c'est l'Iran. En mai 2015, en pleine négociation avec Téhéran sur son programme nucléaire, Barack Obama avait réuni les dirigeants du Golfe à Camp David. Mais le roi Salman n'avait pas jugé bon de faire le déplacement.

Le retour de l’Iran, un cauchemar pour les pays du Golfe

En réalité, depuis qu'un accord a été conclu sur le nucléaire iranien, les dirigeants saoudiens ne dorment plus ou presque. Téhéran est devenu à nouveau fréquentable, les sanctions sont levées, et donc, l'Iran bénéficiera à nouveau de ressources financières considérables, qui permettront de renforcer son influence à la fois au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen.

De quoi fâcher encore plus les émirs du Golfe et l'Arabie saoudite, pour qui l'hégémonisme iranien est - de tout temps - le véritable ennemi juré. Dans un article publié mi-mars dans le magazine The Atlantic, M. Obama appelait ses « amis » saoudiens à trouver un moyen de partager leur voisinage avec leurs rivaux de Téhéran. La formule a encore du mal à passer à Riyad.

L'ancien chef du renseignement saoudien, le prince Turki al-Fayçal, aujourd’hui libre de toute fonction officielle et célèbre pour ne pas mâcher ses mots, a déclaré que « les bons vieux jours » de l'alliance historique entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite était terminés, et que la relation bilatérale devrait être « recalibrée ». Et il ajoutait : « Nous ne pouvons pas compter sur un retour aux bons vieux jours d'autrefois. »

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