Syrie

Syrie: tirs rebelles meurtriers sur Alep, un habitant raconte

Une rue d'Alep après des bombardements, le 3 mai 2016.
Une rue d'Alep après des bombardements, le 3 mai 2016. REUTERS/Abdalrhman Ismail
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Alors que la diplomatie s’active pour relancer la cessation des hostilités à Alep, les combats font rage depuis plusieurs jours. Ces dernières heures ce sont les groupes rebelles qui sont passés à l'offensive. La ville a subi des tirs meurtriers. L’hôpital de Dabbit, qui abrite une maternité, a été touché, 17 femmes et enfants y auraient été tués, selon Elisa Kajami, un habitant d'Alep. Témoignage.

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Retranchés dans leur appartement de la partie ouest de la ville, contrôlée par les forces de Bachar el-Assad, Elia Kajamini et sa fille sont terrorisés. Cela fait 12 jours que la ville est le théâtre de combats ininterrompus. Et durant les dernières 24h, les bombardements sont incessants.

« Nous avons des centaines de morts en ce moment à Alep, explique-t-il. Ma fille est à l’université. Les facultés de médecine, de littérature, d’ingénierie ont toutes été bombardées. Des hôpitaux ont été frappés. Alep est sous le feu des terroristes ».

Cette offensive menée par des groupes de l’opposition contre Alep intervient en réponse aux frappes du régime. La semaine dernière l’aviation syrienne a lâché une pluie de bombes sur les positions des rebelles, ces combattants dits « modérés » et soutenus par l’Occident.

Pas de rebelles « modérés »

Mais Elia Kajamini est catégorique : il n’y a aucun rebelle modéré en Syrie. « Ce sont tous des terroristes. Un modéré ne prend pas les armes contre son pays. Lorsqu’en Syrie, on vous entend parler de combattants modérés, cela nous met hors de nous », affirme-t-il.

Autrefois considérée comme la deuxième ville de Syrie, Alep subit à la fois les bombardements et les violentes déflagrations dans son sous-sol. Pour atteindre les lignes ennemies, les rebelles creusent des tunnels sous la ville et y font exploser des tonnes de TNT.

La situation est très mauvaise. Il y a eu une bataille dans la nuit de lundi à mardi et depuis les bombardements sont incessants. Il y a eu un missile qui a touché l’hôpital de Dabbit. Parmi les victimes il y avait un nourrisson né une heure auparavant. Ce mardi, il y a eu cent obus voire davantage qui sont tombés sur Alep. Il y a une centaine de morts dans toute la ville et 700 blessés. Ils ont également placé une charge de 50 tonnes de TNT et l’ont fait exploser dans un tunnel sous les lignes des forces armées syriennes. Trois immeubles se sont effondrés. Ceux qui nous attaquent ce sont les hommes du Front al-Nosra, d’Ahrar al-Cham et de Daesh. Les rebelles que vous qualifiez de modérés en Occident sont tous des terroristes. Dites-leur en France qu’il n’y a pas de forces modérées ou de combattants modérés en Syrie. C’est un grand mensonge. Ce sont des terroristes.

Témoignage d'Elia Kajamini, habitant d'Alep

Le point sur les derniers combats

A Alep, les rebelles ont arrosé les quartiers tenus par les troupes gouvernementales d’une pluie d’obus et de roquettes avant de lancer l’assaut. Des combats féroces ont éclaté à l’ouest de la ville, où quelques dizaines de mètres seulement séparent les belligérants, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a déclaré que les rebelles se sont emparés de plusieurs positions de l’armée syrienne. L’aviation du régime est entrée en action pour pilonner les lignes de ravitaillement des groupes armés. Comme tous les jours depuis maintenant deux semaines, le pilonnage n’a épargné ni hôpitaux ni zones résidentielles. Selon les médias proches du régime, les duels d'artillerie ont fait une quinzaine de morts et une cinquantaine de blessés.

Autour de Damas, la trêve partielle décrétée par les Russes et les Américains tient bon entre le régime et ses ennemis. Mais de violents combats ont éclaté entre les salafistes de Jaych al-Islam, soutenus par l’Arabie saoudite, et une brigade proche du Front al-Nosra, la franchise syrienne d’al-Qaïda. L’Observatoire syrien fait état de dizaines de morts des deux bords, et de 400 miliciens de Jaych al-Islam, capturés par leurs rivaux.

Plus au Nord, Raqqa, la capitale autoproclamée du groupe Etat islamique, a été la cible de 35 raids aériens, après une accalmie de plusieurs semaines. Une vingtaine de civils et une dizaine de jihadistes ont été tués.

Des patients sont évacués d'un hôpital touché par des frappes rebelles à Alep, ce mardi 3 mai 2016.
Des patients sont évacués d'un hôpital touché par des frappes rebelles à Alep, ce mardi 3 mai 2016. AMEER ALHALBI / AFP

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