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Territoires palestiniens

Dans les prisons palestiniennes, des tortures «systématiques», selon HRW

Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens.
Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens. ABBAS MOMANI / AFP

Le recours aux arrestations arbitraires et à la torture à l’encontre les opposants est devenu « systématique » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dénonce Human Rights Watch. L’organisation de défense des droits de l’homme publie un rapport accablant sur les méthodes employées par les forces de sécurité palestiniennes pour écraser toute dissidence.

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« On va te tuer, tu vas mourir cette nuit, tu dois parler ! ». L’arrestation de Sami As-Sai par les services de renseignement de l’Autorité palestinienne date de février 2017, mais ce journaliste indépendant se souvient des menaces proférées par les policiers comme si c’était hier.

Soupçonné d’entretenir des liens avec le Hamas, le parti rival du Fatah de Mahmoud Abbas, le trentenaire a passé près de deux semaines au centre d’interrogatoire du Comité conjoint de sécurité à Jéricho, en Cisjordanie occupée. Dont de nombreuses heures, les mains menottées, les bras étirés et le corps suspendu à un câble. « Je ne sais pas combien de temps j’ai passé comme ça, parce que je perdais conscience à chaque fois. J’aurais préféré ne pas me réveiller, c’était vraiment trop difficile à supporter. Je n’avais jamais connu ça », souffle le père de famille qui a pourtant passé neuf mois dans les gêoles israéliennes.

Cette technique qui consiste à ligoter un prisonnier pendant des heures dans une position pénible et douloureuse afin d’arracher des aveux s’appelle le « shabeh » en arabe. Une pratique largement utilisée par Israël, mais aussi les forces de sécurité palestiniennes à l’encontre des opposants, selon le rapport de Human Rights Watch (HRW) intitulé Deux Autorités, une façon de faire, zéro dissidence.

86 cas d'arrestations arbitraires recensés en deux ans

Au terme de deux ans d’enquête et après avoir mené près de 150 entretiens, l’organisation de défense des droits de l’homme a recensé 86 cas d’arrestations arbitraires et de tortures infligées par les services de renseignements, aussi bien dans la Cisjordanie dirigée par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne et chef du Fatah, que dans la bande de Gaza gouvernée de facto par le mouvement islamiste Hamas.

« Ce ne sont pas des cas isolés, ces exactions sont systématiques, souligne Eric Goldstein, le directeur-adjoint de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch (HRW). Celui qui élève la voix pour dénoncer la corruption ou qui est soupçonné d’appartenir à une mouvance d’opposition est susceptible d’être arrêté arbitrairement, d’être détenu pendant des semaines et d’être maltraité par les autorités palestiniennes. »

Pour avoir écrit sur Facebook « Nous allons lutter contre l’Autorité palestinienne comme nous luttons contre l’occupation israélienne », Hamza Zbeidat, 33 ans, a été interrogé pendant deux jours par la Sécurité préventive palestinienne. Depuis dix ans, ce défenseur des droits de l’homme est régulièrement convoqué par les services de renseignement. « Je n’ai jamais été torturé mais ils me rendent la vie impossible à cause de mes opinions, martèle le jeune homme. Tous les jours lorsque je sors de chez moi, j’ai peur qu’il m’arrive quelque chose. Je suis sous surveillance permanente. »

En raison de l’impossible réconciliation entre le Fatah et le Hamas, le système politique palestinien est totalement verrouillé: « J’ai 33 ans et je n’ai voté qu’une seule fois dans ma vie parce que depuis plus de dix ans, il n’y a pas de processus électoral. Ce régime est une dictature, mais je n’entends pas rester silencieux ! », s’écrie Hamza.

Les simples citoyens également visés

Longtemps cantonnées aux opposants bien identifiés, les arrestations arbitraires concernent depuis quelques années de simples citoyens qui critiquent le Fatah et/ou le Hamas sur les réseaux sociaux, remarque Omar Shakir, le directeur de recherches sur Israël et la Palestine de Human Rights Watch.

« En Cisjordanie, les dissidents sont souvent inculpés pour 'insultes aux plus hautes autorités' ou encore pour 'incitation aux querelles sectaires', tandis que dans la bande de Gaza, ils sont sont accusés de 'porter atteinte à l’unité révolutionnaire' ou d’'utilisation abusive d’Internet' », explique-t-il. Et de citer l’exemple d’Amer Balousha, un journaliste gazaoui qui au beau milieu d’un été brûlant soumis aux incessantes coupures d’électricité s’est demandé sur Facebook « si les enfants de nos dirigeants dorment au sol comme nous le faisons (pour se rafraîchir, ndlr) ». Le jeune homme a aussitôt été arrêté par la Sécurité intérieure du Hamas et emprisonné pendant 15 jours.

L’objectif de cet acharnement des forces de sécurité ? Punir les voix dissidentes et faire régner la peur, explique Eric Goldstein. « Ils essaient à tout prix de calmer la population alors qu’il existe actuellement de nombreux sujets de mécontentements politiques, sociaux ou encore économiques », remarque le directeur-adjoint de la division Moyen-Orient de HRW.

Human Rights Watch pointe égalent une certaine ironie. En raison du conflit avec Israël, l’Autorité palestinienne et le Hamas sont sous les feux des projecteurs de la communauté internationale. « Les autorités palestiniennes font preuve de transparence car elles sont très attentives aux bailleurs de fond, mais sur le terrain elles adoptent des méthodes bien rodées pour intimider et démobiliser les militants.C’est totalement paradoxal, mais c’est le système qui s’est installé ici depuis 25 ans », constate Eric Golstein.

« Le prix de notre souffrance »

La myriade de services de renseignements de l’Autorité palestinienne créée dans la foulée des Accords d’Oslo est en partie financée et formée par les Etats-Unis (60 millions de dollars pour l’année 2018) et l’Union européenne. Le Qatar, l’Iran et la Turquie quant à eux soutiennent financièrement le Hamas dans la bande de Gaza. « Tous ces pays devraient suspendre leur assistance aux corps sécuritaires qui torturent les dissidents de manière systématique », estime Human Rights Watch.

« Tout cet argent, c’est le prix de notre souffrance », murmure Sami As-Sai. Depuis sa détention, le journaliste indépendant recense les violations à la liberté de la presse en Cisjordanie pour le compte d’une ONG mais affirme réfléchir à deux fois avant de critiquer publiquement le régime, « pour ne pas revivre ce cauchemar. »

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