Egypte / Arabie saoudite

Rétrocession des îles Tiran et Sanafir à l'Arabie saoudite: et maintenant?

Les îles de Tiran et Sanafir, à l'entrée du golfe d'Aqaba en mer Rouge, entre les côtes égyptienne et saoudienne.
Les îles de Tiran et Sanafir, à l'entrée du golfe d'Aqaba en mer Rouge, entre les côtes égyptienne et saoudienne. Wikimedia Commons / Public domain

Malgré une vive opposition, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a ratifié samedi 24 juin 2017 un accord rétrocédant à l'Arabie saoudite deux îles stratégiques, situées à l’entrée du golfe d’Aqaba et contrôlant l’accès d’Israël à la mer Rouge.

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De notre correspondant au Caire,

Et maintenant ? Les documents de l’accord seront échangés par les deux pays avant d’être enregistrés aux Nations unies. En vertu de ce texte, l’Arabie saoudite prend possession des deux îlots mais leur sécurité reste confiée à l’Egypte.

Une manière de ne rien changer au traité de paix égypto-israélien (1979), dont les îles de Sanafir et surtout de Tiran font partie.

Cette dernière contrôle l'entrée du détroit du même nom, et la fermeture de ce détroit de Tiran par l'Egypte avait été l'argument utilisé en Israël pour justifier l'attaque-surprise de la guerre des Six Jours en 1967.

Aucune cérémonie solennelle n'est prévue pour marquer la passation de souveraineté entre Le Caire et Riyad. Une discrétion qui vise à éviter de relancer la polémique autour de ces deux îles.

La bataille juridique autour des îles continue côté égyptien

Cela marque-t-il pour autant la fin de la polémique, qui dure depuis plus d’un an ? Loin de là. En Egypte, l’opposition de la gauche et d’une partie des libéraux compte poursuivre son action juridique.

Dans quelques jours, la Haute Cour constitutionnelle doit se prononcer sur la validité du jugement de la cour administrative, qui avait annulé initialement l’accord. La cour estimait que le gouvernement ne pouvait pas céder une partie du territoire national.

L'île de Tiran, dans la mer Rouge.
L'île de Tiran, dans la mer Rouge. Wikimedia Commons / Marc Ryckaert (MJJR)

Les opposants à l'accord chercheront donc à démontrer qu'en signant cet accord, le pouvoir a violé la Constitution, tandis que le gouvernement cherchera de son côté à prouver que le tribunal administratif a outrepassé ses prérogatives.

Mais cette affaire ne constitue pas une menace pour le pouvoir égyptien dans l'immédiat. Même si une bonne partie de l’opinion est mécontente de l’accord, elle ne semble pas pour autant disposée à descendre dans la rue. L'opinion a sans doute été refroidie aussi par des arrestations préventives.

Le contexte économique et social égyptien en toile de fond

Toutefois, ce mécontentement latent à l’égard de l’accord - combiné à celui résultant de la hausse spectaculaire des prix - risque de constituer un cocktail détonnant.

Tôt ou tard, le gouvernement doit lever les subventions du carburant, de l’électricité, du gaz et de l’eau, conformément à un accord avec le FMI. Une mesure qui va provoquer des hausses de prix généralisées.

Or, le gouvernement garde en mémoire les émeutes du pain de janvier 1977, provoquées par une levée des subventions.

Raison pour laquelle Le Caire a déjà annoncé une augmentation des salaires et des produits de première nécessité distribués sur les cartes d'approvisionnement dont disposent plus de la moitié des Egyptiens.

→ À relire : Après le grand entre Le Caire et Riyad, l'accalmie

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