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Coronavirus: au Qatar, l'application de traçage des malades soulève des inquiétudes

Au Qatar, le port du masque est obligatoire sous peine de lourdes sanctions.
Au Qatar, le port du masque est obligatoire sous peine de lourdes sanctions. KARIM JAAFAR / AFP
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Sur fond de crise sanitaire mondiale, plusieurs pays déploient des applications de traçage, autrement dit de localisation et de suivi des porteurs du coronavirus. Mais quid du respect des données personnelles et de la vie privée ? Au Qatar, ces questions se posent également. 

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Baptisée « Ihtiraz » (« prendre ses précautions » en français), l’application est jugée très intrusive par certains Qatariens. Citoyens et résidents doivent obligatoirement la télécharger. Et gare aux contrevenants, qui risquent des peines de prison.

Pourtant dès le départ, les autorités qatariennes ont tenté de rassurer. Il y a quelques jours, Lolwa al-Khater, à la tête de la cellule de crise sanitaire du petit émirat, est même apparue dans une vidéo pour vanter l’efficacité de cette application.

Indignation

Simple d’utilisation, l'objectif de celle-ci est de lutter contre la propagation du coronavirus. Quatre codes couleurs : vert, gris, jaune et rouge, cela va donc de l’absence de symptômes, aux personnes testées positives en passant par les cas suspects.

Grâce aux signaux Bluetooth, les smartphones communiquent entre eux et signalent l’état de santé de chacun. Mais cette application du gouvernement ne s’arrête pas là. En l’installant sur Androïd, on lui autorise l’accès aux galeries photos et vidéos et même aux appels.

Incompréhension et indignation sur les réseaux sociaux. Certains Qatariens dénoncent un véritable scandale. Et certains cherchent à contourner l'interdiction, explique l'opposant Khalid al-Hail. « Pour éviter que les autorités accèdent à leur données personnelles, certains Qatariens ont téléchargé l’application sur un téléphone neuf, vierge, sans aucun contenu. Parce qu’à travers cette application les autorités peuvent vous écouter, enregistrer vos déplacements et savoir qui vous avez rencontré. »

« Extrêmement envahissante »

Hiba Zayadin, chercheuse pour Human Rights Watch (HWR), soulève deux problèmes. D'abord, « de nombreux travailleurs migrants dans le pays n'ont pas de téléphones compatibles qui leur permettraient de télécharger l'application ».

Ensuite, « l'application est extrêmement envahissante avec un éventail d'autorisations permettant au gouvernement d'accéder à des choses qui ne sont pas nécessaires pour tracer les contacts [...] et qui représentent une inquiétante atteinte à la vie privée », ajoute Mme Zayadin.

Une analyse partagée par, l'opposant Khalid al-Hail. « Cette application viole votre intimité. Dans n’importe quel pays, dans n’importe quelle société la vie privée est une chose sacrée. Donc dire aux gens : téléchargez l’application ou vous serez emprisonnés est juste inacceptable. Aujourd’hui au Qatar, un policier a le droit de contrôler votre téléphone portable pour vérifier si vous avez bien téléchargé l’application. »

Les mesures prises par ce petit émirat gazier pour contenir la pandémie sont parmi les plus strictes au monde. Une personne ne portant pas de masque de protection en public peut écoper d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison.

Environ 44 000 des 2,75 millions d'habitants ont officiellement été testés positifs à la maladie Covid-19, soit 1,6% de la population, et 23 décès ont été recensés.

Cette application viole votre intimité. Dans n’importe quel pays, dans n’importe quelle société la vie privée est une chose sacrée.

Khalid Al Hail, opposant, président de Qatar National Democratic Party

(Avec AFP)

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