Egypte

Trois ans après la chute de Morsi, la dérive autoritaire du président al-Sissi

Abdel Fattah al-Sissi lors de l'inauguration de l'extension du canal de Suez en août 2015, à bord du yacht qui avait transporté l'impératrice française Eugénie, l'épouse de Napoléon III, en 1869.
Abdel Fattah al-Sissi lors de l'inauguration de l'extension du canal de Suez en août 2015, à bord du yacht qui avait transporté l'impératrice française Eugénie, l'épouse de Napoléon III, en 1869. REUTERS/Présidence égyptienne

C’était il y a trois ans en Egypte : Mohammed Morsi était renversé par l’armée et Abdel Fattah al-Sissi lui succédait. Trois ans plus tard, les espoirs portés par la révolution de 2011 semblent s’être évanouis, en particulier dans le domaine des droits de l'homme et des libertés publiques. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les autorités égyptiennes laissent de moins en moins de place à la contestation ou même à la critique.  

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La répression s'est d'abord abattue sur les Frères musulmans, et sur tous les partisans de Mohammed Morsi, avant de s’élargir aux militants révolutionnaires laïcs qui avaient renversé le régime de Hosni Moubarak.

En août 2013, plus de 1400 partisans de Mohammed Morsi étaient tuées par les forces de sécurité. Depuis, des dizaines de milliers d’entre eux ont été arrêtés, et des centaines condamnés à mort. 

« La répression prend plusieurs formes, explique Nicolas Krameyer, de l’ONG de défense des droits de l’homme Amnesty International. Ce sont des poursuites à l’encontre de toute personne souhaitant manifester dans la rue, avec une loi pénalisant quasiment tout rassemblement qui porterait des critiques à l’endroit du régime. Et c’est le recours massif aux condamnations à mort et à des procès de masse. » Désormais, la surveillance policière, les arrestations et les intimidations visent également les journalistes ou encore les associations de défense des droits de l'homme.

Les expulsions du correspondant français de La Croix, Rémy Pigaglio, en mai dernier, puis de la journaliste libano-britannique Liliane Daoud, en juin, témoignent de la dégradation des conditions de travail pour les journalistes en Egypte. Une situation qui se détériore également pour les associations égyptiennes qui tentent de venir en aide aux victimes de cette politique répressive. « Nous sommes tout le temps sous pression, raconte Mohammed Lotfy de la Commission égyptienne pour les droits et les libertés. Nous sommes menacés de fermeture, d’arrestations, et nous faisons l’objet de campagnes médiatiques pro-gouvernementales qui accusent les militants des associations de défense des droits de l’homme d’être des traîtres. Cela rend notre tâche très difficile. »

« Dictature sanglante »

A toutes ces critiques, les autorités égyptiennes répondent qu’elles ne font que défendre le pays face à la menace terroriste. Une menace incarnée par le groupe Ansar Beït al-Maqdess, affilié à l’organisation de l’Etat islamique depuis 2014, très actif dans le Sinaï. Une grande partie de l’opinion égyptienne a soif de stabilité et de sécurité, ce qui permet aux autorités de justifier leur politique répressive. « Ce prétexte de la menace terroriste sert à asseoir tout simplement une dictature sanglante visant à faire taire toute voix critique vis-à-vis du régime, dénonce Nicolas Krameyer, d’Amnesty International. Un très grand nombre de personnes sont poursuivies au nom de la lutte anti-terroriste. Ces personnes sont arrêtées, torturées pour obtenir leurs aveux, et ensuite sont jugées et condamnées à l’issue de procès foncièrement inéquitables. Donc ce que l’on voit, avant d’être de la lutte anti-terroriste, c’est une volonté de réprimer toute voix dissidente en Egypte. »

Trois ans après la chute de Mohammed Morsi, de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme estiment que la répression policière en Egypte est pire que celle exercée à l'époque de Hosni Moubarak, le dictateur égyptien mis à bas par la révolution de 2011. Et ces organisations s'étonnent du silence qui entoure cette répression au niveau international. A l’image de la France, dont les dirigeants n'abordent que du bout des lèvres la question des droits de l'homme lorsqu'ils se rendent au Caire, ou lorsqu’ils reçoivent leurs homologues égyptiens.

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