Israël / Cisjordanie

Cisjordanie: l'évacuation d'Amona ne freine en rien la colonisation israélienne

Des policiers interpellent un manifestant pro-colonies lors de l'évacuation d'Amona, le 1er février 2017.
Des policiers interpellent un manifestant pro-colonies lors de l'évacuation d'Amona, le 1er février 2017. REUTERS/Baz Ratner

L’évacuation de la colonie d'Amona, non loin de Ramallah, ordonnée par la Cour suprême d'Israël, a commencé ce mercredi 1er février. Les opérations se poursuivent encore ce matin, 2 février. En guise de compensation, le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, a annoncé la construction d'une nouvelle colonie où les familles évacuées seront relogées. Dans la nuit de mardi à mercredi, l'Etat hébreu avait déjà annoncé la construction de 3 000 logements supplémentaires en territoire palestinien.

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Avec notre envoyée spéciale à Amona, Marine Vlahovic

Des colonnes de policiers avancent sur les sentiers boueux d’Amona, pour évacuer un à un les habitants et leurs soutiens. Sacs sur le dos, une cinquantaine de personnes sont confinées dans la maison de Yehoyada Nizri, le colon n’a pas préparé ses cartons et ne prendra que son pistolet affirme-t-il, bouleversé : « Je suis triste pour ma maison, mes enfants et les jeunes qui sont venus en soutien. Ça va être très douloureux autant physiquement que mentalement. »

La colonie sauvage a été créée il y a près de vingt ans sur des terres privées palestiniennes. Invectivant les policiers qui s’approchent de la maison, Girson Rubinstein, lui ne veut pas croire à l’évidence : « C’est une blague. Ce n’est pas la Palestine, c’est la terre d’Israël. C’est la terre d’Israël. »

Les chants sont interrompus par l’arrivée des forces de l’ordre qui abattent à coup de hache les cloisons des chambres où des jeunes soutiens se sont retranchés, sous le regard hagard de Yehoyada : « C’est horrible. C’est très difficile. » Entouré par les policiers, le colon quitte sa maison à la nuit tombée.

Compensation

Si des affrontements ont été rapportés, le pire a été évité selon les médias israéliens, précise notre correspondant à Jérusalem, Christian Brunel. Le psychodrame n’a pas tourné à la tragédie entre les centaines de jeunes manifestants pro-colons et la police.

Le gouvernement israélien a déjà annoncé qu’une nouvelle colonie pourrait être construite en Cisjordanie, pour accueillir les habitants expulsés. Il a aussi donné son feu vert, ses derniers jours, à la construction de 3 000 logements dans les colonies de Cisjordanie. Enfin, un projet de loi légalisant des milliers de logements construits sur des terres privées des Palestiniens est en cours d’adoption au Parlement.

Pour Daniel Seideman, avocat et militant anti-colonisation, il ne s'agit même pas de compensation : « C'est une constante depuis plus de 20 ans dans la politique de Benyamin Netanyahu. A chaque fois que Netanyahu doit faire quelque chose qui apparait comme conciliant envers les Palestiniens, il compense par une annonce scandaleuse sur les colonies. Dans le cas d'Amona, c'est remarquable car l'évacuation de la colonie n'est pas une concession de la part d'Israël, elle se fait sur décision de justice ! [...] Et maintenant qu'ils sont obligés d'obéir à la loi, les colons sont récompensés de leur illégalité par 3 000 logements supplémentaires dans les colonies. »

Les durs du gouvernement, eux, veulent aller beaucoup plus loin et profiter de l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump pour mener une politique de colonisation à tout-va, avec comme objectif une annexion partielle de la Cisjordanie.

Selon les commentateurs, la question est de savoir si Benyamin Netanyahu va céder à ces pressions pour préserver sa majorité ou s’il va savoir ne pas aller trop loin pour ne pas indisposer Donald Trump qui doit le rencontrer dans deux semaines à Washington.

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