Syrie

Syrie: Sherpa porte plainte contre Lafarge pour ses accords présumés avec l'EI

Selon Le Monde, le cimentier français se serait arrangé avec les jihadistes pour continuer son activité dans l'une de ses filiales en Syrie. Ici, un employé de Lafarge le 7 avril 2014 à Paris.
Selon Le Monde, le cimentier français se serait arrangé avec les jihadistes pour continuer son activité dans l'une de ses filiales en Syrie. Ici, un employé de Lafarge le 7 avril 2014 à Paris. AFP/ FRANCK FIFE

L'ONG Sherpa a déposé plainte, ce mardi 15 novembre à Paris contre le cimentier français Lafarge, notamment pour financement du terrorisme. Cela fait suite aux révélations du Monde sur de possibles arrangements avec l'organisation Etat islamique (EI) pour faire fonctionner un site en Syrie.

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Le Monde avait évoqué en juin de « troubles arrangements » de Lafarge avec le groupe jihadiste pour qu'une de ses cimenteries située à Jalabiya, au nord-est d'Alep, puisse continuer à fonctionner en 2013 et 2014, avant que l'EI ne s'empare du site et annonce l'arrêt de toute activité. Selon le quotidien, l'entreprise a cherché à garantir l'accès à l'usine de ses ouvriers et des marchandises alors que plusieurs points de la zone étaient contrôlés par les jihadistes, en missionnant un intermédiaire pour obtenir des laissez-passer aux checkpoints.

Pour pouvoir fabriquer le ciment, Lafarge est aussi passé par « des intermédiaires et des négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l'EI, contre le paiement d'une licence et le versement de taxes », assurait le journal. William Bourdon, le président de l'association Sherpa, qui « défend les victimes de crimes économiques », a annoncé avoir déposé ce mardi une plainte pour financement du terrorisme, complicité de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, mise en danger, exploitation abusive du travail et négligence.

« Une première »

« On peut craindre que pour vouloir maintenir à tout prix une activité profitable, on ait pris le risque d'entretenir une activité commerciale de natures diverses avec ce groupe, au risque de commettre ces infractions, explique William Bourdon joint par RFI. C'est un peu une première, parce que je ne pense pas [qu'il y ait] que beaucoup de précédents de relations aussi toxiques entre une société aussi importante et un groupe terroriste aussi abominable que Daech. Par ailleurs, on ne peut pas faire l'impasse – d'ailleurs on ne le fait pas – sur le fait que le groupe Lafarge est un des meilleurs communicants, en terme d'engagement éthique et de code de bonne conduite. Donc on met en relief le grand canyon vertigineux entre ces engagements éthiques et la réalité factuelle et juridique telle qu'on la décrit dans la plainte. »

Le cimentier LafargeHolcim, issu de la fusion mi-2015 avec le Suisse Holcim, avait assuré en juin qu'il examinerait les faits révélés par Le Monde, après avoir affirmé que sa priorité absolue avait été la sécurité de ses personnels. En juillet, la mission parlementaire sur les moyens du groupe jihadiste affirmait dans son rapport que « rien » ne permettait d'établir que Lafarge ait pu « participer directement ou indirectement, ni même de façon passive, au financement de Daech ».

(Avec AFP)

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