Irak

L'Irak s'enlise dans la crise

Des contestataires à Nadjaf, le 27 novembre 2019.
Des contestataires à Nadjaf, le 27 novembre 2019. REUTERS/Alaa al-Marjani

Depuis près de deux mois, les manifestants irakiens exigent toujours le départ de leurs dirigeants jugés incompétents et corrompus. Seule réponse apportée par les autorités jusqu’à présent : la violente répression qui a fait plus de 350 morts depuis début octobre. Deux manifestants ont été tués par balle à Bagdad.

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Kerbala, Nadjaf, Bassora. La colère s’exprime surtout dans le sud du pays. Différentes villes, mais cette même image : celle d’imposantes colonnes de fumée noire.

Les affrontements ont été violents. Les manifestants sont exaspérés. Ultime recours pour faire entendre leur voix : paralyser le pays. Des routes sont coupées, des pneus brulés, et des piquets de grève installés à l’entrée des administrations pour empêcher les fonctionnaires de rejoindre leurs bureaux, comme à Diwaniya par exemple.

Presque partout ailleurs dans ces villes du Sud, les écoles sont également fermées. Les Irakiens réclament la refonte complète de leur système politique et le renouvellement total de leur classe dirigeante considérée comme corrompue. Ces régions du Sud sont extrêmement riches en pétrole. Et pourtant leur population vit dans la misère. Principal problème des jeunes irakiens : le chômage.

A Nassiriya, l’armée tente de jouer le rôle de pacificateur afin d’éviter le bain de sang. Les manifestants accusent des miliciens liés aux partis au pouvoir de leur tirer dessus à balles réelles. « C’est le chaos à Nassiriya, témoigne un sous-officier de l’armée irakienne. Les locaux des partis politiques au pouvoir ont été incendiés. On sent beaucoup de colère et la situation est identique dans toutes autres les provinces du Sud. C’est un véritable soulèvement. Il y a une grève générale, les écoles sont fermées et les routes sont coupées. »

Et le sous-officier de poursuivre : « Nous avons été envoyés en renfort à Nassiriya. En arrivant ici dans la nuit, nous avons découvert une ville entièrement bouclée. Des barricades ont été dressées sur les principales routes et sur les principaux ponts. Notre mission est de protéger les manifestants, les bâtiments officiels et d’arrêter les casseurs qui tentent de semer le trouble. Nous devons rétablir l’ordre. Des jeunes gens sont en train de mourir. C’est inacceptable. Les manifestants exigent la démission du gouvernement et la dissolution du Parlement. Ils veulent aussi des emplois, des infrastructures qui fonctionnent... Leurs revendications sont légitimes. »

Bagdad coupée en deux

Tard dans la soirée, au terme d'une nouvelle journée meurtrière, un incendie s'est déclaré au consulat d'Iran à Najaf et les hautes flammes ont dévoré l'emblème de la République islamique sur le mur d'enceinte de la représentation diplomatique. Des centaines de jeunes criaient « Iran dehors » et « victoire à l'Irak » à l'intérieur même du complexe diplomatique, ont constaté des journalistes de l'AFP. Cet incendie dans la très symbolique ville sainte chiite de Najaf qui accueille chaque années des millions de pèlerins chiites, principalement iraniens, marque un tournant.

Certains n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour rejoindre Bagdad, le cœur de la contestation. Bagdad où le mouvement a repris de l'ampleur également, rapporte notre correspondante Lucile Wassermann.

Le centre-ville de la capitale irakienne est aujourd'hui coupé en deux. D'un côté, la place Tahrir revêt une ambiance festive, où la distribution de nourriture et les concerts attirent même les familles et de l'autre, sur les ponts, et dans la rue Al Rasheed aux abords de la place, les manifestants affrontent les forces de l'ordre et donnent des airs de ligne de front à cette rue historique de la capitale irakienne. Ici, comme dans le sud du pays, les forces de sécurité font usage de grenades lacrymogènes contre les protestataires, voire même, de balles réelles selon des témoins sur place.

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