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Mobilisation inédite contre la peine de mort en Iran

Saïd Tamdjidi, 28 ans, Mohammad Radjabi, 26 ans, et Amirhossein Moradi, 26 ans.
Saïd Tamdjidi, 28 ans, Mohammad Radjabi, 26 ans, et Amirhossein Moradi, 26 ans. Amnesty international
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Alors que la Cour suprême iranienne a confirmé la condamnation à mort de trois jeunes pour leur participation aux manifestations de novembre 2019, le hashtag « n’exécutez pas » a été largement diffusé sur les réseaux sociaux. Mardi 14 juillet, il faisait partie des six mots-dièse les plus utilisés dans le monde.

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« N’exécutez pas nos jeunes », « Monsieur le juge, il n’ont pas encore réalisé leurs rêves. Serait-il possible que vous ne les " exécutiez pas ? "», peut-on lire sur Twitter depuis la confirmation, mardi 14 juillet, de la condamnation à mort de trois jeunes qui avaient participé aux manifestations de novembre 2019 contre la dégradation de la situation économique, la corruption et la répression politique. Âgés de moins de trente ans, Amir Hossein Moradi, Mohammad Rajabi et Saeid Tamjidi ont été condamnés à mort en février dernier. En juin, Gholam Hossein Esmaili, porte-parole du pouvoir judiciaire, a affirmé qu’ils « avaient des liens avec des groupes à l’étranger ».

Pour Karim Lahidji, président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le régime essaie de faire passer ces jeunes pour des « voyous » ou des « terroristes » qui seraient à l’origine des affrontements entre la population et les Gardiens de la Révolution.

En novembre 2019, les Iraniens étaient descendus dans les rues pour protester contre la hausse du prix de l’essence. Rapidement, les protestations, au départ pacifiques, dégénèrent et se transforment en émeutes violemment réprimées par les autorités. Dans son rapport, Amnesty International fait état d’au moins 304 morts, tandis qu'une enquête de Reuters avance le chiffre de 1 500 morts.

Un impressionnant élan de protestation

Mardi, dans un impressionnant élan de protestation, une campagne de lutte contre les exécutions a vu le jour sur les réseaux sociaux. Des internautes diffusent la photo des trois jeunes, le mot-dièse « n’exécutez pas », et dénoncent la peine de mort. « Avez-vous 80 millions de cordes ? », interroge, par exemple, un Iranien sur Instagram en référence au nombre d’habitants en Iran. « Je suis le prochain, tu es le prochain, nous sommes les prochains » ou « Pensez que cela peut être vos fils ou vos frères », peut-on également lire sur le réseau préféré des Iraniens.

Des personnalités connues ont également apporté leur soutien en publiant, eux aussi, la photo et le nom des trois jeunes. C’est par exemple le cas de Taraneh Alidoosti, actrice qui a notamment joué dans Le Client de Asghar Fahradi. Ce dernier a également écrit sur Instagram : « Ne rendez pas les gens plus amers en ces jours tristes ».

Dans une lettre ouverte, plus de 100 personnalités de la société civile, professeurs d'université, écrivains, artistes ont demandé l'annulation de ces verdicts en insistant sur le fait que ces trois jeunes « n'ont rien fait de plus que de réclamer leurs droits fondamentaux ». Elles dénoncent aussi la répression contre la population, déjà étouffée par la dégradation de la situation économique, et appellent la communauté et les personnalités internationales à se dresser contre ces sentences.

Des experts du Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont exhorté ce jeudi l'Iran à ne pas procéder à l'exécution de ces trois personnes et à leur garantir un procès équitable.

Pour Karim Lahidji, cette campagne virtuelle permet d’attirer l’attention de la communauté internationale sur « ces exécutions excessives ». Face à ce déluge de messages sur la Toile, les autorités iraniennes ont d’ailleurs décidé de limiter l’accès à internet, constate Netblocks, l’organisation non-gouvernementale qui surveille la liberté d’internet.

Dans un tweet, Amnesty International appelle le guide suprême, Ali Khamenei, à annuler la peine de mort à l’encontre des trois protestataires. « Leur procès était inéquitable et ils ont dit avoir subi des tortures », écrit l’organisation.

Mercredi 15 juillet, les avocats ont enfin pu accéder au dossier des trois jeunes pour l’étudier, a affirmé Maître Babak Paknia, l’un des avocats. « Attendez-vous à la suspension du jugement », annonce-t-il sur Twitter, faisant naître l’espoir d’une annulation de l’exécution. 

L’Iran, mauvais élève en matière de droits de l’homme

« Pour faire peur à la population, l’Iran a procédé depuis quelques semaines à plusieurs exécutions », rappelle Karim Lahidji. La République islamique a en effet exécuté, début juillet, un autre Iranien, accusé d’espionnage au profit des États-Unis, ainsi qu’une personne à Machhad, coupable d’avoir consommé de l’alcool. Pour Karim Lahidji, ces exécutions font partie d’une campagne d’intimidation de la population. « C’est pour rappeler à la population que s’il y a une révolte, le prix à payer est trop cher », explique-t-il.

Selon le rapport annuel de Human Rights Watch, jusqu’en novembre 2019, l’Iran aurait exécuté 227 personnes. Un chiffre en baisse par rapport à 2017, notamment après l’adoption en 2018 d’une loi moins sévère sur le trafic de stupéfiants. L’Iran est cependant le deuxième pays comptant le plus d’exécutions, juste après la Chine.

À lire aussi : Iran: face à la dégradation de la situation, la défiance de la population grandit

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