Israël / Territoires palestiniens

Manifestations à Gaza: une nouvelle journée sous haute tension s'annonce

Des soldats israéliens se positionnent aux abords de la frontières qui sépare Israël de la bande de Gaza le 5 avril 2018.
Des soldats israéliens se positionnent aux abords de la frontières qui sépare Israël de la bande de Gaza le 5 avril 2018. REUTERS/Amir Cohen

Une nouvelle journée sous haute tension s’annonce ce vendredi 6 avril dans la bande de Gaza. Comme la semaine dernière, un grand rassemblement est prévu aux abords de la frontière avec Israël. Depuis une semaine, 20 Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne et 1 400 autres blessés, il s'agit de la semaine la plus meurtrière depuis la fin de la dernière guerre à l'été 2014. L'usage de balles réelles par l'armée a été critiqué par l'ONU, l'Union européenne et plusieurs pays musulmans. Mais le ministre israélien de la Défense a redit, ce jeudi 5 avril, qu'il maintient ses consignes de tir. L'organisation de défense des droits de l'homme B'Tselem appelle les soldats à désobéir à ces ordres.

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Avec notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil

« Cela va être un autre week-end sanglant », estime un officier de réserve israélien. Ce vendredi 6 avril, des milliers de Gazaouis devraient encore répondre à l'appel des organisateurs de la « Grande marche du retour » et à celui des factions palestiniennes. Tous demandent à la population de se rendre près de la frontière avec Israël pour réclamer le droit au retour sur les terres que les Palestiniens ont quitté en 1948 et la levée du blocus de Gaza, mais aussi pour rendre hommage aux victimes de vendredi dernier.

Côté palestinien, les manifestants ont l'intention d'aveugler les soldats israéliens. Des centaines de pneus ont été rassemblés. Ils devraient être incendiés pour que la fumée cache la vue des tireurs d'élite. D'autres entendent se munir de miroirs pour éblouir les soldats.

Côté israélien, le pouvoir politique et la hiérarchie militaire ont renouvelé leur ordre de tirer sur ceux qui s'approcheront de la barrière de séparation. « Nous avons établi des lignes rouges. S'ils les franchissent, le prix sera très élevé », assure un gradé.

L'armée maintient sa consigne de tirer à balles réelles

Cette semaine, une délégation égyptienne est venue tenter une médiation mais les deux parties semblent camper sur leurs positions. « La volonté est louable mais pas suffisante », juge un ancien responsable israélien, sceptique quant au succès de cette mission : « Nous jugerons sur les résultats », dit-il.

« S'il y a des provocations, il y aura une réaction des plus dures, comme la semaine dernière », prévient le ministre de la Défense. Face aux critiques internationales, l'armée israélienne réaffirme sa position. Mais le tir à balles réelles est une solution de dernier recours précise Nitzan Nuriel, l'ancien directeur du contre-terrorisme au bureau du Premier ministre.

« Nous utilisons tous les moyens que nous avons. Les non létaux que nous avons développés dans les 30 dernières années depuis la première Intifada, explique Nitzan Nuriel. Malheureusement, ça ne suffit pas. Les gaz lacrymogènes ne sont pas assez efficaces. Même les balles en caoutchouc ne les arrêtent pas. C'est seulement quand nous n'avons pas d'autre choix que nous ordonnons aux tireurs d'élite d'ouvrir le feu pour les empêcher d'atteindre leur but ».

Une ONG appelle les soldats israéliens à la désobéissance

Mais aux yeux de l'organisation de défense des droits de l'homme B'Tselem, la hiérarchie militaire enfreint le droit en donnant ainsi l'ordre de tirer. Pour la première fois de son histoire, elle appelle les soldats à ne pas respecter ces instructions.

« Vous n'avez pas à être un expert juridique pour réaliser que tirer à balles réelles, de la part des soldats israéliens, sur des manifestants non armés qui ne mettent pas en danger la vie de qui que ce soit, est illégal et immoral, affirme Hagaï El-Ad, le directeur général de B’Tselem. Ce sont des ordres illégaux. Ils ne devraient pas être donnés aux soldats, et les soldats ne doivent pas obéir à des ordres illégaux ».

Hagaï El-Ad voit cet appel comme une campagne d'obéissance au droit et non de désobéissance aux ordres. Mais plusieurs voix au sein du gouvernement appellent à l'ouverture d'une enquête pour sédition contre l'organisation.

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