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Série

Les monarchies du Golfe face au coronavirus

Des soignants volontaires passent un portique de stérilisation installé pour désinfecter chaque personne qui entre ou qui sort du quartier de Naif à Dubaï, le 15 avril 2020.
Des soignants volontaires passent un portique de stérilisation installé pour désinfecter chaque personne qui entre ou qui sort du quartier de Naif à Dubaï, le 15 avril 2020. AFP/Karim Sahib

Plus de 130 000 cas positifs au Covid-19 ont été recensés par les autorités des six monarchies arabes réunies au sein d'une organisation régionale de coopération. Mais, le taux de létalité lié à la maladie reste très faible. Grâce, notamment, à une stratégie précoce axée sur le dépistage.

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De notre correspondant à Dubaï,

Dans le Golfe, le premier cas confirmé de Covid-19 a été rapporté par les autorités des Émirats arabes unis le 29 janvier 2020. Une femme âgée de 73 ans et originaire de Wuhan, en Chine, avait en effet été diagnostiquée positive au coronavirus dans ce pays carrefour du commerce mondial.

Le Koweït, Bahreïn, Oman, le Qatar, puis l'Arabie saoudite ont ensuite annoncé successivement leurs premiers cas un mois plus tard. Selon les autorités, ces patients zéro ont tous voyagé en Iran – le principal foyer de contamination de la maladie au Moyen-Orient – avant de rentrer dans leur pays.

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Face à la propagation du virus, les six monarchies réunies au sein du Conseil de coopération du Golfe et aux caractéristiques politiques, économiques et démographiques similaires, ont apporté une réponse immédiate.

Une réponse immédiate

Dès l'annonce des premiers cas positifs, les États du Golfe ont tout d'abord adopté des mesures préventives comme la fermeture des écoles aux Émirats arabes unis le 8 mars. Les monarchies se sont ensuite progressivement barricadées. Le Koweït et l'Arabie saoudite ont été les premiers à le faire avec la suspension de tous les vols internationaux à compter de la mi-mars.

Puis, un confinement de la population plus ou moins strict a été acté fin mars. Aux Émirats arabes unis, un « programme national de désinfection » des espaces publics empêchait les résidents de la fédération de sept micro-États de circuler librement la nuit dans un premier temps. Ce confinement est devenu total à partir du 4 avril.

Pour imposer le respect de ces mesures à leurs résidents, les pays du Golfe ont instauré de lourdes sanctions. Au Koweït, toute personne transgressant le couvre-feu est par exemple condamnée à une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et à une amende de 10 000 dinars koweïtiens, soit environ 30 000 euros.

C'est à l'approche du mois sacré de ramadan, le 24 avril, que les mesures de confinement ont été progressivement assouplies. Même si les lieux de culte restent fermés au grand public dans tous les pays du Golfe, les centres commerciaux ont quant à eux rouvert, comme le célèbre Dubaï Mall des Émirats arabes unis. Les autorités émiriennes ont aussi mis en place une amende de 1 000 dirhams – soit environ 250 euros – si le masque de protection requis dans les espaces publics n'est pas porté correctement (s'il ne recouvre pas le nez et la bouche, NDLR). Au Qatar, les amendes pour non port du masque s'élèvent quant à elles à 51 000 euros et les contrevenants risquent jusqu'à 3 ans de prison.

Car dans le Golfe, le nombre de nouveaux cas positifs au Covid-19 enregistré quotidiennement est en constante progression. Au total, plus de 130 000 cas ont été recensés dans cette région du monde. L'Arabie saoudite, où la population est la plus importante, est le premier foyer de contamination avec plus de 50 000 cas positifs et aussi plus de 300 décès liés à la maladie.

Un taux de létalité très faible

Cependant, le taux de létalité – c’est-à-dire la proportion de décès liés à la maladie par rapport au nombre total de cas atteints par celle-ci – reste très faible dans la région. Celui-ci est en effet inférieur à 1%. Le Qatar, qui a enregistré plus de 30 000 cas positifs, comptabilise par exemple moins de 20 décès liés à la maladie. Le royaume de Bahreïn déplore, quant à lui, 12 décès sur un total d'environ 7 000 contaminations.

Selon le docteur Amgad ElKholy, en charge de la prévention du risque infectieux pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les pays membres du Conseil de coopération du Golfe « ont renforcé leurs capacités en réponse au MERS-CoV », le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient. Cette maladie apparue en 2012 en Arabie saoudite et qui se transmet de l'animal – chameaux et dromadaires – à l'homme, aurait en effet permis aux systèmes de santé des États du Golfe d'améliorer leur expertise en matière « d'identification des cas, de prise en charge dans les hôpitaux et aussi de prévention ».

L'un des éléments majeurs de la stratégie des pays du Golfe a d'ailleurs été le dépistage du Covid-19. Les Émirats arabes unis ont par exemple conduit plus d'un million de tests sur une population totale d'environ neuf millions d'habitants. « Nous devons tester, tracer et agir le plus rapidement possible afin de détecter le virus », avait déclaré la porte-parole du gouvernement émirien le 26 avril dernier.

Les travailleurs immigrés dans l'œil du cyclone

Des travailleurs immigrés, qui vivent souvent dans des logements surpeuplés propices à la propagation rapide de la maladie, ont pu bénéficier pour certains du dépistage. Mais en dépit de cette stratégie, les millions de travailleurs immigrés souffrent des conséquences de l'épidémie.

L'ONG Amnesty International a d'ailleurs épinglé à plusieurs reprises les pays du Golfe depuis le début de la crise sanitaire. « Les États du Golfe doivent veiller à ce que les travailleurs immigrés ne soient pas davantage marginalisés », avait alors demandé l'ONG. Amnesty International a aussi lancé le 30 avril dernier une campagne pour que les gouvernements et les employeurs respectent « l'accès des travailleurs immigrés aux soins de santé, à un logement convenable, à la sécurité sociale et à des conditions de travail équitables ».

Dans ce contexte, l'Inde – grand pourvoyeur d'une main-d’œuvre bon marché – a lancé le 7 mai une vaste opération de rapatriement de ses ressortissants bloqués dans le Golfe. En seulement quelques jours, plus de 400 000 citoyens indiens se sont enregistrés sur une plate-forme en ligne dédiée. Aux Émirats arabes unis, près du tiers des 200 000 inscrits déclaraient avoir perdu leur emploi.

Un avenir incertain

Cette main-d'œuvre essentielle aux économies des pays du Golfe a en effet pâti des mesures de confinement ayant entraîné un ralentissement inévitable de l'activité économique.

Même si ces pays tentent de coordonner leur action au sein du Conseil de coopération du Golfe en adoptant de nombreuses mesures financières pour atténuer les répercussions, tous les États ne sont pas sur le même pied d'égalité.

La fragile économie du sultanat d'Oman, par exemple, est bien moins armée que celle de ses voisins. Car le pays fait déjà face à une situation financière critique depuis 2014. Il s'agit donc là du premier défi majeur pour le nouveau sultan Haitham ben Tarek al-Saïd qui a succédé à son cousin le 11 janvier 2020. Le Bahreïn devrait aussi s'en sortir plus difficilement que ses voisins. Manama a néanmoins adopté un ensemble de mesures variées pour soutenir son économie.

L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar sont dans une situation, certes, plus favorable financièrement. Mais là encore, l'avenir est incertain.

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