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Liban

Liban: des relents d’inquisition contre le groupe de musique Mashrou’ Leila

Mashrou' Leila, groupe de rock alternatif libanais, lors d'un concert au Festival international Ehdeniyat.
Mashrou' Leila, groupe de rock alternatif libanais, lors d'un concert au Festival international Ehdeniyat. REUTERS/Jamal Saidi/File Photo
4 mn

L’un des groupes musicaux les plus connus du pays, Mashrou’ Leila, est au centre d’une vive polémique. Accusé de porter préjudice aux croyances religieuses chrétiennes, ce groupe qui enchaîne les tournées régionales et internationales, risque de se voir interdire de se produire dans son propre pays.

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L’incertitude plane sur le concert prévu le 9 août au prestigieux Festival international de Byblos. A l’origine de cette polémique une photo postée sur Facebook par l’un des quatre musiciens, Hamed Sinno, montrant une icône de la Vierge Marie dont le visage a été remplacé par la chanteuse américaine Madonna.

Cette photo est le point de départ mais la polémique a très vite enflée et des échanges acerbes ont enflammé les réseaux sociaux, entre partisans et adversaires de Mashrou’ Leila.

Des prêtres se sont invités dans le débat, pointant du doigt la chanson « Djinn » jugée blasphématoire. L’évêché maronite de la ville de Jbeil, où le groupe devrait se produire a exigé l’annulation du concert. Le président du Centre catholique d’information, le père Abdo Abou el-Kassem, a reproché à Mashrou’ Leila d’encourager l’homosexualité, en allusion au chanteur Hamed Sinno, qui affiche ses orientations sexuelles. 

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Le groupe s’est défendu de toute atteinte aux croyances religieuses, rappelant que ses chansons, y compris celle qui est pointée du doigt, ont déjà été chantées dans des festivals internationaux ainsi qu’au Liban, et ont regretté que certains paroles ont été « sorties de leur contexte ».

Menaces envers le groupe

Effectivement, des menaces ont été proférées contre les jeunes musiciens et des activistes se présentant comme des défenseurs des valeurs chrétiennes ont affirmé qu’ils interdiraient de force, s’il le faut, le concert du 9 août.

Cette affaire a divisé les Libanais et nombreux sont ceux qui ont dénoncé ce qu’ils appellent une atteinte à la liberté d’expression. Des partis et des personnalités politiques ont exprimé leur solidarité avec Mashrou’ Leila, appelant à la défense des libertés publiques.

L’association Human Rights Watch a pour sa part regretté que le Liban rejoigne l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie dans la censure d’un groupe musical. L’ONG a appelé le gouvernement libanais à faire en sorte que Mashrou’ Leila puisse se produire en toute sécurité. « Le Liban devrait décider ce qu’il voudrait être: un pays qui contrôle et dicte le discours public ou un lieu de tolérance et un centre pour l’art, la musique et la culture », souligne un communiqué de l’organisation.

Arrêtés par la Sûreté de l’État puis relachés

La Sûreté de l’Etat a arrêté la semaine dernière deux des musiciens qui se trouvaient au Liban. Mais la procureure du Mont-Liban a ordonné leur libération. La juge Ghada Aoun a précisé qu’il n’y aura pas de mesures supplémentaires à l’encontre du groupe et que les deux musiciens qui se trouvent à l’étranger peuvent rentrer.

Mais l’incertitude plane autour du sort du concert du 9 août. L’Eglise exige des excuses et le retrait de la chanson jugée insultante pour les croyants.

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L’issue dépendra donc de la décision des organisateurs du festival, et des membres du groupe, qui doivent tenir une conférence de presse dans les prochaines heures.

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