Syrie / Terrorisme

Syrie: les Etats-Unis combattent-ils aux côtés de combattants kurdes?

Un quartier endommagé dans la zone contrôlée par les rebelles de la ville Maaret al-Numan dans la province d’Idlib, le 23 mai 2016.
Un quartier endommagé dans la zone contrôlée par les rebelles de la ville Maaret al-Numan dans la province d’Idlib, le 23 mai 2016. REUTERS/Khalil Ashawi

En Syrie, des forces américaines seraient déployées sur le front aux côtés des combattants kurdes qui mènent une offensive dans la province de Raqqa contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). L’information a été confirmée par des commandants kurdes et un correspondant de l'AFP tandis que Washington continue à démentir et qu'Ankara se fâche.

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Washington s'en défend : « Aucun de nos hommes ne se bat sur le front syrien. » Au Pentagone, le porte-parole américain Peter Cook a répété que les militaires américains en Syrie avaient une mission de « conseil et d'assistance » auprès des Forces démocratiques de Syrie et non pas « une mission de combat ».

Des combattants kurdes, plusieurs témoins et un photographe de l'AFP ont vu des soldats américains dans le village de Fatsa au nord de Raqqa, la capitale autoproclamée du groupe Etat islamique (EI).

Les militaires américains dans le village de Fatsa ont refusé de parler aux journalistes. Difficile en effet pour Washington de reconnaître la présence de forces combattantes en Syrie. En cause : Barack Obama a été élu sur la promesse de rapatrier tous les soldats américains.

Le ministre turc des Affaires étrangères dénonce « l'hypocrisie » des Américains

Face au démenti de Washington, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a vivement dénoncé vendredi « l'hypocrisie » des Etats-Unis, jugeant « inadmissible » que des membres des forces spéciales américaines, photographiés mercredi par l'AFP, portent l'insigne des Unités de protection du peuple (YPG). Cette milice kurde est en effet considérée comme « terroriste » par Ankara.

Les Etats-Unis ont annoncé il y a quelques semaines le déploiement de quelque 250 militaires américains supplémentaires, mais uniquement pour compléter les rangs des dizaines de membres des forces spéciales déjà déployées dans le nord syrien depuis des mois.


■ Un symbole intolérable pour Ankara

La tension monte entre Washington et Ankara sur ce soutien aux milices kurdes dans le nord de la Syrie. La Turquie a protesté vivement après la diffusion d'images montrant des soldats américains arborant le signe de ces milices, les YPG. Les Etats-Unis conseillent et entraînent ces milices dans leur lutte contre l'organisation Etat islamique, mais pour le pouvoir turc il s'agit d'un groupe terroriste proche du PKK.

Avec notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette

Les autorités turques ont immédiatement protesté auprès du département d'Etat et auprès de l'ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, après la diffusion de photographies montrant deux soldats américains avec l'écusson des YPG. Washington et Ankara ne se sont jamais entendu sur cette question et ce dernier accrochage risque de faire monter la tension entre deux « alliés » qui ne partagent pas la même vision sur la Syrie, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu a d'ailleurs violemment dénoncé ce qu'il estime être un geste inconcevable :

« C'est inadmissible que des militaires des Etats-Unis portent des insignes des YPG, c'est un groupe terroriste ! Dans ce cas, nous leur recommandons lorsqu'ils sont dans d'autres régions syriennes de porter des écussons de Daech, d'Al-Nosra ou d'al-Qaïda, ou de Boko Haram lorsqu'ils sont en Afrique. Je le dis très franchement : s'ils ne font pas la différence entre les YPG et un groupe terroriste, ils pratiquent le double standard et c'est de l'hypocrisie. »

La Turquie ne parvient décidément pas à convaincre ses alliés de la proximité entre le PKK et les milices des YPG, qui ne sont pas considérés comme terroristes par Washington ou par Bruxelles. La branche politique des YPG a d'ailleurs ouvert cette semaine une représentation à Paris, malgré les protestations d'Ankara.

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