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Opération turque en Irak: «Une convergence objective d’Ankara, d’Erbil et de Bagdad»

Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar (C) lors de la réunion du commandement des forces armées turques à Ankara pendant l'opération militaire «Griffe du tigre», le 17 juin 2020.
Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar (C) lors de la réunion du commandement des forces armées turques à Ankara pendant l'opération militaire «Griffe du tigre», le 17 juin 2020. Handout / TURKISH DEFENCE MINISTRY / AFP
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La Turquie a lancé tôt ce mercredi matin 17 juin, une opération terrestre et aérienne « Griffe du tigre » contre des rebelles kurdes du PKK dans le nord de l’Irak. Cette offensive est la troisième du genre. Les forces armées turques sont déjà actives en Syrie et en Libye et leurs navires maintiennent la pression dans l’est de la Méditerranée, provoquant l’inquiétude de la France notamment.

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À l’aube, des commandos militaires turcs soutenus par des chasseurs, des hélicoptères d’attaque et des drones armés et non armés ont pénétré dans la région irakienne de Haftanin, à une quinzaine de kilomètres de la frontière turque.

Le ministère turc de la Défense affirme que cette opération est lancée en « légitime défense » contre les forces du PKK. Le Parti des travailleurs du Kurdistan est aujourd’hui moins actif sur le sol turc, mais il a conservé des bases dans le nord de l’Irak.

Les autorités turques justifient leur opération par une « recrudescence récente des attaques contre les commissariats et les bases militaires » situés près de la frontière irakienne. L’offensive a été précédée d'un intense bombardement d'artillerie.

À lire aussi : Irak: la Turquie lance une vaste opération militaire contre les rebelles kurdes

« Il s’agit d’attaquer le PKK dans ses positions actuelles en Irak qui ne sont pas simplement les positions traditionnelles dans les montagnes de Kandil, sa véritable base arrière, mais dans des nouvelles positions qu’il a acquises dans le cadre des conflits qui se sont déroulés contre l’organisation État islamique, que ce soit en Irak ou en Syrie. La logique est d’éloigner le PKK de ses frontières et en particulier du Sinjar », explique Jean Marcou, titulaire de la Chaire Méditerranée-Moyen-Orient de Sciences Po Grenoble.

Le président Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas encore exprimé sur cette opération, mais sa position est connue : il a plusieurs fois menacé ces dernières années de « s'occuper » du PKK dans le nord de l'Irak si Bagdad n'était « pas en mesure de le faire ».

La réaction irakienne est assez mesurée, timide, estiment certains observateurs. L'ambassadeur turc a été convoqué au ministère irakien des Affaires étrangères hier, c’est-à-dire avant l’opération lancée ce mercredi matin. Mais c’est le vice-ministre des Affaires étrangères qui a remis une lettre de protestation à l'ambassadeur turc, alors qu'habituellement c'est le ministre en personne qui s'en charge.

L’Irak dénonce une violation de la souveraineté et proteste contre des frappes menées par l'aviation turque sur des positions du Parti du travailleurs du Kurdistan sur le sol irakien cette semaine, qui ont « terrorisé la population ». Quant à l’incursion turque de ce mercredi matin, ni la région autonome kurde d’Irak du Nord ni Bagdad n’y ont officiellement réagi. « Cette opération est sans doute menée avec l’accord tacite de Bagdad, note Jean Marcou. Le gouvernement kurde irakien a clairement dit qu’il souhaitait le départ du PKK du Sinjar. Il y a une convergence objective à la fois d’Ankara, d’Erbil et de Bagdad ». Le chef des renseignements turcs était d’ailleurs il y a trois jours dans la capitale irakienne.

Pourquoi une telle démonstration de force ?

La volonté d’avoir du poids dans la région, bien sûr, des ambitions énergétiques en Méditerranée également, mais aussi des facteurs de politique intérieure. La récession économique se profile, le président turc perd de sa popularité au fil des sondages, son parti l’AKP est critiqué et a perdu des mairies aussi symboliques que celle d’Istanbul aux dernières élections municipales. Il joue donc sur la fibre nationaliste : « intervenir contre les Kurdes ça flatte toujours l’égo nationaliste d’une partie de l’électorat », résume Jean Marcou.

Pour autant, sa stratégie de l’affrontement et sa posture expansionniste ne sont pas toujours vue d’un bon œil par une partie de la population turque, « inquiète du fait que la Turquie ne se fait pas que des amis », poursuit le chercheur. Mais profitant d’une fenêtre d’opportunités, le chef de l’État turc avance ses pions.

« Il y a une stratégie de puissance, de renforcement de l’armée, d’exportation de matériel militaire, d’influence sur d’autres continents comme l’Afrique », explique Jean Marcou.

► À écouter aussi : Turquie: le retour?

En Libye, la Turquie intervient via des supplétifs syriens en soutien au gouvernement d'entente nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu a d’ailleurs effectué une visite surprise à Tripoli ce mercredi même, avec le ministre turc des Finances.

À lire aussi : Libye: les enjeux de l’initiative militaire turque

Grâce à un accord conclu avec le gouvernement Sarraj la Turquie peut revendiquer de vastes zones en Méditerranée orientale riches en hydrocarbures, ce qui est vu d’un très mauvais œil par la Grèce et Chypre.

Les tensions sont aussi vives avec la France. Florence Parly la ministre des Armées, devait « mettre les points sur les i » sur « l'attitude turque dans le conflit libyen », lors de la réunion des ministres de la Défense de l’Alliance atlantique aujourd’hui et dénoncer une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques à l’égard d’un navire français participant à une mission de l'Otan en Méditerranée.

Ces dernières semaines, les tensions sont vives entre Paris et Ankara sur le dossier libyen. La France jugeant « inacceptable » l'interventionnisme turc, la Turquie rétorquant que la France était à ses yeux le principal « obstacle » à la paix en Libye.

► À lire aussi : Libye: la tension monte au sein de l’Otan entre la France et la Turquie

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