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Syrie: Hollande dénonce des «crimes» et veut traduire leurs auteurs à La Haye

Les présidents français et russe, MM. François Hollande et Vladimir Poutine, en avril 2015 au Kremlin.
Les présidents français et russe, MM. François Hollande et Vladimir Poutine, en avril 2015 au Kremlin. ALAIN JOCARD / AFP
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Alors que le conflit syrien est entré dans une nouvelle phase d'aggravation autour d'Alep, le torchon brûle entre la France et la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU en désaccord dans ce dossier. Ce lundi 10 octobre 2016, la chaîne de télévision française TMC publiera une interview de François Hollande, qui met une pression accrue sur son homologue Vladimir Poutine et les auteurs de crimes de guerre en Syrie.

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A Alep, principal enjeu actuel des affrontements en Syrie, les rebelles assiégés sont aux prises avec le régime de Bachar el-Assad, soutenu par l'aviation russe. La situation est catastrophique, comme l'ont illustré les nombreux bombardements ayant frappé des personnels médicaux.

Paris n’est plus du tout en phase avec Moscou sur la politique à mener dans ce pays. Ces divergences sont apparues au grand jour samedi. La France a alors proposé au Conseil de sécurité des Nations unies un texte sur l'arrêt des survols aériens au-dessus d'Alep. Moscou y a opposé son cinquième veto.

« Vous croyez que la France a des leçons à recevoir de quiconque ? »

Pis, le représentant russe au Conseil de sécurité a accusé Paris de s'être prêté à une mise en scène, ce qui a provoqué une colère rare du ministre des Affaires étrangères français Jean-Marc Ayrault. « Vous croyez que la France a des leçons à recevoir de quiconque ? De la Russie ? », a-t-il demandé.

Jeudi, lors d'une visite de M. Ayrault à Moscou, la tension était déjà palpable. En conférence de presse, alors que son homologue Sergueï Lavrov l'appelait par son prénom, le chef de la diplomatie française, très fermé, ne s’était pas adressé une seule fois directement à lui, employant des formules impersonnelles, rappelle notre correspondante à Moscou Muriel Pomponne.

Poutine à Paris ? « Je me suis posé la question », avoue Hollande

Voilà le contexte refroidi dans lequel François Hollande vient de s'exprimer, répondant à l'invitation de Yann Barthès, animateur de l'émission « Quotidien » sur la chaîne de télévision TMC.

Dans cet entretien, qui sera diffusé lundi soir, le président français évoque la visite prévue de son homologue russe à Paris le 19 octobre prochain : « Je vais recevoir, sans doute, Vladimir Poutine. Je me suis posé la question. Est-ce que c'est utile ? Est-ce que c'est nécessaire ? Est-ce que ça peut être une pression ? »

« Responsabilité, y compris devant la Cour pénale internationale »

« Si je le reçois, promet François Hollande, je lui dirai que c'était inacceptable, que c'est grave même pour l'image de la Russie. Ces populations sont aujourd'hui victimes de crimes de guerre. Ceux qui commettent ces actes auront à en payer la responsabilité, y compris devant la Cour pénale internationale. »

Demander à la justice internationale d'enquêter sur les crimes de guerre commis en Syrie traduit bien la colère palpable de Paris vis-à-vis du président Poutine, puisqu'une telle requête pourrait viser non seulement le régime Assad, mais la Russie aussi, précise notre correspondante à Moscou.

Isolée sur la scène internationale, la Russie veut cette rencontre

Les préparatifs pour la visite du chef de l'Etat russe à Paris « continuent », a réagi ce lundi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. « Il y a des discussions prévues avec le palais de l'Elysée et Poutine prendra part à l'inauguration du centre spirituel russe (...) Nous n'avons pas d'autres informations de nos collègues français », relate-t-il.

Le Kremlin compte toujours sur un entretien à l'Elysée. Pour Moscou, ce raidissement n’est pas une bonne nouvelle. L'attitude bienveillante de Paris permettait à M. Poutine d’apparaître moins isolé face à Washington. Cela lui laissait espérer une levée des sanctions. Aujourd’hui, cette perspective s’éloigne.

Si le président de la République décide que le président russe vient, ce ne sera pas pour des mondanités, ce sera pour dire des vérités, et pour sortir de ce qui est en train de se passer là-bas, pour faire prendre conscience à la Russie qu'elle est en train de s'engager sur une route dangereuse

Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, sur France Inter ce lundi 10 octobre

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