Syrie

Que peut encore faire l'ONU face au drame syrien?

Mur d'école dans la zone contrôlée par les rebelles de La Ghouta à l'est de Damas, le 17 septembre 2016.
Mur d'école dans la zone contrôlée par les rebelles de La Ghouta à l'est de Damas, le 17 septembre 2016. REUTERS/Bassam Khabieh

C'est le grand rendez-vous diplomatique et politique annuel. L'Assemblée générale des Nations unies s'ouvre ce mardi 20 septembre 2016 à New York. Les représentants de 193 pays sont attendus sur le sol américain. L'évènement sera marqué cette année par deux grands dossiers liés l'un à l'autre : la crise migratoire et la guerre en Syrie. Sur le deuxième sujet, l'ONU semble impuissante.

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Avec la question des réfugiés et déplacés, le conflit en Syrie sera aussi au cœur de nombreux entretiens et réunions, cette semaine au siège des Nations unies à New York. Mais aucun texte décisif de l'Assemblée générale, aucune résolution du Conseil de sécurité ; bref aucune avancée significative n'est à attendre sur ce dossier complexe et dramatique, explique notre envoyée spéciale, Anne Corpet.

Pour rappel, les Etats-Unis et la Russie étaient parvenus, la semaine passée, à un accord en quatre volets : la déclaration d'une trêve, qui a donné lieu à un cessez-le-feu lancé par Damas pour sept jours et qui expire ce lundi ; l'acheminement de l'aide humanitaire, avec comme objectif prioritaire Alep ; l'organisation d'opérations militaires conjointes américano-russes sur le terrain ; et enfin la relance du processus politique.

Mais après cinq ans d’une guerre sanglante, les ambitions de la diplomatie mondiale apparaissent des plus limitées, même si la communauté internationale reste mobilisée. Le seul objectif affiché pour l'Assemblée générale de l'ONU est le maintien de la fragile trêve instaurée sous l’égide de l'accord entre Washington et Moscou, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU en désaccord frontal sur de nombreux sujets.

Les relations entre les deux grandes puissances, qui soutiennent des camps opposés sur le sol syrien, sont extrêmement tendues depuis le bombardement de la coalition, samedi 17 septembre pendant la trêve, sur des troupes du régime Assad. Les Etats-Unis ont reconnu les avoir frappé par erreur ; des raids qui auraient fait au moins 90 morts. Sur le terrain, les différents protagonistes s'accusent d’être à l’origine de violations de plus en plus nombreuses du cessez-le-feu.

Avec « ses faiblesses et ses insuffisances », l'accord a « le mérite d'exister »

Lors de la séance du Conseil de sécurité de samedi, Etats-Unis et Russie se sont jetés des invectives à un niveau rarement atteint, révèle un observateur. Mais malgré ces dissensions, il est crucial que la trêve se maintienne. Si l'accord s’effondre, le risque, c'est que l'on arrive à une situation de « guerre totale », que les Russes n’aient plus aucune limite dans leur soutien à Bachar el-Assad, et que l’on tue toute perspective d’accord politique, s’alarme un diplomate occidental.

Et de conclure : « Il faut jouer la carte de cet accord, nous n’en avons pas d’autre. » Point de vue partagé par le ministre des Affaires étrangères français. « Il a ses faiblesses et ses insuffisances, cet accord. Mais il existe, il a le mérite d'exister. Donc je veux souligner le côté positif de cet accord. Il faut s'y accrocher et le faire vivre à tout prix », plaide Jean-Marc Ayrault.

S'il y a eu ces incidents qui ont conduit à des morts en Syrie, en raison des frappes américaines contre Daech, il ne faut pas oublier que ce qui a porté atteinte au cessez-le-feu américano-russe, c'est d'abord le régime, c'est toujours le régime de Bachar el-Assad

Déclaration de Jean-Marc Ayrault à New York

Néanmoins, chaque jour en Syrie, la trêve devient plus précaire. Dimanche 18 septembre, 11 personnes ont été tuées, selon l'ONG Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Des raids ont été menés sur Alep, dans le nord du pays. Les auteurs des frappes n'ont pas été identifiés. Dans la province de Deraa, dans le sud, des hélicoptères de l'armée ont largué des barils d'explosifs dans une zone rebelle.

Le cessez-le-feu décrété par Damas arrive à son terme ce lundi. Aucune prolongation n'a été annoncée pour l'instant. Certes, les combats n’ont pas véritablement repris pour le moment, mais selon Ahmed el-Ahmed, militant de l’opposition en Syrie, on peut considérer que la trêve a d'ores et déjà échoué, en raison des nombreuses violations enregistrées et en raison du blocage des convois d’aides humanitaires.

Si la trêve s'effondre, le secteur humanitaire en fera nécessairement les frais

« Nous vivons actuellement une situation très difficile, explique Ahmed el-Ahmed, joint par RFI. On devait recevoir à Alep des aides de l’ONU, mais jusqu’à présent, nous n’avons rien reçu. Ces aides devaient être acheminées via le passage de Bab el-Hawa. Nous sommes totalement assiégés depuis 29 jours. Alep est encerclée et le régime a repris plusieurs positions aux alentours. »

Et d'énumérer : « Durant ces derniers jours, les forces du régime et leurs alliés russes ont violé 37 fois la trêve. Il y a eu des bombardements aériens et des tirs d’artillerie. La campagne au nord d’Alep et les régions à l’ouest de la ville ont été ciblées. Certains quartiers d’Alep ont aussi été touchés. » « Je pense que nous pouvons clairement le dire : cette trêve est un échec. Il y a eu des violations et aucune aide ne nous est parvenue », conclut le militant.

La trêve ne tient, quoi qu'il en soit, plus qu’à un fil, selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), auteur entre autres de l’ouvrage Monde arabe : entre la transition et l’implosion (2015). Mais selon lui, si le cessez-le-feu est abandonné, cela aura pour conséquence le non-acheminent de l’aide humanitaire tant attendue par les populations civiles.

« L'accord signé entre les Américains et les Russes prévoit, bien entendu, une cessation des hostilités, pour acheminer plus d’aides et surtout sécuriser certains couloirs humanitaires importants, et le retrait des forces militaires autour de certaines localités », rappelle le directeur du Cermam, qui précise tout de même que « le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et d’autres organisations sont présents sur le terrain, à travers leurs relais locaux. »

« Il y a une aide qui arrive, assure M. Abidi, mais cette aide est insuffisante pour les besoins de la population assiégée. » Or, « avec cette trêve qui risque de voler en éclats - en tout cas, aujourd’hui, elle est fragilisée -, non seulement on va affaiblir l’aide insignifiante qui arrive déjà aux personnes vulnérables, mais on va surtout arrêter les autres opérations qui sont en cours aujourd’hui, pour arriver à toutes les personnes assiégées et redémarrer certaines installations qui sont en panne depuis l’intensification des raids aériens. »

Selon l'accord, à partir de cette semaine doivent avoir lieu des opérations militaires conjointes entre Américains et Russes contre les positions de l'Etat islamique. Je les vois mal passer à la deuxième phase de l'accord alors qu'aujourd'hui, la confiance est en panne

Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen

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