Affaire Khashoggi: le scepticisme de la communauté internationale

Capture d'écran d'une image de vidéosurveillance montrant Jamal Khashoggi et sa fiancé le 2 octobre à Istanbul, sur leur route en direction du consulat d'Arabie saoudite.
Capture d'écran d'une image de vidéosurveillance montrant Jamal Khashoggi et sa fiancé le 2 octobre à Istanbul, sur leur route en direction du consulat d'Arabie saoudite. Reuters
Texte par : RFI Suivre
5 mn

L'Arabie saoudite n'a toujours pas livré d'éléments concrets sur l'affaire Khashoggi pour étayer la thèse d'un interrogatoire ayant mal tourné au consulat saoudien d'Istanbul. Et ce flou renforce le scepticisme de la communauté internationale.

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A Londres, la Première ministre britannique Theresa May a réclamé lundi « toute la vérité sur ce qui s'est passé », concernant le meurtre de Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre. « Je suis sûre que tout le Parlement se joint à moi pour condamner le meurtre de Jamal Khashoggi avec la plus grande fermeté possible. Nous devons connaître toute la vérité sur ce qui s'est passé », a-t-elle déclaré devant la Chambre des communes.

« Sa mort est inacceptable, il faut que l'Arabie saoudite clarifie d'urgence sa version des faits », telle était déjà depuis la veille, dimanche, la position martelée dans un communiqué commun publié par le Royaume-Uni, mais aussi la France et l'Allemagne. Berlin ajoute qu'à ce stade, « il n'est plus question que l'industrie allemande maintienne ses exportations d'armement vers le territoire saoudien. »

La menace d'un gel des contrats militaires plane aussi côté canadien. Ottawa n'exclut pas de suspendre une énorme transaction signée avec Riyad. Pour 10 milliards d'euros, le Canada doit en principe livrer près d'un millier de véhicules blindés aux forces de sécurité saoudiennes. Mais Justin Trudeau souligne que son pays entend défendre les droits de l'homme, y compris dans ses relations avec l'Arabie saoudite.

Les alliés fidèles de Riyad font bloc

A Washington, après avoir jugé les explications saoudiennes crédibles, Donald Trump hausse le ton. Dans le Washington Post, il dénonce les mensonges de Riyad et une défense qui part dans tous les sens. Le président américain a également affirmé lundi, depuis les jardins de la Maison Blanche, qu'il n'était « pas satisfait » des explications de Riyad.

M. Trump s'étonne du délai d'un mois annoncé par les Saoudiens pour l'enquête : « C'est un long délai, il n'y aucune raison pour cela (...) Je ne suis pas satisfait de ce que j'ai entendu », a-t-il déclaré, précisant qu'il avait parlé au prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. « Nous avons des gens en Arabie saoudite, nous avons des gens en Turquie (...). Nous en saurons beaucoup plus dans les jours à venir », a-t-il affirmé.

Reste qu'il a répété dans la foulée qu’il ne comptait pas pour autant renoncer aux 450 milliards de dollars de contrats en cours avec ce pays, rapporte Grégoire Pourtier, notre correspondant à New York. Preuve que les Américains cherchent à maintenir le lien avec le royaume : le secrétaire au Trésor était lundi à Riyad. Et bien qu’il ait annoncé qu’il ne participerait pas au Sommet économique saoudien, Steven Mnuchin est toutefois venu rencontrer discrètement Mohammed ben Salman.

Les seuls à faire finalement front avec Riyad dans l'affaire Khashoggi sont les alliés traditionnels de l'Arabie saoudite : ses voisins les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, l'Egypte, Oman, la Jordanie, et Autorité palestinienne qui répètent leur confiance en la version saoudienne et disent s'attendre à ce que la vérité se manifeste très vite.


Un meurtre « sauvagement planifié » selon le parti au pouvoir en Turquie

A la veille de révélations promises par le président Recep Tayyip Erdogan, la Turquie a assuré lundi que « rien ne resterait secret » dans l'enquête sur le meurtre de Jamal Khashoggi. « Depuis le début, la ligne de notre président est claire: rien ne restera secret concernant cette affaire. Sur le plan judiciaire, nous irons au fond de cette affaire », a déclaré le porte-parole de la présidence Ibrahim Kalin, dénonçant le « meurtre détestable » de Khashoggi.

Le porte-parole a en outre indiqué que la Turquie « ne voudrait pas » que ses relations avec l'Arabie saoudite, qualifié de « pays frère et ami », pâtissent de cette affaire qui a choqué la communauté internationale. « Par conséquent, une grande responsabilité incombe aux autorités saoudiennes sur la question de l'éclaircissement de cette affaire », a ajouté Ibrahim Kalin qui s'exprimait à Ankara après un conseil des ministres.

Lors d'une conférence de presse à Ankara, Omer Celik, porte-parole du parti au pouvoir en Turquie (AKP), a affirmé ce lundi que le meurtre de Jamal Khashoggi avait été « sauvagement planifié » et que « des efforts conséquents ont été déployés pour dissimuler [ce meurtre] ».

La presse pro-gouvernementale turque, elle, met clairement en cause le prince héritier saoudien. Quinze agents saoudiens dépêchés à Istanbul auraient été en contact direct avec le bureau de Mohammed ben Salman. Selon un éditorialiste proche du pouvoir turc, ces hommes auraient étranglé Jamal Khashoggi avant de découper son corps en 15 morceaux.

Recep Tayyip Erdogan a été accusé de tenter de tirer profit de la situation en faisant monter la pression sur l'Arabie saoudite, son grand rival au Moyen-Orient. Au-delà de nuire à la réputation du prince héritier saoudien, certains annalystes soulignent que les autorités turques pourraient tenter de creuser un fossé entre l'Arabie saoudite et les Etats-Unis, d'empêcher l'ingérence saoudienne en Syrie le long de la frontière turque et peut-être même d'obtenir des soutiens financiers de la part des Etats-Unis ou des Saoudiens. Des allégations officiellement rejetées par les autorités turques qui les jugent « contraires à l'éthique ».

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