Reportage

À Mossoul, des étudiants des beaux-arts effacent le souvenir de Daech

Les étudiants en beaux-arts de l'université de Mossoul veulent effacer les stigmates de la guerre.
Les étudiants en beaux-arts de l'université de Mossoul veulent effacer les stigmates de la guerre. RFI / Thibault Lefébure
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Au cœur de leur université largement détruite par la guerre, une douzaine d’étudiants des beaux-arts de Mossoul ont entrepris de réaliser une immense fresque colorée de 200 m2.

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Avec notre envoyé spécial à Mossoul, Noé Pignède

Au milieu des gravats et des chantiers de reconstruction, un petit groupe d’artistes, pinceaux en mains, escaladent un échafaudage d’une dizaine de mètres. Les couleurs vives tranchent avec le gris des murs encore criblés de balles.

« Les terroristes nous avaient interdit de peindre. Nous devions nous cacher et cacher nos oeuvres, raconte Saleh Hama, la trentaine. Ils voulaient tuer notre humanité, mais ils n’ont pas réussi. Dès que Daech a été vaincu, l’art a refait surface d’une manière encore plus belle. Regardez cette fresque, c’est un message au monde entier pour dire : nous sommes toujours là ! Il y a toujours de l’art en Irak et à Mossoul. »

Deux ans et demi après la chute du groupe État islamique, les habitants de Mossoul peinent à reconstruire leur ville. La moitié de la ville, ancienne capitale irakienne de l’organisation terroriste, a été détruite par les combats et les bombardements de l’aviation internationale. Son patrimoine vieux de plusieurs centaines d’années a été réduit en cendres. Autrefois haut lieu de culture, Mossoul tente aujourd'hui de faire renaître sa scène artistique.

Une bombe orange à la main, Tamara Muntazar, 23 ans, dessine des motifs inspirés de l’architecture de la vieille ville de Mossoul. Privée d’études pendant l’occupation des terroristes, la jeune fille voit désormais sa peinture comme un acte militant. « Je veux montrer que les femmes ont leur place en Irak. Nous sommes fortes ! Nous avons des rêves, du pouvoir, des passions. Être une femme artiste ne devrait pas être un problème. Pour vaincre l’idée de Daech et détruire l’extrémisme, nous devons continuer de faire de l’art. Car lorsque nous travaillons, nous, les artistes, que nous créons, la vie revient. À Mossoul, l’art nous rendra plus forts. »

Depuis la chute de l’organisation État islamique, les 500 étudiants des beaux-arts de Mossoul ont pu reprendre les cours. Ils rêvent désormais de colorer d’autres murs de leur ville pour effacer les stigmates de la guerre.

Ecoutez le reportage: les graffeurs de Mossoul

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