Moyen-Orient

Le cimentier français Lafarge a-t-il indirectement financé l'EI en Syrie?

Sur un site français de production de ciment du groupe Lafarge, avril 2014.
Sur un site français de production de ciment du groupe Lafarge, avril 2014. AFP/ FRANCK FIFE

Le cimentier français Lafarge a tenté, en 2013 et 2014, de faire fonctionner « coûte que coûte » son usine en Syrie « au prix d'arrangements troubles et inavouables avec les groupes armés environnants, dont l'organisation Etat islamique », affirme ce mardi le quotidien français Le Monde. En cause: la cimenterie de Jalabiya située à 150 kilomètres au nord-est d'Alep, rachetée par Lafarge en 2007 et mise en route en 2011.

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Les faits se seraient déroulés du printemps 2013 à la fin 2014, date à laquelle l'usine a cessé son activité. A cette époque, l'organisation EI est basée à Raqqa dans le nord de la Syrie. Non loin de là, se trouve la cimenterie de Jalabiya, le fleuron régional de Lafarge. L'installation tourne bon an mal an malgré la guerre civile.

Mais à mesure que le groupe Etat islamique étend son contrôle dans la région, la circulation des véhicules transportant les matériaux et le personnel devient plus périlleuse.

C'est là que des intermédiaires locaux seraient intervenus pour garantir au cimentier de poursuivre son activité.

Laissez-passer marqué du sceau de l'organisation jihadiste

Selon Le Monde, des mails révélés en février dernier par un site internet syrien proche de l'opposition attestent d'échanges entre la direction de Lafarge à Paris et un certain Ahmad Jaloudi.

Sur place, cet homme aurait été chargé d'obtenir les autorisations de l'EI pour laisser passer les employés de Lafarge aux check-points. Un laissez-passer marqué du sceau de l'organisation jihadiste en atteste d'après Le Monde.

D'autres mails semblent indiquer que la fourniture en carburant, vitale au fonctionnement de l'usine, aurait aussi été assurée par des éléments de l'EI.

Lafarge a-t-il alimenté les fonds de l'organisation Etat islamique ? Sollicité, le groupe n'a pour le moment pas réagi à ces accusations.

Quelles réactions ?

Ces révélations choquent en tout cas Pierre Lellouche. Le député Les Républicains réfléchit même à demander la création d'une commission d'enquête parlementaire pour pouvoir auditionner les responsables du groupe français. « Si c’est le cas, les gens qui ont pris ce genre de décision se sont rendus complices d’un proto-Etat, d’une organisation terroriste avec laquelle nous sommes en guerre et qui a fait tuer des Français, et contre laquelle se battent des soldats français, souligne-t-il. Donc je ne doute pas une seule seconde qu’à partir de ces révélations, le parquet antiterroriste soit saisi et probablement engage des poursuites. Pour ma part, je vais voir avec mon groupe s’il n’est pas nécessaire de lancer une commission d’enquête ou une mission d’information. Je pense qu’il n’y a pas place pour la collaboration d’entreprises françaises avec des organisations terroristes qui tuent des Français et avec lesquelles nous sommes en guerre. »

Le député socialiste Patrick Mennucci avait quant à lui été rapporteur l'an passé de la commission d'enquête sur les filières jihadistes. Il n'écarte pas l'idée de demander l'audition à l'Assemblée des dirigeants du groupe Lafarge. « On avait dans la commission évoqué la possibilité de renforcer les contrôles sur les entreprises. On parlait essentiellement de questions pétrolières, mais on voit bien que le ciment c’est la même logique, note-t-il. Si c’est vrai, c’est très inquiétant. (…) Je ne sais pas si on peut faire une commission d’enquête, mais dans la suite de ce qu’on avait fait avec Eric Ciotti, j’ai l’intention de voir si on peut effectivement avoir une audition ou deux [de responsables du groupe Lafarge, ndlr] sur ce sujet. »

À consulter : l'article du Monde

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