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Syrie: opération humanitaire franco-russe dans la Ghouta, le «pari macronien»

Le président russe Vladimir Poutine a reçu au Kremlin le chef d'Etat français Emmanuel Macron, avant la finale de la Coupe du Monde 2018, le 15 juillet 2018.
Le président russe Vladimir Poutine a reçu au Kremlin le chef d'Etat français Emmanuel Macron, avant la finale de la Coupe du Monde 2018, le 15 juillet 2018. Sputnik/Alexei Nikolsky/Kremlin via REUTERS

La France et la Russie ont effectué dans la nuit du samedi 21 juillet une opération humanitaire conjointe à destination d'une enclave rebelle reprise par le régime syrien en avril. Du matériel médical et des produits de première nécessité vont être acheminés dans la Ghouta orientale, près de Damas. C’est la première fois qu’un pays occidental aide officiellement une zone sous contrôle de Damas. Cette opération parachève en quelque sorte les changements de posture de Paris sur le dossier syrien, comme l’explique le chercheur David Rigoulet-Roze sur RFI.

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Dans le conflit en Syrie, c'est une première : la France et la Russie ont effectué dans la nuit de vendredi à samedi une opération humanitaire conjointe à destination d'une enclave rebelle reprise par le régime en avril. Un gros porteur Antonov 124 de l'armée russe, chargé de 44 tonnes de matériel médical et de biens de première nécessité fournis par la France, a rallié la base russe de Hmeinim, dans l'ouest de la Syrie, depuis l'aéroport de Châteauroux.

L'aide, destinée à la Ghouta orientale, près de Damas, doit être distribuée par le Croissant-Rouge syrien sous la supervision du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). La France a obtenu des « garanties » de la Russie sur le fait que le régime ne ferait pas obstruction à l'acheminement, et que toute « récupération politique » et tout « détournement » du matériel seraient évités, selon Paris.

Emmanuel Macron essaie depuis des mois d'impliquer les Occidentaux dans la recherche d'une solution politique en Syrie sous l'égide de l'ONU. En prenant part à cette opération, le président français tente un coup, estime David Rigoulet-Roze, chercheur attaché à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques : « Il y a des mesures de confiance qui ont été prises de part et d’autre. Il y a probablement un pari macronien. »

→ À relire : Pourquoi la France renforce-t-elle sa présence en Syrie ?

Le pari, c'est que « par rapport au préalable du départ de Bachar el-Assad, qui n’est plus d’actualité, ce changement de posture française est susceptible d’engager les Russes dans un processus plus politique, plus inclusif. Et donc d’imposer, en tout cas de faire comprendre à Bachar el-Assad, qui a été sauvé par Moscou, que maintenant que son régime n’est plus menacé, un certain nombre de choses doivent être envisagées en termes politiques pour la suite. »

Le chercheur fait remarquer que le président Macron a nommé le 27 juin dernier un représentant personnel en Syrie, avec un titre d’ambassadeur, alors qu’il n’y a pas d’ambassade rouverte dans ce pays. « C’est un signal envoyé aux Russes aussi, pour montrer qu’il y a la possibilité d’une normalisation potentielle », estime M. Rigoulet-Roze, qui ajoute que le numéro un du régime, Bachar el-Assad, doit désormais proposer des mesures d'ouverture à l’attention de son opposition.

Les Russes n’ont pas besoin de faire un bon coup, explique le rédacteur en chef d'Orients stratégiques. Car ce sont eux les « maîtres d’œuvre sur le terrain ». Mais « la Russie aujourd’hui se retrouve avec de lourdes responsabilités », observe le chercheur, qui conclut : « L’opération russe est un succès militaire, mais la sortie de crise demeure incertaine et seuls les Russes pourront offrir une perspective. » C'est en tout cas le pari du président français.

D’une certaine manière, ce type de démarche commune prend acte du fait que le régime de Bachar el-Assad est sauvé, qu’il n’est plus menacé, que le préalable du départ même de la personne de Bachar el-Assad n’est plus posé en tant que tel. Et donc, il y a d’une certaine manière un appel du pied aussi à Moscou, pour que Moscou prenne ses responsabilités. Le président Poutine sait qu’il doit transformer sa victoire militaire en réussite politique, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Cela explique aussi que les Russes se prêtent à ce type d’opération qui relève aussi de la communication

David Rigoulet-Roze, chercheur attaché à l'Institut français d'analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue «Orients stratégiques»

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