Irak

Bagdad annonce la suspension des vols internationaux au Kurdistan irakien

L'aéroport d'Erbil est l'un des deux aéroports du Kurdistan irakien concernés par la décision de Bagdad.
L'aéroport d'Erbil est l'un des deux aéroports du Kurdistan irakien concernés par la décision de Bagdad. REUTERS/Azad Lashkari

Bagdad a annoncé la suspension de tous les vols internationaux en provenance du Kurdistan irakien, mais aussi à destination de la province autonome, à partir de ce vendredi 29 septembre 2017 en fin d'après-midi. Une première mesure concrète de rétorsion après le « oui » à l'indépendance proclamé dans les urnes.

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« Tous les vols internationaux, sans exception, de et vers Erbil et Souleimaniyeh, cesseront à partir de vendredi à 18 h, heure irakienne. » La mesure a été décidée par le Conseil des ministres et le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi, avant d'être rendue publique jeudi 28 septembre.

Massoud Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan d'Irak, a beau répéter qu'après le référendum, qui a débouché sur une victoire du « oui », aucune indépendance ne sera proclamée unilatéralement et sans négociation préalable avec le pouvoir central de Bagdad, rien n'y fait.

Si Erbil n'accepte pas de donner le contrôle total de ses aéroports à Bagdad d'ici ce vendredi soir, tous les vols internationaux vers Erbil et Souleimaniyeh vont donc cesser. Les compagnies étrangères ont été prévenues. Une décision sera prise ultérieurement concernant les vols intérieurs.

Bagdad à l'intention de prendre d'autres mesures pour faire annuler le référendum. Mercredi dernier déjà, les députés irakiens ont voté en faveur de la fermeture des postes-frontière avec la Turquie et l'Iran. Ils ont également de nouveau demandé au Premier ministre irakien de dépêcher l'armée.

Cette dernière pourrait jouer un rôle dans les zones disputées par les Kurdes, notamment dans la ville et la région de Kirkouk, riche en pétrole. La Turquie a pour sa part décidé de couper l'oléoduc exportant le pétrole kurde irakien depuis des années. Autrement dit, les dirigeants kurdes ne pourront plus exporter.

Ruée vers les aéroports

Depuis l'annonce du gouvernement irakien, c’est la ruée vers les aéroports. « Parce que le consulat l'a demandé et parce que j'ai des problèmes de santé, je partirai le 29 avec la Turkish Airlines. Mais tout le monde est parti tout de suite après reçu le mail du consulat », témoigne Francis Striby.

Ce dernier, étudiant en langue kurde à l’Institut français du Proche-Orient, fait partie de l'importante communauté d'expatriés - chercheurs, humanitaires, hommes d’affaires, diplomates et journalistes - qui vit à Erbil. La majorité des étrangers résidant au Kurdistan n’ont pas de visa irakien. Jusqu’alors, cela n’était pas demandé par les autorités kurdes.

Les expatriés partent donc de peur de se retrouver bloqués au Kurdistan irakien, indique notre correspondante à Erbil, Orianne Verdier. Pour Oumed Mohamad, porte-parole du ministère kurde des Transports, ces départs représentent une grande perte pour l’économie du Kurdistan :

« Il y a une trentaine de consulats au Kurdistan et des centaines d'entreprises étrangères. Tout le monde utilise ces aéroports, leur fermeture aura donc un gros impact sur notre économie et notre diplomatie. Il y aura aussi un impact commercial direct puisque nos deux aéroports possèdent des avions-cargos qui importent et exportent de la marchandise. »

Le gouvernement kurde a proposé un compromis à Bagdad, à savoir la venue d'observateurs irakiens. Pour l'instant, les autorités irakiennes n'ont pas répondu. Bagdad exige plus, explique Oumed Mohamad.

« Dans les aéroports civils, il y a trois axes de contrôles importants. Le premier est la tour de contrôle. Mais les tours de contrôle des deux aéroports d'Erbil et de Souleymanieh sont déjà sous la direction de Bagdad. Nous recevons nos ordres de Bagdad », rappelle le ministre kurde.

« Le deuxième axe est l'immigration, le tampon d'entrée et d'arrivée. Et enfin, la douane, qui est également importante pour eux. Dans la lettre que nous avons écrite hier à Bagdad, nous proposons clairement de nous réunir afin de définir un nouveau fonctionnement. Il faut négocier et se mettre d'accord », plaide-t-il.

Le gouvernement kurde appelle au dialogue, mais Bagdad ne semble, pour l'instant, pas prêt à s'asseoir à la table des négociations. L'Irak fait bloc avec la Turquie et l'Iran. Avec ces voisins, ils ont la capacité d'étouffer la région indépendantiste, par ailleurs démunie de soutien de la communauté internationale.

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