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Dialogue stratégique Irak-États-Unis: Bagdad entre le marteau et l’enclume

Le nouveau Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi est perçu comme proche des Américains.
Le nouveau Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi est perçu comme proche des Américains. Iraqi Prime Minister Media Office/Handout via REUTERS

De quelle marge de manœuvre l’Irak dispose-t-elle alors qu'a débuté ce jeudi 11 juin le dialogue stratégique entre Bagdad et Washington ? L’objectif de ces discussions est de redéfinir les relations entre les deux pays, avec une question centrale : la présence des troupes américaines en Irak. Ce dialogue se déroule également sous l’œil méfiant des Iraniens.

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Depuis des années, l’Irak est au cœur d’une lutte d’influence. D’un côté, les Américains ; de l’autre, les Iraniens. Chacun défend ses propres intérêts : pétroliers, économiques, présence militaire ou idéologique. Face à cela, les responsables irakiens ont les mains liées. « On ne peut pas dialoguer d’égal à égal avec les Américains », regrette Ihssan Shamary, professeur de Sciences politiques à l’université de Bagdad. « Les États-Unis sont une grande puissance qui contrôle déjà en partie l’Irak. Le Premier ministre irakien doit jouer à l’équilibriste. Mostafa Al Kazimi ne doit pas apparaitre comme l’ennemi de l’Iran, et en même temps il ne doit pas passer pour un responsable inféodé aux Américains », analyse ce spécialiste.

Téhéran met Bagdad sous pression

En prévision du dialogue stratégique entamé ce jeudi entre Bagdad et Washington, des responsables iraniens ont multiplié les visites en Irak ces dernières semaines. Esmail Qaani, chef de la force Al Qods, l'unité d’élite chargée des opérations extérieures de l’Iran, s’est rendu à Bagdad, pour une visite officielle, la première du genre. Le nouvel homme fort de l’Iran est le remplaçant du général Qassem Soleimani, éliminé par les Américains fin 2019 près de l’aéroport de Bagdad.

« À travers cette visite, Téhéran met clairement les responsables irakiens sous pression », explique Firas Elias, expert des relations Iran-Irak. « L’Iran dit aux autorités irakiennes : "profitez de ce dialogue stratégique pour exiger le départ des troupes américaines présentes sur votre territoire" », décrypte le jeune chercheur. « Malheureusement, l’Irak n’a ni souveraineté, ni pouvoir décisionnel. Et l’Iran dispose d’un bras armé dans notre pays : les milices chiites irakiennes. Si ce dialogue stratégique prend une tournure qui ne convient pas à Téhéran, Téhéran peut provoquer le chaos en Irak », redoute-t-il. Ces milices chiites parrainées par l’Iran ciblent régulièrement les positions américaines, comme l’ambassade des États-Unis, située dans la zone verte à Bagdad.

« Qu’ils aillent s’entretuer ailleurs »

Depuis le mois d’octobre la rue irakienne crie haut et fort sa volonté « d’indépendance ». L’une des principales revendications de la jeunesse est le départ de toutes les forces étrangères présentes en Irak. « Américains et Iraniens, profitent des richesses de notre pays », dénonce Ali depuis Bassora. Cette ville pétrolière du sud du pays est l’un des berceaux de la contestation populaire irakienne.

Toutefois le jeune protestataire prône la prudence. « Les troupes américaines doivent quitter l’Irak, mais leur départ doit se faire par le dialogue, pas par la force », affirme le trentenaire. « La présence iranienne est plus complexe. L’Iran a levé sur notre territoire une armée composée de citoyens irakiens qui sont à sa solde. Le guide suprême iranien veut faire la guerre aux Américains sur notre sol mais en cas de conflit ce sont les Irakiens qui seront tués. Qu’ils aillent s’entretuer ailleurs », s’emporte le jeune homme.

Un dialogue sans espoir ?  

Crise sanitaire oblige, ce dialogue stratégique entre Bagdad et Washington s’est déroulé via visioconférence. Personne ne sait combien de temps dureront exactement ces discussions. L’idée est de rouvrir un canal de communication entre l’Irak et les États-Unis. Leur relation s’est beaucoup dégradée, surtout lors du mandat du précédent Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi, considéré par certains spécialistes irakiens comme « l’homme de Téhéran ». Le nouveau chef du gouvernement Moustafa al-Kazimi est quant à lui perçu comme proche des Américains. Mais il y a peu de chance que ce processus de dialogue débouche sur un changement quelconque.

Les troupes américaines sont revenues en Irak en 2014, à la demande de Bagdad afin de lutter contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Washington compte aujourd’hui plus de 5 000 hommes dans le pays. L’Iran, de son côté, ne fait que conforter sa présence en Irak. Même si officiellement les milices chiites ont été intégrées à l’armée irakienne sous l’autorité du Premier ministre, dans les faits elles reçoivent leurs ordres directement de Téhéran. Elles contrôlent aussi bien la vie politique, économique que sociale du pays.

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