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Fariba Adelkhah, un an derrière les barreaux en Iran

Fariba Adelkhah
Fariba Adelkhah AFP

Cela fait un an que la chercheuse franco-iranienne est en prison. Le 5 juin 2019, l’anthropologue était arrêtée en même temps que le chercheur français Roland Marchal. Celui-ci a depuis été libéré mais Fariba Adelkhah a été condamnée à une peine de cinq ans et à une autre d’un an de prison. La France dénonce un verdict « politique » et demande la libération de la chercheuse. Que sait-on de la situation de Fariba Adelkhah, un an après son arrestation ?

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« Il y a les jours où vous êtes prêts à vous battre contre le monde entier pour rétablir la vérité et obtenir vos droits. Et puis il y a d’autres jours où vous avez un sentiment d’abandon et où se poser la question du dehors devient assez douloureux. » Roland Marchal se souvient de ses variations d’humeur pendant ses neuf mois de détention et aujourd’hui, il imagine que son amie et collègue Fariba Adelkhah traverse les mêmes moments, dans sa cellule de la prison d’Evin dans le nord de Téhéran.

Lors des contacts qu’elle peut avoir avec ses proches, la chercheuse franco-iranienne âgée de 61 ans explique qu’elle ne subit pas de mauvais traitements. Mais elle souffre encore des conséquences de la grève de la faim de 49 jours qu’elle a observée de décembre à février. Alors que l’épidémie de Covid-19 est toujours extrêmement virulente en Iran, les proches de Fariba Adelkhah s’inquiètent pour sa santé, même si des informations rassurantes leur sont parvenues sur les mesures de précautions prises par l’établissement pénitentiaire.

« En détention, Fariba Adelkhah continue son métier de chercheuse, raconte Béatrice Hibou, chargée de recherches au CNRS et qui anime son comité de soutien, elle écrit, elle lit et elle s’occupe de la bibliothèque de la prison. » L’anthropologue spécialiste du chiisme reçoit des visites de sa famille iranienne mais aucun diplomate français n’a pu la rencontrer, car la République Islamique ne reconnaît pas la double nationalité et refuse donc toute visite consulaire.

« Graciable sans que chacun perde la face »

Le procès de Fariba Adelkhah s’est achevé le mois dernier sur une condamnation pour chacun des deux chefs d’inculpation qui pesaient sur elle. Cinq ans de prison pour « collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale » et un an de prison pour « propagande contre le système ». Mais selon son avocat iranien, Fariba Adelkhah ne purgerait que la peine la plus longue, cinq ans donc. Pour Béatrice Hibou, ce verdict est « une condamnation du métier de chercheur. Fariba Adelkhah est anthropologue, elle n’a fait que son métier et d’ailleurs, dans les accusations, il n’est fait mention que de son travail. »

« Un appel doit se dérouler pendant l’été. Puis un autre devant la Cour Suprême », espère quant à lui Roland Marchal. Pour ce dernier, le procès et la condamnation ont débouché sur une nouvelle phase : « Vous avez changé de statut, vous n’êtes plus en instruction et donc vous êtes graciable sans que personne ne perde la face. »

Tensions géopolitiques

Après l’arrestation des deux chercheurs français le 5 juin 2019, la France n’a pas immédiatement rendue publique l’information. Les confirmations et les appels à leur libération sont venus en juillet pour Fariba Adelkhah et en octobre pour Roland Marchal. Aujourd’hui, Paris exige « une libération immédiate » de l’anthropologue. Dans un communiqué publié ce vendredi matin 5 juin, le ministre français des Affaires étrangères dénonce « le procès sans aucun élément sérieux et qui revêt un caractère politique » et mentionne « l’impact négatif » de cette affaire sur la relation entre la France et l’Iran.

Si cette affaire complique la relation entre Paris et Téhéran, elle trouve également son origine dans les tensions géopolitiques autour de l’Iran. Le climat s’est dégradé depuis 2018 avec le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire et le rétablissement des sanctions américaines asphyxiant l’Iran. Le cas de Fariba Adelkhah n’est pas isolé, puisque la chercheuse anglo-australienne Kylie Moore-Gilbert est emprisonnée en Iran, où elle a été condamnée à dix ans de prison pour espionnage. Son arrestation avait été confirmée en septembre 2019 mais, selon sa famille, elle a été incarcérée plusieurs mois auparavant. Elle a toujours nié être une espionne.

Scénario de l'échange

Arrêté en même temps que Fariba Adelkhah, Roland Marchal a été libéré au mois de mars dernier, au moment où un Iranien détenu en France faisait le voyage dans l’autre sens. Jalal Rohollahnejad avait été arrêté sur le sol français sur requête des États-Unis qui demandaient son extradition, l’accusant d’avoir tenté de violer les sanctions américaines visant l’Iran. Paris a préféré le renvoyer à Téhéran pour obtenir le retour de Roland Marchal.

Ce scénario de l’échange se répète régulièrement depuis plusieurs mois : entre Iran et Allemagne en février dernier et même entre États-Unis et Iran malgré le haut degré d’hostilité entre les deux pays. Ces dernières heures, Américains et Iraniens ont ainsi procédé à un nouvel échange de prisonniers : Michael White, un ex-militaire de la marine américaine arrêté en juillet 2018 en Iran, sera « très bientôt auprès de sa famille en Amérique », a déclaré dans un tweet Donald Trump, qui a remercié l’Iran. Au même moment, Téhéran a fait savoir qu'un scientifique iranien, Majid Tahéri, emprisonné en Amérique « pour des raisons fallacieuses », avait été libéré par Washington.

Si un tel échange devait permettre le retour de Fariba Adelkah, reste à savoir quel citoyen iranien pourrait être concerné en retour. Il est probable que Téhéran souhaite obtenir la libération d’un de ses ressortissants soupçonné d’avoir planifié l’attentat déjoué contre le rassemblement des Moudjahidines du Peuple (une organisation d’opposants iraniens en exil) en juin 2018. Mais Assadollah Assadi a été arrêté en Allemagne avant d’être extradé en Belgique, où il est désormais incarcéré dans l’attente d’un procès.

À écouter : Condamnation de Fariba Adelkhah en Iran: «Elle n'a jamais fait autre chose que son métier»


► À l’occasion de ce triste anniversaire, Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix, soutient la chercheuse Fariba Adelkhah dans un message relayé par Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), et Frédéric Mion, directeur de Sciences Po.

Shirin Ebadi : «Je souhaite la libération de madame Adelkhah»

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