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Analyse

Syrie: la guerre gagnée, Assad pourra-t-il remporter la paix?

Qousair, 5 juin 2013. Des forces loyales à Bachar el-Assad célèbrent la reprise de la ville aux rebelles.
Qousair, 5 juin 2013. Des forces loyales à Bachar el-Assad célèbrent la reprise de la ville aux rebelles. REUTERS/Mohammed Azakir/File Photo
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Dix ans après le début de la crise en Syrie, ce conflit, qualifié par les organisations internationales de « pire catastrophe humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale », continue de faire des milliers de victimes et des centaines de milliers de déplacés. Aucune solution politique ne pointe à l’horizon.

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De notre correspondant à Beyrouth

Lorsque des manifestants réclamant davantage de démocratie et de liberté envahissent, en mars 2011, les grandes villes de Syrie, dans le sillage du printemps arabe, la plupart des experts et des gouvernements occidentaux prévoient la chute rapide du président Bachar el-Assad.

Il faut reconnaitre que les arguments plaidaient en leur faveur. Au bout de quelques mois, le mouvement de contestation a commencé à se militariser avec la création de l’Armée syrienne libre (ASL), essentiellement composée d’officiers et de soldats dissidents. L’afflux de combattants venus du monde entier est venu grossir les rangs des diverses brigades de l’opposition armée, soutenues par des puissances régionales, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie ou la Turquie, aux intérêts souvent divergents.

Dès 2012, une forte composante islamiste apparaît, très vite contrôlée par un mouvement jihadiste, le Front al-Nosra (rebaptisé Fatah al-Cham puis Hayaat Tahrir al-Cham). Ce groupe a été fondé par un Syrien, Abou Mohammad al-Joulani, dépêché en Syrie par le chef de la branche irakienne d’al-Qaïda, Abou Bakr al-Baghdadi.

Saignée par de lourdes pertes et défections et handicapée par un manque d’effectifs, l’armée syrienne, fortement idéologisée et restée en grande partie fidèle au président Assad, commence à perdre du terrain. La mort dans un attentat, le 18 juillet 2012, de plusieurs généraux syriens, dont le ministre de la Défense et le chef de la cellule de crise, précipite le repli du pouvoir syrien vers les grandes villes et l’abandon de vastes zones rurales du pays. En 2013, l’armée syrienne se battait sur des fronts situés à 1 kilomètre seulement du centre historique de Damas. La capitale était entourée de bastions rebelles, le plus célèbre étant la Ghouta orientale, les principales voies de communication étaient coupées, le territoire, contrôlé par le régime était morcelé et ne représentait plus que 12% du pays.

Le pouvoir central perd le contrôle des frontières

Les frontières passent progressivement sous contrôle rebelle. Au nord, des groupes proches de la Turquie ; au sud, des brigades entraînées en Jordanie par les pays occidentaux, entretenant des liens discrets avec Israël. À l’est, un nouvel acteur apparait dès 2013. Le groupe État islamique autoproclame, après s’être affranchi de la tutelle d’al-Qaïda, un califat qui s’étendra sur la moitié de la Syrie, avec Raqqa comme chef-lieu, et le tiers de l’Irak, avec Mossoul comme capitale, à partir de juin 2014.  

Croyant la fin du régime proche, les puissances régionales commencent à se disputer les zones d’influence. La Turquie et le Qatar soutiennent les mouvements qui tournent dans l’orbite des Frères musulmans syriens. L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis appuient des groupes d’obédience wahhabite ou des brigades rebelles issues de l’ASL, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ces divisions provoquent souvent des combats meurtriers entre factions rivales et les coalitions politiques et autres rassemblements, créés avec la bénédiction de Paris, Washington, Riyad et Ankara, par des personnalités aux horizons divers, et censés représenter « l’opposition », n’ont qu’une modeste influence sur les brigades armées qui tiennent le terrain.

La lente reconquête du territoire par le pouvoir syrien commence au printemps 2013, près de la frontière syro-libanaise. Avec le soutien actif du Hezbollah libanais et de Gardiens de la révolution iranienne, l’armée syrienne remporte sa première grande victoire à Qoussair, en juin.

Malgré cette contre-attaque, qui permet de sécuriser au bout de quelques mois une grande partie de la frontière syro-libanaise et de couper les lignes de ravitaillement des rebelles vers Homs, la troisième ville du pays, l’armée syrienne est en difficulté dans d’autres régions. Contrainte de se battre sur des dizaines de fronts, manquant d’effectifs, elle continue de se replier vers certaines zones, abandonnant de vastes territoires à ses ennemis. Au printemps 2015, la situation semble critique.

C’est à ce moment-là que la Russie décide de s’impliquer directement dans le conflit.

L’intervention décisive de la Russie

Exploitant une conjoncture internationale qui lui semble favorable, Vladimir Poutine envoie son aviation et ses instructeurs militaires en Syrie. Conjuguant ses efforts avec les Russes, qui assurent une couverture aérienne et un conseil stratégique, les Iraniens, qui réorganisent les troupes et milices paramilitaires pro-gouvernementales en créant l’Armée de défense nationale (ADN, 80 000 hommes) et le Hezbollah, qui offre son savoir-faire militaire, l’armée syrienne commence alors une reconquête méthodique du pays. L’est d’Alep est repris, les rebelles sont progressivement chassés des banlieues de la capitale, Daraa, le berceau de la révolte, revient dans le giron de l’État.

L’armée syrienne ouvre aussi un front contre le groupe État islamique, en reprenant les villes de Palmyre (centre) et Deir Ezzor (est).

Plus de cinq ans après l’intervention de la Russie, le pouvoir syrien contrôle 70% du territoire que les frontières du pays avec la Jordanie, le Liban et une partie de celles avec l’Irak.

Au fil du temps, les acteurs locaux et régionaux sont évincés, les uns après les autres. Même les États-Unis, qui s’étaient directement engagés dans l’est aux côtés des milices kurdes contre le groupe État islamique, ont annoncé leur intention de quitter le pays. Ils ne maintiennent plus que 800 soldats, essentiellement déployés autour des puits de pétrole, dans le nord et l’est, pour empêcher l’armée syrienne de les reprendre afin de priver Damas de précieuses ressources énergétiques et financières.

Bachar al-Assad revient de loin. Seuls Idleb, dont il a récupéré la moitié à la faveur de l’offensive de décembre 2019-février 2020, et une partie de l’est lui échappent encore. Il n’a plus en face de lui qu’un seul acteur régional, la Turquie, dont la capacité d’influence est limitée par les manœuvres diplomatiques et militaires de la Russie.

Dix ans après le début du conflit, qui a fait selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme 384 000 morts et 11 millions de déplacés, le président syrien est toujours dans sa capitale. Mais il règne sur un pays meurtri, avec une infrastructure détruite et une économie dévastée. S’il a pratiquement gagné la guerre, comme l’admettent même ceux qui prévoyaient sa chute, il lui reste, maintenant, à reconstruire le pays. Un objectif qui pourrait s’avérer plus difficile que la bataille militaire.

Un homme tient son bébé dans les bras après qu'il ait été sauvé de décombres causées par un bombardement, à Alep le 14 février 2014.
Un homme tient son bébé dans les bras après qu'il ait été sauvé de décombres causées par un bombardement, à Alep le 14 février 2014. REUTERS/Hosam Katan/File Photo

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